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disant si souvent que ses volontez font impénétra-bles (a). La troisième raison est , que si les faits ca-chez dévoient être découverts par ces épreuves, la sa-gesse , l’expérience , & la prudence des hommes ne se-rment plus d’uíàge dans le monde, & il ne faudroitplusni Juges, ni Magistrats.
Il est vraisemblable que les raisons d’Agobard firentquelque impression fur l’esprit de Louis le Débonnai-re , car Tannée même que ce Traité fut composé , en828 , il consulta tous les Evêques du Royaume tou-chant une semblable épreuve de l’eau froide, dont nousparlerons plus bas , & la condamna Tannée suivante.Cependant celles du fer chaud , & de l’eau bouillante,recommencèrent bientôt après ; 8 c Ton fait T éclat quefit en 860. celle de la Reine Thietberge à T égard duRoi Lothaire son Epoux. Lothaire vouloit rompre lemariage. 11 accusa Thietberge d’avoir commis un hor-rible inceste avec son frère, (b) Elle nia d'abord lefait , & prouva son innocence par Un homme qui fitpour elle T épreuve de T eau bouillante sans se brûler.Cette épreuve fut faite sblemnellement avec le consen-tement du Roi, & Tavis des Evêques & de plusieurspersonnes de qualité : fur quoi Thietberge fut rétablieen grâce.
Lothaire trouva pourtant' le moyen de faire déclarerthietberge coupable, après lui avoir fait avouer ce cri-me , & gagna quelques Evêques en 862. qui la con-damnèrent au second Concile d’Aix-la-Chapelle. Hinc-mar fut consulté , pour savoir si Ton s’en devoir tenirà Tépreuve ou à la confession qu’on avoir extorquéede la Reine , & cela lui donna lieu de faire le Traitéquj a pour titre : De Divortio Lotharii & Tetberga ,qu’il adresse au Roi , aux Evêques & à toute l’Eglise.On voit dans cet Ouvrage qu’on étoit fort partagé furce point, & que plusieurs croyoient qu’il ne falloirpoint s’arrêter à Tépreuve de Teau bouillante , parcequec’étoient-là des inventions purement humaines, dans les-quelles on mêloit souvent des maléfices pour confondrele vrai & le faux (c).
Hincmar au contraire fut d’avis qu’il falloir s’en te-nir à ces fortes d’épreuves. Il tâche de le prouver pardivers exemples de l’Ecriture , & il cite plusieurs per-sonnes d’esprit, qui n'étant pas tout à fait de son sen-timent , ne révoquoient pas en doute que Tépreuve deTeau bouillante ne fït discerner les coupables d’avec lesinnocens, en brûlant les premiers , & épargnant les au-tres , par cette raison dont ils se contentoient un peutrop facilement, que les justes dévoient être préservezdu feu , comme l’avoient été Loth & les Enfans dela Fournaise. Cependant Hincmar , ni ces autres per-sonnes d’esprit, ne croyoient pas qu’on ddt recourir àces sortes d’épreuves , pour la décision des difficultez& des doutes qu’on pourroit résoudre par d’autres vo-yes.
Peu d’années après ces disputes, tout le monde trou-va fort mauvais que le Moine Gottescalc , après avoirete condamné par les Evêques, & enfermé durant long-tems , eût osé demander la permission de prouver sesíentimens par Tépreuve du feu. II prétendoit entrerdans quatre tonneaux pleins d’eau bouillante , d’huile,& de poix , & passer ensuite dans un grand feu fans se
(a) Hxc piè , humiliter considerantibus apparet non posté c«-dibus, ferro , vel aquâ occultas 8t latentes res inveniri. Nam fipostent, ubi estent occulta Dei judicia? Idem pag. 306.
(b) Qu* ipfa denegans , probationis auctore , testibusque defi-
cientibus , judicio laïcorum nobilium & consultu Episcoporum,atque ipsius Régis coníènfu , vicarius ejusdem fœminse ad judi-cium aquse ferventis exiit, & postquam incodtus suerai ípic re-pertus, eadem fcemina maritali thoro, ac conjugio regio, decre-to quo íuspensa fuerat, est etiam restituta. Ápud Hincmarum deDiv. Loth. & Tetb. pag. 302 303. ex edit. Cordes , & ex Sìr-
mond. pag. 3-68.
(c) Quoniam quidam dicunt nullius esse auctoritatis , sive cre-dulitatis judtcium quod fieri íblet per aquam calidam íîve fxigi-dam , neque per ferrum calidum , íèd adinventiones. sunt huma-ni arbitrii , in qpibus fiepissnnè per maleficia , saisiras, locum ob-tinet veritatis , ideò eredenda este non debent. Ibìd. InterrogatioVI.
C R I T I Q. U E
brûler. II iouhaittoit de faire cette expérience en pré-sence du Roi, des Evêques, des Clercs, des Moines,& de tout le peuple , ainsi qu’il Texprime dans fa se'coude Confession de Foi (d). Cette expérience l ulfut refusée. Hincmar le traita d’homme furieux & d’es-prit diabolique , semblable en ce point à Simon le Ma-gicien , & il nous fait entendre que Gottescalc avoitdemandé cette terrible épreuve en diverses manières, &en plusieurs Ecrits Çe).
