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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c. n,

personnes que les innocens enfonçassent dans leau , &*jue les coupables ny pussent enfoncer. Cela seul devoitaire comprendre à la plupart des hommes, ce que lesplus fensez disoient áu tems dHincmar, que cétoit-es inventions de l'esprit humain purement arbitraires (a).® c étoient des inventions que le Tentateur, qui ai-?? a lier commerce avec les hommes, faifoit quelque-° 1S re uffir. Car ces esprits séducteurs, dit saint (b)

» Augustin , p 0 ur pouvoir séduire les hommes, opèrent

» rpielquefois ce quils paraissent deíìrer Lillusion

le mensonge étoient souvent visibles dans cette prati-

, autre preuve de son origine, & il semble que le

Peuple-craignoit, & y sentoit même faction du malin

prit : doh v ient que presque auffitot que ce préten-

u lecret eut été mis en usage , on demanda des prières

c ! e . s exorcismes à lEglise, pour empêcher dans cette

expérience tout ce que le Démon y opérait. Un peu

P Us ^'application & de lumière aurait la faire inter-

lre > en montrant que ces hommes divins aufquels Hinc-

ar _ en attribue linvention , étoient des Devins qui

oient tenté de savoir des faits cachez, par une voveClin i . r .. . J

ivraye avec les autres mauvais grains que lennemi sème& qui ne peuvent être arrachez que peu â peu, & parlapplication des Pasteurs de lEglife. Il étoit indifférentde jetter dans leau les personnes qui dévoient se juffifier,ou de prendre un enfant pour faire lépreuve, (f) LeP. Mabillon rapporte quen tozi. des personnes quiavoient envahi des biens â lAbbaye de Saint Victor deMarseille , ne surent déterminez à les rendre quaprèsavoir vu quun enfant quon avoit mis dans leau, stepouvoit enfoncer, U fe trouvoit des personnes qui exa-minoient leur conscience par lépreuve de leau froide,

& cherchoient par cette voye la décision des cas de con-science. Les païens du Saint Pape Léon IX. examinèrentpar lépreuve de leau froide , sils avoient payé entière-ment les dixmes. Cest ainsi quen parle JAuteur con-temporain de la vie de Léon IX., en relevant leur pié- & leur exactitude dans les devoirs de la Religion (g).

On continua donc encore au dixième, onzième , &douzième siécles, les épreuves de leau froide , quoiquesuperstitieuses. Cependant Dieu qui préside aux Sorts,

- - ,, - -, r ... dit lEcriture, ne permit pas que ces épreuves, quipou-

c Etoit fpas naturelle , non pas des hommes divins, voient tromper nuisissent à la Foi de lEglife, en con-| ç e ~ a '^' re . Saints & inspirez de Dieu, dans le sens que , fondant les Hérétiques avec les Catholiques. Ce fut parP r end Hincmar dans son Traité. lépreuve de leau froide quen 1114. on découvrit les

p âe tems après quil eut exposé ces raisons dans le Manichéens dauprès de Soissons, qui cachoient leurs

jssaue du divorce, il eut une conférence avec Hildegar hérésies en fe parjurant comme les anciens Prifcillianistes,

p V .Fl ue ûe M eaux, fur lépreuve du Jugement de leau (b) Guibert Abbé de Nogent qui en plusieurs endroits

p 01 . Cet Evêque vouloir savoir ce quil pensoitdun parait opposé aux superstitions, fut le principal auteur

jfnt composé sur ce point par Raban Archevêque de de cette épreuve. Il engagea Lisiard Evêque de Sois-

condamnoit cette épreu- sons à dire la Meste , & à faire les exorcismes accoutu-

affl 1 C a oouna lieu a Hincmar d ecrire à Hildegar une mez pour le jugement de leau froide. Ce bon Evêque

tion T ^ U1 , £ a trente neuvieme dans lédi- suivit lavis de Guibert; il donna lEucharistie comme

Jugement de Velu froide Mais ' (C) ^ k , première épreuve à ceux qui étoient soupçonnez d-

dans rptre ìp», , . áIS 11 net proprement resie; on les mit ensuite dans une cuve pleine d eau, ou

jl j re ^ un extrait de son Traité du divorce, lon jetta dabord Clementius chef de la secte qui surna-

jj appor e de nouveau les miracles de lEcriture Sainte, gea comme le bois le plus léger. Cela servit de convic-

£n tire plusieurs des Dialogues de Saint Grégoire, cite tíon , & le peuple brûla tous ces Hérétiques, sans at-

ux de Saint Benoit & de Saint Maur son disciple, & tendre le jugement du Concile de Beauvais, auquellE-

oncut - vêque de Soissons avoit dessein dexpofer la difficulté.'

Cest Guibert même qui rapporte le sait au troisième li-vre de sa vie, chap. XVI. p. 520.

CO Peu dannées après ce fait, au tems de Saint Ber-nard ,

(f) Duo alii restìtutióni obsistentes, acceptum puenilum è rusti-culâ in stagnum demittunt, at ubi eum in aquam non receptumVideront, spe suâ frustrati mox aliam partem Allodii reddiderunt.Ann. Bened. Tom. vi. p. 282.

(g) Nam ut modò de multiplici eorum ergà Deum vigilantiâtaceamus, utrùm intégré reddidissent rerum suarum decimationemsub judicio aqu* frigidîe perícrutabantur. Acìa Ord. S. Bened. sac*Vi part. 2. pag.

