i4 o HISTOIRE
yent appris dés Chaldéens la divination avec des Baguet-tes. Elle devint fort commune parmi ce peuple. Dieula traita de faute énorme , & mit dans la bouche duProphète Osée ce terrible reproche, (a) Mon Peuplea consulté un morceau de bois, & une Baguette lui aindiqué ce qu’il desiroit d’apprendre, parceque l’espritde fornication les a séduits, & ils fe font prostituez enquittant leur Dieu. La version de Junius & de Tre-mellius explique fort littéralement ce Verset du Prophè-te (b).
Je fais que par ces paroles, Mon Peuple a consulté élubois , plusieurs entendent une Idole, parceque le mot debois en Hébreu , lorfqu’il a raport au culte, fe prendordinairement pour une statue. C’est pourquoi des 8a-vans ont cru que le Prophète condamnoit en cet endroitdeux pratiques, celle de consulter une Idole, & celle deconsulter un Bâton. Peut-être étoit-on censé consulteren même teins un Bâton & une Idole, si l'on se servoitd’un Bâton où sût gravée la figure de quelque Idole,comme les Magiciens l’ont souvent pratiqué.
Quoi qu’il en soit , je vois que les mieux instruitsdens les pratiques des Juifs, ont expliqué cet endroit del’usage de deviner par des Baguettes, ou par un Bâton.Les Septante ne l’ont entendu qu’en ce sens ; & les pra-tiques des Juifs dans les divinations déterminent à le sui-vre. Saint Jerôme, Saint Cyrille, Théodoret, & quel-ques autres s’y font attachez.
On peut les voir dans le Recueil qu’en a fait le savantRabin du treizième siécle Maimonides, au Traité del’Idolâtrie. ,, Celui, dit-il , qui usera des pratiques de„ Python , ou de quelque Devin que ce soit, s’il le„ fait avec connoissance de cause, mérite d’être excom-„ munié.... Quelle est cette pratique de Python ? II„ y en a une qui consiste I offrir un certain parfum, à„ remuer dans la main une Baguette de myrthe, & à„ prononcer quelques paroles. Ensuite celui qui tient la„ Baguette se baisse, comme s’il vouloit consulter quel-j, qu’un qui sût sous terre, & qui lui répondît d’une„ voix si basse, qu’il pût seulement comprendre en es-„ prit les réponses, fans ouir rien de distinct, c. 6 .
Et dans le Chapitre onzième où il traite encore desdivinations, il fait mention de celle dont il prétend quele Prophète Osée parle. ,, Il y en a, dit-il, qui devi-„ nent en cette manière. Ils prennent un Bâton à la„ main, ils s’y appuyent, & en frapent la terre jufqu’à„ ce qu’ils connoissent ce qu’ils souhaitent. C’est de„ cette pratique que le Prophète (c) dit: Mon Peuple„ a consulté son bois, afin que le Bâton lui indique ce„ qu’il désiré.
Comme les Juifs se servoient tantôt d’une Baguettede Myrthe, tantôt d’un Bâton ordinaire pour deviner,Saint Jérôme expliquant cet endroit d’Osée, y rappor-te la divination par le bois, ou par des Baguettes, (d)„ Le Prophète, dit-il , s’écrie dans l’étonnement dont„ il étoit saisi : Mon Peuple , qui a eu l’honneur de,, porter mon nom, a interrogé du bois & des Baguet-„ tes , ce qui est un genre de divination que les Grecs„ appellent Rabdomancie ; , d’où vient que nous lisons,, dans Ezechiel queNabuchodonosor mêla ses Baguet-„ tes, pour savoir s’il devoit porter les armes contre„ Ammon, ou contre Jérusalem. _
Dans l'endroit d’Ezechiel que cite Saint Jérôme, (e)on ne voit pas que le Roi de Babylone ait deviné avecdes Baguettes, il ne fe servit que de flèches, mais SaintJérôme ne laisse pas de parler de cette pratique comme
(а) Populus meus in ligno íûo interrogavit, & baculus ejus an-nuntiavit ei : spìritus enim fornicationum decepit eos, & fornica-ti íunt à Deo íùo. c. 4. v. ii.
(б) Populus meus lignum lìium conlùlit , ut baculus ejus indi-ces ipsi ; nam spìritus scortationum in errorem agit ut scortenturaverfi à Deo suo.
(c) Osée. 4. n.
(d) Unde 8t Propheta quasi stupet , 8c mirabundus eloquitur.Populus meus qui quondam meo vocabatur nomine , lignum in-terrogavit, & virgas, quod genus divinationis Grseci
vacant. Unde m Eïechiele legimus quòd virgas suas miícuerit in|eruíàlem.
