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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c. i 4 t

M'en Orient la divination la plus commune sappelloitftire le Livre ; parcequon enfonçoit dans un Livre fer-roé un petit morceau de bois qui indiquoit ce quonVouloit savoir. Lorsque les Bulgares quittèrent le Pa-ganisme , pour embrasser la Foi Catholique , le PapeNicolas premier fut consulté sils pouvoient conservercet u &ge. Ce Saint Pape leur répondit quil ny avoirpas à contester fur ce point, parcequil est écrit: Bien-heureux est celui qui met en Dieu toute son espéran-j & qui méprise les pratiques fondées fur la vaniték mensonge,

, C est- ce que les Grecs ont appellé Belornancie,D autres peuples nont employé dans leurs divinationsstuun morceau de bois, & cest la Zulomancie dontP usieurs Auteurs ont parlé. Gonzales de ÌVlendoraayant remarqué (d) avec soin les pratiques ordinairesd°nt usent les .Chinois dans leurs divinations , dit quela plupart les font par des morceaux de bois disposezCn différente maniéré.

Comme toutes ces pratiques fe terminent à consulterbois, elles font toutes renfermées dans la plainte dutophéte Osée , contre luíâge de consulter du bois,p des Baguettes, ce qui a varié en cent manières dif-ere ntes , selon les différentes rêveries des peuples aus»stuels le Démon savoir saccommoder.p Combien de variété dans le choix des Baguettes que011 stiettoit en usage ? Tout bois étoit bon pour quel-stues uns , & il en falloir dun particulier pour les au-ttes - Les uns laissoient l'écorce aux Baguettes, les áu-tr ts les dépouilloient entièrement ou en partie. Les unsPanaient des bâtons droits , les autres eh prenoient de^urchus ou de recourbez. Les uns íe fervoient duâton qu ils portoient à la main fans aucune distinction,«£ les autres y gravoient des caractères, ou y enchas-oient quelque figure didole. Combien de variété en-'ore dans les indices que lon attendoit de ces Baguet-p ' H falloit pour quelques uns que la Baguette feEn rond, ensorte que les deux bouts fe joignissent ;* etoìt assez pour dautres quelle tournât en leur main,eis un certain côté. Quelques uns qui fe contentoíentr 5 s J ett . er des Baguettes en Pair, croyoient trouves lae o ution de leurs doutes par quelques retharques furtur chute ; dautres plaçoient les Baguettes dans un en-uroit, d ou les seuls enchantemens étoient capables dei tom ¥ r * îestes étoient, selon Saint (£} Cy-rille, les pratiques que reprend Osée.

Theophilacte (c) a suivi íe même sens dans son Com-^entaire fur ce Prophète. Quelques uns ont pu expli-st^er cette pratique dune autre manière , à cause dePutes ces différences que nous nous sommes contentezé nommer , pour ne pas charger ce Chapitre dune

H if a: 0n quì n£ P ourroit être qu'ennuyeuse & inutile.j e Imffit que lon aye pu remarquer que presque touss peuples se sont exercez â deviner avec du bois ; soit^ ce fût une Baguette , un bâton , une flèche , ou1 d eût quelque autre figure, & quune inflexion,&i e e ^uchnatson , un tour , ou enfin un certain mouve-et °* t Pour eux lindice de ce quils souhaitoient,Poi des préjugez qui sont de mauvais augurt

íès r ì ^ a ^ U£ j te H sout néanmoins instruire son pro-plus a fond, avant que de la condamner.

piu nt . e stst vlr ambiguitas, per hoc affirment fe fcire posse qtV< i s verà confulitis , si sit hoc tenendum an respu^^Ipuendum t Scriptum est enim : Beatus vir cujushs. ÍP Cs c í us ' & non respexit in vanitates 8c insi

(«) Hìâ rt- 77 ' Aít Con f Bulg. Com. T. 8. f. 5-41.

( 4 ) Q y: T,à. 1 . 2. c. 4.

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C H A P I T R Ê X.

De fr origine des divers usages que l'on faità présent de la Baguette. Qui eft-ce quia pu faire naitre la pensée s'en servirpour chercher les sources , les métaux , lesbornes des champs , les chemins perdus tles voleurs , les meurtriers , &t\

S I lusage de îa Baguette étoit évidemment mauvaisil auroit peu de défenseurs , 8c nauroit osé semontrer en public. Cest le sort des pratiques dans les-quelles 1,impiété , òu lextravagance paroissent à décou-vert ; èlles ne sont reçues que de peu de personnes, &ne sont en usage quen des lieux secrets. Mais lorsquecertaines pratiques , quelque superstitieuses quellessoient, ont lapparence de quelque miracle , que noustrouvons dans lEcriture , des dons que Dieu aquelquefois communiquez aux hommes, ou des effetsfurprenans de la nature , elles trouvent aisément créancedans les esprits , & deviennent bientôt communes;

Combien de gens ne se sont-ils pas laissez éblouir parles superstitions insérées dans la Mischna , & dans toutle Thalmud , à cause des rapports queíles ont avec ceque Moïse àvoit appris au Peuple de ía part de Dieu?Combien de personnes desprit 8c de piété , qui ont étéséduites par les épreuves superstitieuses de Peau froide,de leau bouillante , & du fer chaud ; parcequon si-maginoit quil falloit en raisonner de la même manièreque des eaux de jaloufie dont Dieu avoir prescrit luíâ-ge ? Quelques uns prétendoient même que leau froidedevoit naturellement Faire discerner linnocent du cou-pable , un vrai Magicien davec celui qui ne létoit pas*Cest assurément sy bien prendre pour autoriser un usa-ge , que le faire passer pour un vrai miracle, oupoiir un secret dont les Savans peuvent découvrir la rai-son physique.

Lusage de la Baguette na pas manquer de cesbeaux dehors. Un rapport à quelque chose de divin apu le faire introduire , 8c des raisons physiques , bon-nes pour quelques personnes, ont mis lusage dans Pé-tât quil est à présent»

Moise sest servi duné Baguette , eh faiíànt sortir deleau dun Rocher, Cen est assez pour faire croire àplusieurs personnes quune Baguette de même bois, doitavoir quelque vertu singulière pour faire trouver dePeau. On nest en peine que de savoir de quel boisétoit la Baguette de Moïse. On consulte les Interprè-tes de lEcriture ; presque tous les Rabins & autres di-sent quelle étoit damandier , & prouvent leurs senti-mens par le dix huitième Chapitre des Nombres , oulon voit que Moïse se servit de la Baguette dAaron,& que cette Verge ayant fleuri, elle avoir poussé desamandes. Après cette découverte on prit fans hésiterune Baguette damandier pour trouver les sources, 8côn seh est tenu à ce choix , tant que lon na eu envue que la Baguette de Moïse.

Dautres ensuite moins occupez de Pâction de Moï-se , que du rappôrt physique que la Baguette devoitavoir avec Peau , fe sont persuadez quil falloit choisirdu bois qui sc nourrit dans les lieux aqueux. On pou-voit prendre du saule ou du frêne (d) : mais pour nepas séloigner si sort de Pamandíer , on prit du noiset-tier, dont le fruit est assez semblable aux amandes. Cechoix a paru de bon sens, & il a été dautant plus sui-vi quil paroit sondé sur la Physique , & sor un rap-port à la Baguette de Moïse , que quelques uns cro-yent avoir été de coudrier. Comme néanmoins, selonla plus commune opinion, elle étoit damandier , on

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(<0 Fluminibus silices craffisque paludibus alni nascuntur. Virg,tíiorg. r.

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