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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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i;S HISTOIRE

Tel étoit un Savant dAllemagne, que le Père SchottJésuite avoit consulté. Comme il étoit fort expérimentédans luíàge de la Baguette, le Père Schott lavoit priéde lui marquer tout ce qui sobservoìt dans cet usage,& il en reçut cette réponse quil a insérée dans la qua-trième Partie de la Magie Naturelle.

Je ne mattache point scrupuleusement à chercher", une Baguette dune certaine longueur ou grosseur, je bannis en la coupant toutes cérémonies superstitieuses. Je nobserve ni lannée, ni le jour, ni lneure. J'ai,, seulement remarqué que le coudrier en pleine Lune avoit plus de force qu'en un autre tems. Cette Ba- guette est fourchue , & on la croit meilleure si elle est coupée presque à rez de terre sur les minières. Dou vient que les Métailliers rappellent, eins grrnd-,, Ruthen , Baguette qui croît fur les mines. Elle índí- que non seulement toutes sortes de métaux & de mi- néraux ; mais à ce que quelques uns pensent, elle tourne aussi sur les sources, ce que je nai pourtant,, jamais pu éprouver.

Si on veut savoir distinctement ce qui est caché

dans la terre, dans des murailles, ou en quelque au- tre lieu, un peu de métal de la même espèce que lon sera touchera la Baguette, découvrira tout lemyíié-,, re. Supposons par exemple que la Baguette indique par son mouvement un trésor dans une maison, &,, que l'on en veuille savoir la quantité & la qualité, voci ce que je serois. Je mettrois dans une de mes mains une piéce dor ou d'un autre métal, & tenant la Baguette avec les deux mains je mapprocherois,, ainsi de lendroit oh elle a tourné : sil y a du fer, & que je tienne dans la main une piéce de cuivre qui touche la Baguette, elle ne tournera point ; si au contraire je tiens du métal de la même espèce que ce-,, lui qui est en terre, on la verra dabord pancher avec violence. Par le même artifice je vous dirais fans me tromper combien dargent il y a dans une bourse. Car si la quantité dor ou dargent que je tiens dans la main , excède ce qui est dans la bourse, la Baguette,, ne se remuera jamais ; mais si jen ai moins dans la main quil ny en a dans la bourse, la Baguette tour-,, nera vers la bourse , parcequelle en contient davanta- ge. Ce sont- des secrets quon ne révélé pas facile- ment , & tout cela est si certain, que si je voulois écrire toutes les expériences que jen ai faites, jen remplirais plusieurs feuilles de papier. II faut encore remarquer quune Baguette de coudrier en attire à foi une semblable , car si òn place deux Baguettes à quelque peu de distance , & quon les tienne comme il faut, vous les verrez Rapprocher lune de lautre.

Je viens présentement au tems que doit avoir la Ba-î, guette. Je vous avoue que jai toujours eu foin den avoir une qui ne fût que dune année ; cest pour- quoi j'avertis ceux qui veulent en choisir, de faire at- tendon aux nœuds qui font connoitre lâge de la Ba- guette: car si elle étoit de deux ans, elle ne pourrait,, leur servir de rien. Quant à la maniéré de la tenir, la Figure que je joins à cette Lettre le fait assez voir.

,, Plût à Dieu que vous meussiez dit un mot de ce-j, ci le Carême dernier , jaurois éclairci de vive voix,, bien des difficultez , & jaurois fait voir clairement,, que cest un esset naturel. Je ne disconviens pas néanmoins que cette Baguette ne trompe quelquefois ;

mais nen puis-je pas rapporter beaucoup de raisons?

Ne puis-je pas dire avec beaucoup de fondement,

que le Démon transporte souvent les trésors dunlieu en un autre ? Naurai-je pas aussi raison si ;e dis que3, la sympathie du coudrier ne nous est pas entièrement,, connue ? Votre Révérence pourra trouver plus de secours & de lumière dans les lettres des Savans quelle,, consultera, que dans la courte réponse que je luisais.

3 , Je puis au moins expliquer fort facilement d vient que la Baguette tourne plutôt entre les mains dune personne que d une autre ; car qui empêche dattrí-,, buer cette disserence à la diversité du tempérament,, qui se trouve dans le sang Sc dans les mains de cesper-

CRITIQUE

sonnes ? Est-il dobjection qui puisse tenir contre cet',, te réponse?

