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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQUES SU

e cnvit par des lettres du mois de Mai 1700 , est def,? rter ^ Baguette assez haute , la pointe parallelle ànorison , je la maniéré que la Figure suivante vae representer. C’est ainsi qu’en use ordinairement unàgieux Prémontré nommé M.... Prieur.... Ilpâlie pour habile dans la découverte des sources, & deP uheurs autres choses cachées , & il a fait plusieurse *P er iences avec la Baguette à Boufflers en Picardie >

° u M. le Maréchal a fait bâtir un magnifique L ba-teau.

y en a qui ne tiennent pas la Baguette entre lesttiams , il s f e contentent de la poser sur une main ou-verte & étendue, yîjant oui dire à un de mes amis,à M* le Is 0 y er } q u ’U avol[ V u en Hollande un hom-> lequel portant fur fa main une Baguette de coudreet °lt fourchée , elle tournait quand il pajfoit fur un'»urs d'eau qui étoít en terre ; & voulant me servir ende cette inclination du coudre vers l'eau , afìn'deHtre preuve du mouvement vers le pôle ou je travaillaisf°ttr lors , je fis dessein d'en faire expérience , gr des lafremiere fois cela réussit , gr ensuite je mis ce secret dansHKe plus grande perfeéion.

Pour trouver donc de l'eau en terre , il faut prendreUne branche fourchue , soit de coudre , de chefne , d’ór-Hteau j 0^ d'autres arbres tels qu'ils soient , d'environUn S le d de longueur , H- grojfe comme un des doigts , afìnfáe le vent ne la faffe pas librement remuer , & la mettre^ une des mains en équilibre , gr le plus en balance queStore fe pourra , puis marcher doucement, & quand onPfisera par dessus un cours d’eau , elle fe retournera , ceil faudra marquer . Voici la figure de cette fourches -Jf ' & comme il la /â porter , supposant que la mainJon couchée , & que la fourchette soit défias pardelle àihortfon (a). r

L’Auteur de l’art de trouver les Trésors, dit mêmequ’il suffit de porter sur la paume de la main une Ba-guette toute droite semblable à celles qu’on porte or-dinairement à la main. Pour connoitre , (b) dit-il , fiHtle personne a véritablement cette faculté , on lui fait te-nir la main ouverte avec une Baguette pareille a celle dontttous venons de parler , fur la paulme de la main ouverte ,C fy au cas qu'elle tourne on donne du mouvement en pas-sant fur les choses qu' on cherche , on conclut aisément qu'il

a cette faculté ou plus , gr que íexpérience efi fans super-cherie fc).

Cette maniéré de tenir la' Baguette est en effet fortpropre à éloigner le soupçon qu’on pourroit avoir qu’el-ìe se remue par un tour de poignet. C’est apparem-ment pour la même raison , qu’on a inventé en Alle-magne une autre maniéré de la tenir & de la préparer.On prend une petite baguette droite d’un seul jet sansficrud , on la divise en deux , & creusant un des deuxk°uts, on coupe l’autre en pointe pour pouvoir l’en-c haííèr. On tient ensuite ce bâton par 1 extrémité desdeux doigts, entre lesquels on dit qu’elle tournoyé dessttre l’on paíïe fur du métal. Voyez là figure , elle esttelle , ^ que l’a donnée le Père Kirker , (d) âpres avoirpréparer de ces fortes de Baguettes (e).

II y a en France plusieurs personnes qui ne se fer*Ve pt que d’une Baguette droite. Ils la tiennent à lamain par un bout , la présentent aux endroits ou ilsCt °yent qu'il y ait des métaux , s’apperçoivent lors-stu’il y en a q U ’elle s’en approche , & qu’elle échape-r °it de \ a ma j n s’jis ne J a tenoient bien serrée, Ls le sen-ten s eux-mêmes poussez vers l’endroit où est le métal.Hans une lettre écrite de Mons le 6. Mai 1700. lee ie Delbecque Dominicain d'un mérite connu , ditfie 1 a VU Un î eune l^omme auprès de la Ville de Brai-n -. e 'Comte entre Mons & Bruxelles, chercher les mi*toi - 6n enfonçant un bâton en terre , lequel se met-etv mouvement dès qu’il y touclioit avec la main,

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en cas qu’il y eût quelque chose dans là terre. On yajoute que par cette voye il a découvert une minièrefort précieuse , mais qui n’étoít pas dans íà maturité,pour pouvoir en profiter.

