i 3 » HISTOIRE
trouvée est croupissante, fi c’est quelque amas d’eauproduit par les pluyes, ou si c’est une source , si ellesera abondante , combien il faudra creuser, si l’on ren-contrera du sable , de la roche , ou de la terre glaise.11 y a des Paysans qui comptent si fort fur toutes cesconnoissances que la Baguette leur donne , qu’ils pren-nent hardiment des prix faits pour creuser des puits, &je fais certainement que dans un endroit où l’on crai-gnoit de ne trouver de l’eau qu'avec de grands frais,un Paysan après quelques épreuves de la Baguette assu-ra que l’on trouverait une bonne source à huit toises.11 s’offrit à creuser pour une assez petite somme , onen convint , & l’eau fut trouvée à la profondeur qu’ilavoir marquée.
On fait la même chose à l’égard des métaux & desminéraux. Il y a seulement cette différence entre l’eau& les métaux, que la Baguette ne tourne jamais furde l’eau qui est à découvert, au lieu qu’elle tourne furdes métaux cachez ou en évidence.
J'excepte quelques personnes, lesquelles s’étant per-suadées que le secret ne devoir servir qu’à découvriree qui est caché, la Baguette se conformant à leur pen-sée , ne leur tourne point sur du métal, si on ne Jecache , il faut du moins le couvrir d’un linge, ou d’u-ne feuille de papier. Tels font ceux qui suivent ce quiest prescrit dans l’Art de trouver les trésors.
Des métaux , des minéraux, Sc des choses d’un usa-ge singulier, comme le verre , le cristal , le talc , lejaspe , le marbre , & autres choses semblables , on enest venu aux pierres qui fervent de limites pour le par-tage des fonds. Cette Baguette par son mouvement lesindique. Si les bornes sont dans la même place où lesavoient mises les possesseurs dés fonds, la Baguette netourne pas seulement fur les bornes , elle tourne aussifur l’espace qui est entre les deux , 8 â fait ainsi passercelui qui la tient par la ligne que l’on apelle de sépara-tion. Que si la borne n’est plus dans se première place,la. Baguette tourne seulement sur cette borne & ne tour-ne point lorsqu’on s’en éloigne ; on parcourt alors lechamp , jusqu’à ce que la Baguette par un tournoye-ment indique l’endroit d’où on l’a malicieusement ti-rée.
Avant la défense de Monsieur le Cardinal le Camus,l’usege en étoit très commun dans le Dauphiné. Beaucoupdes gens de la campagne , hommes, garçons, & filles,vivoient du petit revenu de leur Baguette ; & une infi-nité de différends touchant les limites se terminoientpar cette voye ; on avoit volontiers recours à ces Ju-ges , qui portoient en leur main la justice , & toutesles loix de leur tribunal. La sentence étoit prompte,ment expédiée , & les frais en étoient modiques , cinqfols étoient le prix fixe de la découverte, aussi bien quede la •vérification d’une limite.
Comme ces gens à la Baguette paroissoient simplesSc incapables de tromper , on s’en rapportait à leur dé-cision. Sur leur parole on remuoit des bornes, on lestranfportoit d’un lieu à un autre. Quelle joye pourceux dont les fonds augmentaient par ces changemens ?Ils ne se laffoient point de louer l’admirable vertu de laBaguette , & les autres n’osoient se récrier contre unepratique autorisée par la plupart des Curez Sc des Offi-ciers ruraux. Quelques Curez faisoient eux-mêmestourner la Baguette : & on ne parloir plus de l’usegeque comme d’un effet singulier des grâces gratuites.(a) Ce fut ce qui obligea Mr. le Cardinal le Camusà défendre cet usage , sous peine d’excommunicationdans le Synode du iz. Avril 1690. La défense a eubeaucoup d’effet, ainsi que plusieurs personnes me l’ontasturé. Cependant la pratique étoit si commune, qu’ily a encore lieu de travailler à la faire cesser. Mr. leCure de Saint Louis m’écrivit de Grenoble le 27. Juin1700. que malgré tout ce qu’on a dit aux Prônescontre cet usege , plusieurs personnes bien persuadées
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qu’elles n’ont point fait de mauvais pacte , ne font nulscrupule de se servir de la Baguette , assurant que sil’usage n’est pas naturel, c’est un don du Ciel. C'estpourquoi Son Eminence, qui depuis trente ans ne cessede bannir du Diocèse toutes sortes de désordres & desuperstitions, a ordonné de nouveau aux Archiprêtres,Curez , & autres Ecclésiastiques-, d’être attentifs à ce*sortes d’abus , par le Mandement du 14. Février 1700-qui commence ainsi. La Bonté Divine nous donnant en'core la force & le mouvement d'entreprendre une dixiénMvifite générale de ce Diocèse , afin que le Seigneur y répon-de fies Bénédictions , A- qu elle contribue au rétablipjemetttdu bon ordre , &- de la Discipline Eccléfiastique , à l’eX-tirpation des erreurs (f des scandales , (sc .... vous no 0marquerez, fi l’on se sert de la Baguette , ou d’autres arti-fices du Démon pour découvrir les limites ou trouver &choses perdues.
