i,8 HISTOIRE
buleuses , ou les Poe tes ne saíTent entrer des Baguet-tes.
Si Pallas donne à Ulysse (a) tantôt la forme d’un jeu-. ne homme, & tantôt celle du vieillard ; c’est en le tou-chant avec une Baguette. Mercure ne fait souffler lesvents , n’excite des tempêtes , n’envoye les âmes auxenfers, ou ne les en retire que par la vertu de la Verged’or (b). Et si la plus fameuse des Sorcières, la célèbreGircé, change Picus en oiseau (c), transforme en pour-ceaux les amis d’Ulysse (d), rend à tous leur premièreforme , c’est toujours en les touchant avec une Vergeenchantée.
Je n’examine point si ces métamorphoses font des con-tes faits à plaisir, ou si l’on peut les prendre à la lettre,comme Saint Augustin & plusieurs autres Savans l’ontcru. Vrayes ou fausses, elles font voir que c’est parune Baguette que fe faifoient les effets les plus furprenansde la magie. Car les Poètes n’ont fans doute expriméde si grandes choses que par les pratiques les plus ordi-naires des Magiciens.
E'Ecriture Sainte nous ( e) apprend que les Magiciensd’Egypte fe fervoient de Baguettes. Strabon (f) nousdit que les Brachmanes de Perse ne faifoient leurs impré-cations , consécrations, ou divinations. qu’en tenant àla main de petites branches d’arbre. Et Philostrate rap-porte ( £) que les Brachmanes des Indes n’étoient ja-mais fans bâton , & qu’ils s’en fervoient pour faire desopérations tout-à-fait prodigieuses.
Les peuples qui étoient les plus versez dans les divi-nations , usoient d’une espèce de bois qu’ils croyoientprivilégié. Ceux de l’Ifle fameuse de Metelin, se fer-voient d’une Baguette de Tamaris, & croyoient qu’A-pollon avoit donné à cette plante la vertu de deviner. LeScholiaste de Nicandre dit que les Médes s’en fervoientdans cette persuasion. Mais il y avoit des peuples quichoisissoient d’une autre espèce de bois. Plusieurs sefervoient indifféremment des branches d’un arbre frui-tier.
Hérodote (h) dit que parmi les Scythes, il y avoitbeaucoup de Devins qui avoient appris de leurs ancêtresl’art de deviner avec des Baguettes de saules. Le mêmeHistorien ajoute que les Scythes comptoient si fort furla connoissance que leurs Devins pouvoient avoir deschoses cachées, qu’ils leur faifoient découvrir si quel-qu’un avoit juré, & que fur leur témoignage on faifoitmourir les parjures.
Les Alains qui occupoient une partie de la Scythiedevinoient avec des Baguettes d’osier. Ammien Mar-cellin dit (/) qu’après les avoir disposées avec des secretsenchantemens, ils connoissoient distinctement l’avenir.
C’est apparemment des Alains & des autres peuplesde la Scythie, que les Illyriens leurs voisins apprirent àdeviner par quelque morceau de bois. L'Auteur du Li-vre des six cens treize préceptes cité par le savant Dru-sius (k .), leur attribue cette pratique.
Des Illyriens elle passa aux Esc'lavons ( 7 ) qui leuront succédé, Sc se répandit enfin parmi tous les peuplesde la Germanie. Nous apprenons de Tacite (m) qu’ilsétoient fort adonnez aux Augures Sc au Sort, & que
(a) Hom. OdyíT. iz. Sc x 6.
(b) OdyíT.-24. Virgil. JEneii- 4
(e) Ovid. Metam. ]ib. 14. Virgil. jEneid. lib. 7.
(d) Ibid.
(e) Exod:if) Lib. if.
(g ) Vita Apoll. lib. 3.
(h) Lib. 4.
(i) Lib. 31. pag. ri. ex Henr. Val. Futura miro prreíagiuntistodo. Nam rectiores virgas vimineas colligentes, easque cum in-cantamentis quibuídam secretis prxstituto tempore diseernentes,aperte.quid portendatur, norunt.
(k) In c. 4. Oíèse.
(/) Grotius in 2,. Ezech.