Enfin il y en a d’autres qui se servent toujours dequatre Baguettes fourchues. Ils croyent trouver encette maniéré un avantage considérable , qui est que sidans l’endroit où on cherché un trésor , il y en avoitplusieurs , les Baguettes fe tourneroient les unes d’uncôté les autres d’un autre. Jean-Baptiste Porta, Stroz-zi Cicogna , & Mr. le Royer ont parlé de cette prati-que , & il y a actuellement des gens à Paris qui cher-chent ainsi les métaux & les sources.

Mais comme on se sert plus communément d’uneBaguette fourchue , qui tourne entre les mains de lamaniéré décrite , c’est principalement de celle-là dontnous parlerons.

Du reste quoiqu’on prenne quatre Baguettes ou unefeule , il ne paroit à présent rien dans l’usage qui res-sente évidemment la superstition , au lieu qu’autrefois,c’est-à-dire, au commencement de ce siécle, on y mê-loit des cérémonies tout-à-fait superstitieuses.

Vyer dit (f) qu’en tenant à la main une Baguettede coudre pour découvrir des trésors, il faloit pronon-cer le Pseaume De profundis . Credo videre bona

Domini in terra viventium.

Bodin ( g) dit à peu prés la même chose, & c’estce que Jean Belot dont on auroit bien dû proscrire lesoeuvres impies, appelle la Corylomantie. Plusieurs fai-soient fur ces Baguettes des figures mystérieuses. Quel-ques uns y gravoient des Croix ; & l’on volt dans unCabinet de Paris quatre Baguettes assez anciennes , furlesquelles on avoit écrit Balta&ar, Gaspar , & Melchior .C’étoit fans doute dans la vue d’invoquer les Rois Ma-ges , dont il est dit (h) qu’ouvrant leurs trésors , ilsoffrirent des présens. La Tradition populaire a donnéà ces Rois les noms qu’on vient de voir , & je croisque Bede est le premier Auteur qui ait écrit leursnoms, comme il est le premier qui ait décrit leur tail-le , leur visage , la figure de leur barbe, l’arrangementde leurs cheveux, & la forme de leurs souliers.

CHAPITRE II.

De f examen du fait , s* il est bien certain quela Baguette tourne fans art & fans frau-de fur plusteurs choses cachées. ‘Précau-tions à prendre contre l'obftination & latrop grande crédulité.

N E nous arriveroit-il point de faire l’histoire d’u-ne imposture , & de vouloir découvrir la Causede ce qui n’est pas ? Ces sortes de fautes sont si ancien-nes , si communes, & exposent à tant d’inconyéniens,qu’on ne sauroit assez se mettre en humeur de critiquesévére , lorsqu’on veut philosopher sur un secret aussisurprenant que l’est celui de trouver de l’eau , des mé-taux , les bornes des champs , les meurtriers, les vo-leurs , & tant de choses cachées, par le moyen d’unepetite Baguette de quelque bois que ce soit.

N’est-ce pas un tour de quelques fourbes qui cher-chent à vivre aux dépens des crédules , ou un jeu deceux qui se font un plaisir de tromper quelques person-nes, pour fe consoler d’avoir été trompez les premiers?Ne sc sert-on point de quelque espèce de bois , dontles fibres soient d’un certain sens, à faire aisément tour-ner la Baguette ? Enfin ce tournoyement - ne se fait-ilpas par un tour de poignet, ou une certaine pressiondes doigts ? Voilà ce que nous avons appréhendé avecd’autant plus de sujet, que la Baguette a manque en

P lu ‘

(/) De prastig. Dsemon. Lib. IV. c. f,

(g) Díemon. Lib. II. cap. 3.

(h) Matth. II. v. u.

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