(h) At quia talium est: negare , Sc íemper hebetusn clam cordaíèducere , addicti íunt judicio exorcìzatae aqux. Gùmque in ipsoapparatu rogaíîêt me Episcopus , ut ab eis iécretò quid sentirentelicerem , Sc eis baptííma infantium proponerem , dixerunt ;

crediderit , & baptisa tus fuerit , falvus erit. Gùmque inbonâ sententiâ magnam quantum ad ipsos intelligerem laterenequitiam , interrogavi quid putarent super his qui sub alio-rum fide baptisantur j. . &t iìli, propter Deum ne nos adeo pro-fonde scrutari velitis. Itidem ad lìngula capitula addentes , nosomnia quae dicitis , credimus. Tune recordans versus illius, inquem Priscillianiítse olim consenserant, scilicet : Jura, perjura ,fetretum prodere neli: Dixi ad Episcopum, quoniam testes abstint,qui eos talia dogmatisantes audierunt, cœpto eos addicite judicio,:erat enim matrona quxdam, quam per annum Clementius demen-taverat, erat 8c Diaconus quidam qui ex prastati ore aiia capitulamaligna audierat.

Miílàs itaque egit Episcopus, de cujus manu sub bis verbis íàcralùmpserunt, corpus Sc languis Domini veniat vobis ad probatio-nem hodie. Quo ideio piistimus Epiícopus, Sc Petrus Arcbidiaco-nus vir fide integerrimus, qui ut non subjieerentur judicio, eorumpromissa respuerat, ad aquas procedunt. Episcopus cum multis k-crymis lœtaniam prscinuit, deinde exorcisinum fecit. Inde íacra-menta dedere contra fidem nostram credidisse , aut docuisse. Cle-mentius in dolium missussac si virga supernatat. Quo viso , infiJnitis ígaudiis tota effertur Ecclesia. Tantam enim sexûs utriusquefrequentiam opinio ista confìaverat, quantam inibi nemo pra^fèn-tium se vidiflè meminerat. Alter confessus errorem , scd impx-nitens, cum fratre convicto in vincula conjicitur. Duo alii è Dura- p:i su

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conclut quaprès tout cela le Lecteur ne doit plus etre

surpris de voir que dans le Jugement de leau froide,

les innocens enfoncent, & que les coupables ny peuventÇntrer ( d ).

(e) Je crois que te Lecteur verra encore beaucouptnieux quHincmar, tout savant quil fût , soutenoitUne mauvaise cause, & la défendoit assez mal. Ce quily a de louable & de meilleur dans son Traité, cestquil y fait paraître beaucoup d'humilité, & quil finitku déclarant quil est prêt dentrer dans le sentiment de^ux qui par des réflexions plus propres au sujet , vou-dront linstruire fur cette matière.

Mais il ne fe fit point de Traité après Hincmar,.* ou montrât le foible de ses raisons. Cequilavoit trom- , trompa encore diverses personnes. Plusieurs furentdrainez , ou par son autorité , ou par le bien quilsCr °yoient voir dans cette épreuve. D autres qui auraientP u porter un jugement solide , aimoient mieux croireHue cétoient des illusions qui amusoient le peuple, sansfe mettre en peine dy remédier. Et Dieu quinordonnePas a ses Anges dempêcher tous les maux que font lesFéchans hommes & l es Démons, laissa croître cette

( a ) Sed adinventiones sunt humain arbîtriì, in quibus sopiíïìmè^ ì,?àficia falsitas locum obtinet veritatis. tìtncm. t. i. p. eno.W E 1. de Doct. Chris. c. 24.

aa ;J, tf'st- 39.' ad Hildegarium Episc. Meldensem de Judicio

T - » P' 676.

aqu* {- £c a dihgens Lector légat, 8t non mirabitur in Judiciopi innocentes ab aquâ recipi, nocentes verò non reci-

W in ^ calidâ coquuntur noxii, innoxii verò reservan-

(e) S P * s - 68 4-

quia nec ^ FJem dicimus, non quòd quemquam reprehendamûs,tantu rnm 1 hriptum est, cur hoc judicium non debeat fieri, sedqvaiu 0ictum ne fieret , aut nostra quasi sapientiùs prolataValeant F^enire ex Sanctorum documentis pnevaluerint sive prae-abundat- , dere satagamus. Unusquisque enim in suo sensu , & Tradiv* 1111 ' V>Hbet hoc cautè provideat , ut à Fide Catholi-humiliter pr 0 ? 6 A Postoìicae Sedis non dìserepet, sed quxsentimus°stenderit, fl 1 entes parati sumus , si quis conyenientiùs nobismodò cònr COntenti °ne sano intellectui cedere, 8c libcntiffimècn the, quin etiam discere. Pag. <58 $. sub fin.

mantiis villa probatiffimì hacretict ad spectaculum vénérant, pari-terque tenti sunt. Interea perreximus ad Concìlium Belvaceníèconsulturi Episcopos, quid facto opus eflet ; íèd fidelis intérim po-pulus clericalem verens mollitiem concurrit ad ergastulum, rapit 8csubjecto eis extra urbem igné pariter concremavit. Quorum nepropagaretur carcinus, justum erga eos zelum habuit Dei populus.(r) Plerum<ìti> fidelts injeftis manibus aimes ex eis ad médium

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