Raban , Archevêque de Mayence ne traita pas plusfavorablement cette vaine confiance de Gottescalc. fiTattribua plutôt I une enflure de son cœur, qu’à ficonstance de sa foi (/).
Ce fut le jugement qu’on porta généralement de fidemande de Gottescalc , & je ne vois personne qui ay ereproché à Hincmar de ne lui avoir pas accordé cetteépreuve , parcequ’on convenoit alors qu’il n’étoit pasraisonnable de terminer par une expérience surnaturelle,des questions qui doivent se décider par TEcriture &1 a Tradition. Aussi le refus qu’on fit à Gottescalc Al'horreur qu’on parut avoir de cette épreuve , n'empê-chérent pas qu’on n’y recourût dans d’autres occasions,ou les disputes ne pouvoient être terminées par les Ju-ges ordinaires.
En 876. Louis le Germanique étant mort, 8 c ayantlaissé la Germanie à Louis son second Fils , Charles leChauve qui crut que son Frère n’en avoit pu disposervoulut s’en emparer. Louis tâcha de gagner son On-cle , & ne pouvant y réussir , il prouva son droit parTépreuve de trente hommes , dont dix firent celle deTeau froide , dix celle de Teau chaude , & les dix au-tres tinrent un fer rouge fans fe brûler (g). On ne ferendit pas à cette expérience ; cependant il paroit qu’el-le fut approuvée, comme on le voit dans les Annale*de saint Berrin. D’autres (ï>) anciennes Annales ajou-tent que le Ciel parut aprouver le même droit carT Armée de Charles le Chauve , quoique de beaucoupsupérieure en force & en nombre , fut saisie d’essroien la présence de celle de Louis : nuls éperons ne pu-rent faire avancer les chevaux, & THistorien semble fai-re entendre qu’il arriva ì cette Armée, ce qui étoitautrefois arrivé à celle de Sennacherib.
Depuis cette Epoque toutes ces épreuves devinrentencore plus communes, parcequ’il y eut moins d’Au-teurs habiles qui en fissent apercevoir les inconvénientNous ne finirions point s’il faloit raporter toutes celle*qu’on trouve dans les Historiens jusqu’au milieu dutreizième siécle. II suffit que nous exposions en peUde mots la manière dont sc faisoient ces épreuves, &que nous marquions quelques faits très considérable*
au*'
(d) Utinam placeret ..... coram undique electâ populoru® tctimentium multitudine, praeíènte etiam istius regni Principe, c u* 11Pontifkum St Sacerdotum , Monachorum, feu Canonicorum ve 'nerabili fímul agmine , concederetur mihi, fi íécùs hanc Cath 0 'licse fidei de praedestinatione tuâ veritatem nollent recipere , utisto quo dicturi sumus , favente tuâ gratis, id approbateur ceS lnentibus cunctis examine. Ut videlicet quatuor doiiis uno p°.unum positis, atque ferventi sigillatim repletis aquâ, oleo ping u í'& pice , St ad ultimum accenlo copiofissimo igné, liceret m 1 ' 1 ’’invocato gloriosissimo nomine tuo ad approbandam hancmeam , unmò fidem Catholicam , in singula introire, St ita P eísingula transite , donec te prasveniente, comitante, ac subseq uel1 'te , dexteramque prarbente , ac clementer educente, valere®pes exire : quatenus in Ecclesiâ tuâ tandem aliquandò Cathol*5^hinc fidei claritas claresceret, St falsitas evaneíceret ; fidesquemaretur, 8t perfidia vitaretur. Apud Ujser. Higl. Gottesc. pag- *3 J’
(e) Quapropter his qu* Gottescalcus , alter videlicet pro &.%lo Simon Magus , in ícriptis fuis trequenter posuit spiritu suri 0 , 1exagitatus , exaltato corde , Sc elatis ocuiis se mendaciter p® 1 ^ 1 __tens in mirabilibus super se ambulaturum, petendo ut iibi tria d 0 'lia parentur , unum _ videlicet dolium plénum ferventi adipe ,aliud plénum ferventi oleo , St tertium plénum bullienti pice >cum vicissim in unumquodque dolium usque ad collum i»^de illis tribus doiiis illxíús exierit, credatur ab omnibus asteristius este verissima. liìncm. de Trinâ Dtitate, pag. 433. slSl
(f) Hoc autem quod idem erroneus quasi ad Deum ksi^e 'petit examen ignis , ut per- illud Veritas ejus fidei , ifnmò P e ™ c flecomprobetur, magis mihi videtur ex elatione cordis prolatu®quàm ex constantiâ fidei. Ruban. Epijì. ad Hincm.
(g) Du Chesne, Tome 111. pag. 249.
(h) Ann. Franc. Baron. 876. num. 28.