(m) Auspicia sortesque ut qui maxime observant. Sortium con-suetudo íimplex: virgam frugiseram arbori deciíàm in íurculos am-putant , eoíque notis quibuídam discretos super candidam vestemtemere ac fortuito ípargunt. Mox íì publicè coníulatur, íàcerdoscivitatis , lin priyatim , ipse pater familias precatur Deos cselum-que íùípiciens ter lïngulos tollit, sublatos secundùm impreílâm no-tam interpretatur. De mordus Germais.
c R 1 T I CsU E
leur maniéré de deviner la plus usitée consistoit I coupésune Baguette d’un arbre fruitier, à la diviser en plusieursparties, &à y faire quelques marques particulières. Cet -te coutume s’est conservée durant très longtems. Adamde Brême qui écrivoit dans l’onziéme siécle, la décrittoute («) entière de la même manière que Tacite. Eli®a eu cours parmi les Russes (0) & les Frisons , & lors-que tous ces Peuples eurent embrassé le Christianisme» 1ils ne firent qu’ajouter quelques cérémonies religieuses,à leUrs anciennes manières de deviner.
Le 14. Titre de la Loi des Frisons porte que pouf'découvrir Fauteur d’un homicide, l'épreuve des Baguet-tes fe feroit dans PEglise, & qu’auprès même de l’Au-tel & des saintes Reliques on demanderoit à Dieu un si*gne évident qui feroit discerner le vrai coupable d’aveíceux qu’on accusait faussement. ( p ) Cela s’appelloit le'fort ’de la Baguette , ou d’un seul mot, Tan , TeeniTeenen , Tenì ou Tenus , la Baguette , ou les Baguettes»’
Une ignorance grossière, ou une trop grande simpli' .,cité , faifoit tolérer ces pratiques, & pourvu qu’elleCTfussent revêtues de quelques marques de Religion, el-Hles iéduifoient quelquefois la piété des fidèles, & celte/'même des Pasteurs. _ tí -
Au lieu de certaines épreuves que faifoient les Gen-tils avec quelques morceaux de bois, on promettoit auf ,\nouveaux convertis de faire de semblables épreuves au-*:ÍLprès de quelque Croix. Charlemagne permit qu’onminât certains différends touchant les bornes des champ* JLpar le jugement de la Croix (§). Mais des CapitulairesWdressez du tems même de ce Prince interdirent ces usa-*ges, & plusieurs Conciles en ont fait d’expresses défen- ;ses. Les Conciles d’Auxerre , d’Orléans, & le troisiè-me de Latran ont proscrit les forts qu’on faifoit avec diíbois ou avec du pain pour découvrir les voleurs. C6qui fe faifoit avec du bois , les Savans (r) l’expîiquenCde la Rabdomancie , ou divination par une Baguette»
& ce seul nom qui fe trouve dans plusieurs anciens Au-teurs , ne permet pas de douter que cet usage ne fû cfort connu parmi les Grecs. 11 me suffira de direSaint Chrisostome (s) rapportant plusieurs fortes de di-vinations , fait mention de celle qui fe faifoit avec de*Baguettes.
Passons à ce qui s’est pratiqué chez les Romains* 1
CHAPITRE Vin.
De la Baguette recourbée , dont les ancieft*Romains fe font servis pour deviner.
L 'Usage de deviner avec une Baguette étoit si conn 1 *parmi les Romains , qu’il avoit donné lieu à ultproverbe. II faudroit, difoit-on , avoir le secret de 1Baguette , pour pouvoir s’enriçhir fans peine ; & c ,apparemment à ce proverbe que Cicéron (t) fait al^'sion , lorfqu’il fait dire à quelques personnes qu’^'sopourroient fe donner entièrement aux sciences, sique divine Baguette pouvoit leur fournir tout ce q u ‘ Ênécessaire à la vie.
Si l’on ignore ce que Cicéron entendoit par cette f 1 'guette , on fait du moins que les Augures fe fervo^du Litms dans les divinations les plus folemnelles. ^
in) Hist. Ëccl. c. 6.
(0) Saxo Gramm. lib. 14. > y
(p) Saumaise croît que c’est de-là que vient l’usage de tiretBaguette, ou à la courte paille. In Tertull. dépoli, p. 164-
(q) Les deux personnes qui contestoient demeuroientprès d’une Croix, celui dont la cause étoit mauvaise, ne P°se soutenir sur les pieds tomboit à la renverse -, au lieu q uedont la cause étoit bonne , demeuroit ferme, & c’est ce st ulpelloit, Store adjudicium Crans. V. Gretfer tom. 1. de Crac e ‘
{r) furet, Lindenbrog , DuCange, Scc.
(r) Dans la chaîne des Pérès Grecs fur Jérémie. Htictf’
(t) Quod íi omnia nobis quse ad victum vel habitum P ert
quasi VIRGULA DIVINA , ut aiunt, suppeditarentur, « ^ jgtimo quisque ingenio , negotiis omifsis omnibus , totunseientiâ 2 c cognitione collocaret. L. 1. de Offic.