i 5 ® HISTOIRE
plusieurs rencontres. Mais voici ce qui ne nous per-met pas de douter qu’elle ne tourne fans art & fans frau-de entre les máins de quelques personnes.
i. L’on fe sert de toute espèce de bois, on íe sertmême d’une Baguette de fer , ou de toute autre matiè-re. II n’y a donc nul sujet de fe défier des fibres d’uncertain bois.
z. De peur d’être la dupe d’un homme qui íâuroitadroitement avec un tour de poignet faire tourner laBaguette , je m’en assure par deux moyens. Le pre-mier est que deux personnes lui tiennent les mains bienserrées. Comme on empêchera qu’il ne puisse donnerdu mouvement à ses doigts, on empêchera aussi qu’iln’en puisse donner à la Baguette. Le second est d’ob-server de quelle manière la Baguette tourne, (a) Vo-yez la sigure. Si c’est par adresse qu’on fait tourner laBaguette , vous la verrez tourner en même tems enA. B. A. Mais si les deux bouts A. A. demeurentimmobiles à cause que celui qui tient la Baguette la ser-re avec force entre ses doigts, & qu’elle se torde néan-moins en C. C. il n’y aura pas lieu ce me semble decraindre la surprise. Or c’est ce que j'observai , dèsque je voulus m’assurer si le tournoyement de la Ba-guette n’étoit point l’effet de quelque tour d’adresse.
Un Président du Parlement de Grenoble , aussi res-pectable par fa probité , son esprit , & son érudition,que par ses Charges & par íà qualité, voulut bien per-mettre qu’on lui tînt les mains , lorsqu’étant à Greno-ble & entendant parler des expériences de 1a Baguette,je ne pouvois croire le fait. Mr. le Président me fití’honneur de me dire qu’il n’avoit point examiné cequ’on disoit du tournoyement de la Baguette fur lesbornes , non. pas même fur les métaux , mais qu’il nepouvoit pas douter qu’elle ne tournât fans fraude à quel-ques personnes fur les eaux , parcequ’ayant fait cetteépreuve plus d’une fois à la campagne , elle avoit tour-né fortement entre ses mains fur des sources. L'occa-sion se présenta peu de jours après de faire l'expérienceau Villart près de Tencin l’une de fes terres. Je luitins la main droite avec mes deux mains, une autre per-sonne lui tint la gauche dans une ailée de jardin fouslaquelle il y avoit un tuyau de plomb qui conduisoitde l’eau dans un bassin. En un instant la Baguette four-chue qu’il avoit entre fes mains, la pointe tournée versla terre , s’éleva & se tordit si fort en C. C. (b), queMr. le Président demanda quartier, parcequ’elle lui bles-soit les doigts.
Plusieurs personnes m’ont assuré que souvent elle serompt en se tordant. Mr. Hirnhaïm écrit la mêmechose , (c) ôc tout cela m’empêche de craindre la four-berie. Car il est aisé de voir qu’il est impossible qu’unhomme tenant une Baguette des deux mains , puisse lafaire tordre en C. C.
z. II y a des personnes qui portent la Baguette furîa paume de la main ouverte & étendue , quelle est l’a-dresse qui pourroit en cette situation la faire tourner ?
4 . Je cache dans un jardin quelque pièce de fer,de plomb , d’or , d’argent , & de cuivre, & je dis àun homme à Baguette de chercher s’il n’y a point demétal dans ce jardin. Loin de savoir ce que j’y ai ca-ché , il ne sait pas même si j’ai caché quelque chose.Toutefois il prend fa Baguette , elle tourne dès qu’ilpasse fur les endroits où j’ai caché du métal, & aprèsavoir fait ce que son art lui enseigne : ici, me dit-il,il y a de l’or , là du cuivre , en cet autre endroit del’argent, je vois qu’il dit vrai, dois-je encore craindrela fourberie ?
;. Deux voisins contestent fur l’étendue de leurchamp : ils ont en vain cherché les bornes, elles ne pa-raissent point : un homme à Baguette est appellé , telpeut-etre qu’on n’avoit jamais vu ni connu ; fa Baguet-te tourne, on creuse , & on trouve la borne qu’on
(a) Voyez Planche (b) Fig. 5.
(b) Voyez la fig. précédente. ^
( t ) Voyez plus bas Chap. VI.
CRITIQUÉ
cherchoit. On a fait mille fois cette expérience dâfiíle Dauphiné, ai-je sujet de m’en défier?
