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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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i 5 ® HISTOIRE

plusieurs rencontres. Mais voici ce qui ne nous per-met pas de douter quelle ne tourne fans art & fans frau-de entre les máins de quelques personnes.

i. Lon fe sert de toute espèce de bois, on íe sertmême dune Baguette de fer , ou de toute autre matiè-re. II ny a donc nul sujet de fe défier des fibres duncertain bois.

z. De peur dêtre la dupe dun homme qui íâuroitadroitement avec un tour de poignet faire tourner laBaguette , je men assure par deux moyens. Le pre-mier est que deux personnes lui tiennent les mains bienserrées. Comme on empêchera quil ne puisse donnerdu mouvement à ses doigts, on empêchera aussi quilnen puisse donner à la Baguette. Le second est dob-server de quelle manière la Baguette tourne, (a) Vo-yez la sigure. Si cest par adresse quon fait tourner laBaguette , vous la verrez tourner en même tems enA. B. A. Mais si les deux bouts A. A. demeurentimmobiles à cause que celui qui tient la Baguette la ser-re avec force entre ses doigts, & quelle se torde néan-moins en C. C. il ny aura pas lieu ce me semble decraindre la surprise. Or cest ce que j'observai , dèsque je voulus massurer si le tournoyement de la Ba-guette nétoit point leffet de quelque tour dadresse.

Un Président du Parlement de Grenoble , aussi res-pectable par fa probité , son esprit , & son érudition,que par ses Charges & par íà qualité, voulut bien per-mettre quon lui tînt les mains , lorsquétant à Greno-ble & entendant parler des expériences de 1a Baguette,je ne pouvois croire le fait. Mr. le Président me fitíhonneur de me dire quil navoit point examiné cequon disoit du tournoyement de la Baguette fur lesbornes , non. pas même fur les métaux , mais quil nepouvoit pas douter quelle ne tournât fans fraude à quel-ques personnes fur les eaux , parcequayant fait cetteépreuve plus dune fois à la campagne , elle avoit tour- fortement entre ses mains fur des sources. L'occa-sion se présenta peu de jours après de faire l'expérienceau Villart près de Tencin lune de fes terres. Je luitins la main droite avec mes deux mains, une autre per-sonne lui tint la gauche dans une ailée de jardin fouslaquelle il y avoit un tuyau de plomb qui conduisoitde leau dans un bassin. En un instant la Baguette four-chue quil avoit entre fes mains, la pointe tournée versla terre , séleva & se tordit si fort en C. C. (b), queMr. le Président demanda quartier, parcequelle lui bles-soit les doigts.

Plusieurs personnes mont assuré que souvent elle serompt en se tordant. Mr. Hirnhaïm écrit la mêmechose , (c) ôc tout cela mempêche de craindre la four-berie. Car il est aisé de voir quil est impossible quunhomme tenant une Baguette des deux mains , puisse lafaire tordre en C. C.

z. II y a des personnes qui portent la Baguette furîa paume de la main ouverte & étendue , quelle est la-dresse qui pourroit en cette situation la faire tourner ?

4 . Je cache dans un jardin quelque pièce de fer,de plomb , dor , dargent , & de cuivre, & je dis àun homme à Baguette de chercher sil ny a point demétal dans ce jardin. Loin de savoir ce que jy ai ca-ché , il ne sait pas même si jai caché quelque chose.Toutefois il prend fa Baguette , elle tourne dès quilpasse fur les endroits jai caché du métal, & aprèsavoir fait ce que son art lui enseigne : ici, me dit-il,il y a de lor , du cuivre , en cet autre endroit delargent, je vois quil dit vrai, dois-je encore craindrela fourberie ?

;. Deux voisins contestent fur létendue de leurchamp : ils ont en vain cherché les bornes, elles ne pa-raissent point : un homme à Baguette est appellé , telpeut-etre quon navoit jamais vu ni connu ; fa Baguet-te tourne, on creuse , & on trouve la borne quon

(a) Voyez Planche (b) Fig. 5.

(b) Voyez la fig. précédente. ^

( t ) Voyez plus bas Chap. VI.

CRITIQUÉ

cherchoit. On a fait mille fois cette expérience dâfiíle Dauphiné, ai-je sujet de men défier?