' (e) Cap. 21.
CRITIQUE
de celle qùi est dans Osée, parcequ’au fond, c’est assez:la même chose de deviner avec une Baguette simple, oUpar une Baguette simple , ou par une Baguette qui aun fer pointu au bout.
D’ailleurs les Chaldéens ou Babyloniens, dont Na-buchodonosor étoit Roi, fe servoient indifféremment*ou de simples Baguettes , ou de flèches, & ceux quileur ont succédé, ont choisi comme il leur a plu.
Je crois que chaque Peuple â suivi son caprice ou fepréjugez. Les Arabes voisins de la Chaldée ne fe ser-voient autrefois que de simples Bâtons, quelques Na-tions qui ont succédé aux Babyloniens, ont préféré desflèches à toute autre Baguette , pour des raisons qu’ilnous importe fort peu de savoir, & les Turcs ont rete-nu cette pratique. Marc Paul de Venise, fameux Voya-geur , dit qu’elle régné presque dans tout l’Orient. Col-lenucius dans l’Histoire des Indes, la décrit à peu prèsselon ce que fit Nabuchodonoíor , & l’on peut en voirdes particularitez remarquables dans une relation (/) dsMr. Thevenot. L’on y verra en même tems que noSDevins à Baguettes ne font pas les seuls, dont le fecreCmanque en plusieurs rencontres.
„ II y a parmi les Turcs plusieurs personnes qui sd,, mêlent de deviner , & ils réussissent fort bien. Oti„ voit de ces gens-là en plusieurs coins des rues, aífe„ à terre fur un petit tapis, avec une quantité de livres„ étalez à terre à l’entour d’eux. Or ils devinent ds„ trois façons. La première fe fait ordinairement pour„ la guerre, quoiqu’elle fe salle encore póur toute au-,, tre chose, comme pour savoir si un homme doit en-,, treprendre un voyage, acheter telle marchandise , otí„ autre chose semblable. Ils prennent quatre flèches„ qu’ils dressent en pointe l’une contre l’autre , & les„ font tenir à deux personnes : puis ils mettent fur M»„ coussin une épée nue devant eux, & lisent un certai»„ Chapitre de l’Alcoran ; & alors ces flèches fe battent„ durant quelque tems, & enfin les unes montent ffe„ les autres. Si les victorieuses ont été nommées Chré-„ tiennes (car ils en appellent deux , les Turcs , #,, donnent aux deux autres le nom de leur ennemi) c’est,, signe que les Chrétiens vaincront; si autrement, c’est
„ une marque du contraire. Us ne vont jamais à 1»
„ guerre qu’ils ne fassent cette expérience auparavant »,, qu’ils appellent faire le Livre , & même ils ne f ont„ aucun voyage , ni autre chose de conséquence coM-„ me j’ai déja dit, qu’ils ne fassent le Livre, difans-„ Si telles flèches sont victorieuses, je le ferai ; si elfe,, sont vaincues, je ne le ferai pas. Depuis que je fe*,, de retour à Paris, ayant trouvé un François qui avoí f„ été de Loi Turque, êcpuis Bavoir laissée, &s’ét°' íC
- fauve en Chrétienté ; comme il me dit qu’il savoirfaire le Livre, je fus curieux de le voir. II fit d#flèches, qu’il donna à tenir à une autre personne, ^à moi, puis il mit une épée nue fur la table où etoi eslt:les flèches , ensuite il nomma deux de ces fléclfe.!Chrétiens, & les deux autres Turcs, & me dit q u>1vouloir savoir si l’Empereur auroit la guerre contre ^Turc , ou non : il prit un Alcoran, & lut tout ^Chapitre qui est pour cela : mais encore qu’il ^dît que les flèches se battroient malgré nous, qiiose’fnous les en voulussions empêcher , elles ne sc branfe
„ rent jamais, il s’en prit à ce que nous en riions ;
- forte que nous tâchâmes de nous mettre fur notre » e 'rieux , & il recommença trois ou quatre fois fequ’il se fît de combat, dont il fut fort surpris,il nous jura qu’il l’avoit fait des milliers de fois,me pour rendre réponse à des Chrétiens , A fe ^avoit toujours réussi. Je ne fais si ce fut à cause fenous n’avions pas la foi , ou parcequ’il n’écoít P 1UTurc, mais nous nous en mocquames fort.
(g) On peut ajouter au récit de Mr. de Theveno^j
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(/) Voyage du Levant, c. i<5. .
(g) Refertis quòd Graicorum quibufdam codicem acctpr^^in manibus clauíum, unus ex eis accípiens parviffimam pfe^.aí-Kgui, hanc intra ipfûm codicem condat, si undecumsi ^