6 . Je ne vois pas qu’on puisse traiter de fable l’hís*toire de la découverte du meurtre dé Lyon. L'howlúeà 1a Baguette auroit-il pu imposer à tant de témoins»habiles critiques * attentifs ? Comment auroit-il pu de-viner tout ce qu’il a dit ? D’où auroit-il su que lesmeurtriers s’étoient assis fur tels & tels bancs , avoientcouché dans tels lits, parlé à telles personnes, & qu’ihavoient passé le Pont de Vienne fous une arche où nidbateau ne passoit ? La Baguette est entrée dans un dé-tail surprenant, & tout s’est trouvé conforme aux ré-ponses du criminel découvert. Elle a même fait con-noitre la serpe qui avoit servi au meurtre , quoiqu’onl’eût mêlée avec quelques autres, & cachée tantôt epterre j tantôt dans le foin, que peut-on en dire ? i
Ajoutons à tout cela que c’est ici un secret dont onnè fait point de mystère , connu en mille endroits, &pratiqué indifféremment par toutes fortes de personnes,dont plusieurs ne peuvent trouver aucun avantage »tromper. En vérité , il me semble qu’il faudroif êtrtfait comme le redoutable Dialecticien dont parle Bal-zac ( d ) , pour oser dire qu’on donne dans i'illufion encroyant le fait.
Je ne doute pas néanmoins qu’il ne fe trouve despersonnes plus raisonnables que le Dialecticien qui endouteront encore : mais quel moyen de les en empé'cher ? Si ces personnes se sont miles sur le pied de ju-ger de tout, pour peu que ce fait dérange leurs idées,on aurait beau faire , ils le nieront à coup sûr, & trai-teront tout cela de folie , c’est le plus court moyen defe tirer d’affaire , & c’est s’en tirer en esprit fort , engénie qui fe met au dessus de 1a crédulité. Le fait esttrop extraordinaire, il en coûterait trop pour en décou*’vrir la cause ; on le nie , Sc on est éloquent à prouV#qu’on a raison (e).
Mais ces personnes devraient faire réflexion qu’il /a des choses qui paraissent incroyables , & qui ne lai**sent pas d’être produites , ou par les communication 5insensibles des mouvemens des corps, ou par la puissa"'ce de Dieu qui éclate quelquefois par des miracles , ^par le pouvoir qu’il a laissé aux Anges & aux Démons*Rien de plus extraordinaire que le Démon ait transpo s *té J e s u s-C h r 1 s t fur le pinacle du Temple , rie" i
cependant de plus vrai. Ne nous inscrivons donc p 3 * 1
en faux contre tout ce qui parait surprenant. Comfl lî j
la précaution est louable & nécessaire , la prévention & |
l’opiniâtreté doivent être évitées , parcequ’elles nod 5peuvent faire rejetter des biens , ou nous empêcher d- j
remédier à des maux qui pourraient avoir de dangere"' |
ses fuites.
II y a beaucoup de gens qui croyent trop légétf*meut ; il y en a qui croyent tout , & il s’en trou^qui fe font un honneur de ne rien croire. On OUt setout, la plupart ne sauraient garder de milieu : s’ílsété trompez une fois en quelque chose , tout ce qu’ 0 " |
leur dira sur cette matière sera toujours faux. L’A"' f
teur (/) de la fausseté des Oracles des Payens a déco"' -
vert qu'on avoit eu recours autrefois à ì’artifice p ollsfaire parler des Statues : cela lui suffit pour cond" 1 *qu’il ne se sait jamais rien par le ministère du De'# 0 "'
II défie (g) les plus habiles de pouvoir lui faire ch 3 "'ger de sentiment ; mais les uns ont pitié , & lesrient d’un tel entêtement, comme on a ri de cetme qui dit à Monsieur Vossius , qu’après de k>ng uS& de fortes méditations , il avoit composé un U v!e -’où il montrait par des preuves invincibles que j 3 " 131 )César n’a été au deça des Alpes , & que tout ce
(<0 Socrat. Chr. D. y. _ _
( e ) Dífficultas laborque sciendi difèrtam negligcntiam rÇ sl0 i; S ,Malunt enim disserere nihil elfe in auípiciis , quam quid W ecere. Cicero Lib. I. de Divinat.
(/) Monsieur van Dale. .. fa*
ls) République des lettres du mois de Mai , 68 /. Il v °. 1voir comment le Père Thomaffin s’y prendroit pour leger d’avis.