Voilà un Savant qui prétendoit bannir toutes les ob*scrvations qui pourraient avoir quelque apparence de su-perstition ; il en rej étroit en esset beaucoup ; mais il ob*fervoit la pleine Lune , & ne pouvoir íe servir duneBaguette qui aurait eu plus dune année quand on lavoitcoupée. Libavius autre Savant en lart de 3 a Baguette,8 c qui passoit pour un fort habile homme, ne faisoitaU'cune attention à la Lune, & ne croyoit pas quil fàlûçnécessairement dun certain bois. Quand il avoit de qu° lchoisir, il préférait le chêne au coudrier ; mais il ch°j'sissoit toujours une Baguette dune année. Cest de lui-même que nous Rapprenons, in slppend. Syntagm.

Lusage de la Baguette passa fort aisément d'Allema-gne en Flandre.. Les lettres de Mons du mois de M 31700. nommoient plusieurs personnes qui découvroieftf& cherchoient tous les jours publiquement des eaux»des métaux, des minières, du charbon de terre, & plu*sieurs autres choses cachées, fans quon apferçoive au-cune marque extérieure de superstition.

Voyons ce quon observe en plusieurs autres pays.

CHAPITRE VI.

T>es autres T ay s l'on se sert de la Bagueste ^ en Bohême , en Suéde , en Hongrie-, &Angleterre , en Italie , en Espagne. Usag 1sort singulier d'une Baguette de coudrier e#Egypte.

L Es Pays les plus voisins dAllemagne sont ceux "2lusage de la Baguette est plus connu. MonsoflAbbé Hirnhaïm, Vicaire-Général & Visiteur de Ps e 'montré en Bohême, Silesie & Moravie, écrit (a) qu 0se sert assez communément dans tous ces Pays dufl eBaguette de coudre, pour découvrir les métaux cachez >& il assure avoir vu souvent ces Baguettes se rompre 3force de sc tordre entre les mains de ceux qui les &*noient.

Lusage nest pas moins connu en Suéde, & leStengelius savant Jésuite ajoute, (b) quoutre la décoU"verte des métaux , il y avoit de son tems des personn £5qui sen servoient pour découvrir beaucoup de ch<ss e jcachées : une Baguette toute droite se pliant en ros>comme pour faire un cercle , lorsquon prononçoitnom de ce quon vouloit savoir ; mais ordinairement ° nne sen sert que pour découvrir les métaux. Paracelse ^Galenius nont attribué à la Baguette que cette feuletu, & cest ce que les Mineurs Allemans (c) ont ens 1 'gné, lorsquils sont allez travailler aux mines des Bvétrangers. Fludd a été témoin que les Allemans ch eschoient avec la Baguette les mines en Angleterre dansProvince de Cornouaille. On en faisoit autant dans s,de Sommerset, suivant ce que rapporte Monsieur C^ 1drey dans l'Histoire naturelle d'Angleterre.

Les Montagnes de Mendin qui sont, dit-íl, dfso cette Province, produisent quantité de plomb- Jjj oui dire que lon en trouve la mine en cet endm lt ' g

(a) De Typho generls humant, c. 7. Metalla ferrie yisrerib 115 jjmurorum , aut aedificorum latibulis abscondita, bifurcurn c ° ^virgam violentiflimè movent. Et cap. 10. Vidi saepiuscorylo, in aliorum manibus adeò violenter ad metalla fuiiï® 1xas, ut fuerint confract®. $ ,

(é>) Neque enim Sueci tantùm velus divinâ quadamaurum argentumque ubi lateat norunt bariola» , sed aliiconceptis verbis efficiunt ut virgula recta ad nomen rei q uaIP gc ìdagant > íponte suâ junctis extremitatibus in circulum coetâ >cornibus velut lunetur. MttndiTheorit. f. 2. cap. 3 6. . faC"

(c) Si tempore quodam statuto virga corylina in extrenu®cata, ex arbore suâ colligatur, & u traque pars furcata ïa3 °' i froi'que sustineatur , tamen lege ut truncus directe feulariter erigatur , atque istius modi baculi poíitione ille q u î g at'feu baculum tenet montis fummitatem in quo minera atir> ^gtikgenti excogitatur eífe, pertranlìt ; cùm autem directe fvp erH venant ambulet.