6 . Je ne vois pas quon puisse traiter de fable lhís*toire de la découverte du meurtre Lyon. L'howlúeà 1a Baguette auroit-il pu imposer à tant de témoins»habiles critiques * attentifs ? Comment auroit-il pu de-viner tout ce quil a dit ? D auroit-il su que lesmeurtriers sétoient assis fur tels & tels bancs , avoientcouché dans tels lits, parlé à telles personnes, & quihavoient passé le Pont de Vienne fous une arche nidbateau ne passoit ? La Baguette est entrée dans un dé-tail surprenant, & tout sest trouvé conforme aux ré-ponses du criminel découvert. Elle a même fait con-noitre la serpe qui avoit servi au meurtre , quoiquonleût mêlée avec quelques autres, & cachée tantôt epterre j tantôt dans le foin, que peut-on en dire ? i

Ajoutons à tout cela que cest ici un secret dont on fait point de mystère , connu en mille endroits, &pratiqué indifféremment par toutes fortes de personnes,dont plusieurs ne peuvent trouver aucun avantage »tromper. En vérité , il me semble quil faudroif êtrtfait comme le redoutable Dialecticien dont parle Bal-zac ( d ) , pour oser dire quon donne dans i'illufion encroyant le fait.

Je ne doute pas néanmoins quil ne fe trouve despersonnes plus raisonnables que le Dialecticien qui endouteront encore : mais quel moyen de les en empé'cher ? Si ces personnes se sont miles sur le pied de ju-ger de tout, pour peu que ce fait dérange leurs idées,on aurait beau faire , ils le nieront à coup sûr, & trai-teront tout cela de folie , cest le plus court moyen defe tirer daffaire , & cest sen tirer en esprit fort , engénie qui fe met au dessus de 1a crédulité. Le fait esttrop extraordinaire, il en coûterait trop pour en décou*vrir la cause ; on le nie , Sc on est éloquent à prouV#quon a raison (e).

Mais ces personnes devraient faire réflexion quil /a des choses qui paraissent incroyables , & qui ne lai**sent pas dêtre produites , ou par les communication 5insensibles des mouvemens des corps, ou par la puissa"'ce de Dieu qui éclate quelquefois par des miracles , ^par le pouvoir quil a laissé aux Anges & aux Démons*Rien de plus extraordinaire que le Démon ait transpo s * J e s u s-C h r 1 s t fur le pinacle du Temple , rie" i

cependant de plus vrai. Ne nous inscrivons donc p 3 * 1

en faux contre tout ce qui parait surprenant. Comfl j

la précaution est louable & nécessaire , la prévention & |

lopiniâtreté doivent être évitées , parcequelles nod 5peuvent faire rejetter des biens , ou nous empêcher d- j

remédier à des maux qui pourraient avoir de dangere"' |

ses fuites.

II y a beaucoup de gens qui croyent trop légétf*meut ; il y en a qui croyent tout , & il sen trou^qui fe font un honneur de ne rien croire. On OUt setout, la plupart ne sauraient garder de milieu : sílsété trompez une fois en quelque chose , tout ce qu 0 " |

leur dira sur cette matière sera toujours faux. LA"' f

teur (/) de la fausseté des Oracles des Payens a déco"' -

vert qu'on avoit eu recours autrefois à ìartifice p ollsfaire parler des Statues : cela lui suffit pour cond" 1 *quil ne se sait jamais rien par le ministère du De'# 0 "'

II défie (g) les plus habiles de pouvoir lui faire ch 3 "'ger de sentiment ; mais les uns ont pitié , & lesrient dun tel entêtement, comme on a ri de cetme qui dit à Monsieur Vossius , quaprès de k>ng uS& de fortes méditations , il avoit composé un U v!e - il montrait par des preuves invincibles que j 3 " 131 )César na été au deça des Alpes , & que tout ce

(<0 Socrat. Chr. D. y. _ _

( e ) Dífficultas laborque sciendi difèrtam negligcntiam sl0 i; S ,Malunt enim disserere nihil elfe in auípiciis , quam quid W ecere. Cicero Lib. I. de Divinat.

(/) Monsieur van Dale. .. fa*

ls) République des lettres du mois de Mai , 68 /. Il v °. 1voir comment le Père Thomaffin sy prendroit pour leger davis.