Ceux qui découvraient les bornes des champs , 6'voient aussi trouver par la Baguette , les chemins per-dus , & faisoient quelquefois des expériences semblable*à celle qui se fit dans une terre , dont le Seigneur étoiten peine s’il n'y avoit point eu autrefois quelque^grandchemin auprès du Château. Un homme qui cherchoitdes limites se trouva heureusement dans ces quartiers,on l’appelle , il fait tourner se Baguette , reconnoitqu il y avoit eu un chemin , & désigne Pendrait pré-cisément , & la largeur , & assure même qu’il est pa-vé , & qu’on le trouvera à cinq pieds de profondeur,on creuse , & on est tout surpris qu’il ne reste aucutflieu de douter de ce qu’avoit dit le devin.
Toutes ces pratiques firent penser à quelques person-nes que la Baguette pourrait bien leur servir à mesuresles distances des lieux , comme on le ferait par le bâtonde Jacob , ou quelque autre instrument de Géométrie,ils I’essayérent Sc réussirent en cette manière.
Pour savoir la longueur d’un champ , il S sc mettentauprès d’un arbre , ou d’une muraille , la Baguette au*mains, & souhaitent qu’elle tourne jusqu’â une distan-ce dans laquelle il se trouve autant de pouces qu’il ya de toises, dans le champ ; la Baguette soumise à leM*désirs tourne lorsqu’ils s’éloignent de l’arbre , ou de 1*muraille , & s’arrête à une certaine distance ; on la me-sure, on y trouve cinq pieds, c’est-à-dire soixante pon-ces , & on voit par-là que la longueur du champ est &soixante toises.
Une personne m’a assuré qu’il avoit fait cette expé-rience avec succès , & qu’il l’avoit apprise d’un hommedéguisé en Hermite qui devinoit mille choses avec |®Baguette. Passons à quelques expériences qui ont se ,cplus d’éclat.
Il y a déja plus d’un siécle que Delrio (b) a mis l'd"sage d’une Baguette de coudre parmi ses pratiques s a 'perstitieuses, ausquelles on recourait de son tems po^sdécouvrir les voleurs. Mais il n’y a que peu d’ann e f squ’on connoit cet usege en France , Sc je crois qu’A 1 'mar est le premier qui en ait fait l’épreuve publiquementCe qu’il a fait à Lyon & ailleurs a donné lieu à mjfort grand nombre d’expériences. Qn dit ensuite q u ‘se trouvoit beaucoup de personnes , à qui la Baguc ttetoumoit aussi-bien qu’à Ai mar, & tous les jours oslentendit raconter certains faits extraordinaires , à°fquelques uns mériteraient d’être écrits. Néanmo*^comme la première épreuve qu’Aimar ait faite en ssTsence des Officiers de justice , est une des plus auques, & celle en même tems dont je fuis le mieux mformé , parceque je l’ai apprise du Magistrat mêmeétoit présent , ce sera aussi celle qu’il me suffira de D?^porter. Le sait se paíïa à Grenoble en 1 688. de se ^niére que je vais dire.
On avoit volé des bardes à Mr.... dans un te ^où l’on disoit dans la Ville que ceux qui trouvoiens ^bornes, sevoient aussi découvrir les vols ; le désir ^voir l’expérience , & de recouvrer ce qui avolt - s>
(*) Recueil des Ordonnances chez Pralard 1691;
(í) Disquis. Mag. Lib. III. sect. à