H I S T O I R E C R I T I Q. U E
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principale cause qui a déterminé plusieurs personnes às’en servir pour chercher des sources. Comme Moïse seservit de la Baguette pour procurer au Peuple Juif unesource abondante, & non pas pour chercher des métaux,on a cru que la Baguette qui portoit le nom de Verge deMoise , devoit servir à faire trouver de l’éau plutôt quedes métaux. D’autres ne se íont déterminez à chercherde l’eau que par les mêmes raisons qui ont fait cherchercent autres choses, lorsque creusant sur les indices de laBaguette , au lieu de trouver des trésors, on ne trou-voit que de l’eau, on s’est imaginé que la vapeur del’eau avoit fait tourner la Baguette , comme d’autresavoient cru qu’elle avoit tourné pour les ossemens desmorts, pour les bornes, ou pour les autres choses quis’étoient rencontrées par hasard. Ce qui est constant,c’est que l’on ne s’est avisé que bien tard de chercherde l’eau avec une Baguette. Car on peut juger par lesTraitez des Jardins, de la Science des Eaux , la MaisonRustique , Sc autres Livres de cette nature, que cetusage ne s’est établi qu’en ce siécle.
Il faut donc fe détromper si on avoit cru que de toutteins le coudrier avoit été l’indice des sources. Je croisque les premiers qui ayent prétendu trouver de l’eauavec des Baguettes font le Baron de Beau-Soleil, & laDame de Ëertereau fa femme. Ils vinrent de Hongrie enFrance en t6zo. pour chercherdesmines, publiant hau-tement qu’ils avoient de merveilleux instrumens pourconnoitre tout ce qu’il y a dans la terre. Le grandCompas, la Boussole à sept angles,, l’Astrolabe mi-néral , le Géotrique minéral, le Rateau métallique,& c. : mais fur tout sept Verges Métalliques & Hy-droïques, par lesquelles ils prétendraient découvrir Scdiscerner les métaux, les minéraux , & toutes les diffé-rentes sortes d’eaux.
Comme la Dame de Bertereau étoit une fort grandecauseuse , elle en imposa d’abord à quelques personnes,& obtint à son mari une Commission pour travailler auxMines du Royaume. En 1640. elle dédia un Livre auCardinal de Richelieu , sous le titre de la Restitution deTimon , dans lequel voulant porter ce grand Ministre àfournir l’argent nécessaire! pour creuser des Mines, ellefait une longue énumération de celles qu’elle assure avoirtrouvées en France. Mais on ne fit pas grand cas de sesdiscours, & bien des gens furent scandalisez d’entendredire qu’elle découvrait avec des Baguettes les métaux,les eaux, & tant d’autres choses cachées dans la terre.
Quelque soin qu’elle prît pour faire entendre que c’é-toit un don des Astres, que ceux qui étoient nez fousla Constellation favorable pouvoient trouver les sources& les métaux avec une simple Baguette de coudrier oude palmier , & que les autres n’avoient besoin que desavoir le secret d’attirer les influences fur les Baguettes,elle ne put faire revenir le monde; il ne parait pas mêmequ’elle ait eu raison de sa plainte formée contre le Pré-vôt de Bretagne , qui l’accusant de sortilège avoit faitouvrir ses coffres, & enlever quelques Grimoires, &diverses Baguettes préparées avec grand soin sous les con-stellations requises.
Cependant comme le Baron & fa femme avoient par-couru toutes les Provinces du Royaume , & que l’onavoit entendu dire de tous cotez qu’on cherchoit del’eau avec certaines Baguettes, la cupidité & la curiosi-té engagèrent diverses personnes à découvrir un secretinconnu jusqu’alors. Chacun suivit dans l’eíïai qu’il enfit, ou ce qu’il avoit entendu dire, ou ce qu’il jugeoitplus raisonnable. Les un? prirent une Baguette toutedroite qu’ils portoient fur la paume de la main ; les au-tres prirent une Baguette fourchue semblable à celles quiétoient déja en usage pour chercher les métaux. Enfinchacun fit des essais selon ses désirs & ses manières deraisonner , & il arriva de ces diverses pratiques, ce queSaint 0 *) Augustin a dit de celles qu’une trop grandecuriosité introduit dans le monde. ,, Destituées de tou-„ te vertu physique avant qu’on en fasse une régie , el-
{a) De Doct. Christ. I. r. C. 24.
„ les en acquièrent après qu’on l’a désiré, & elles téûl J,, fissent différemment à diverses personnes selon leurs,, divers désirs ; parcequ’il y a des causes intelligentes„ & invisibles qui profitent de cette occasion pour se"„ duire les hommes en plusieurs rencontres, après avoir„ contenté leur curiosité Mais avant que nous exá*minions d’où peut venir le mouvement de la Baguette»voyons ce qu’en ont pensé les Savans.
CHAPITRE XII.
Sentimens de ceux qui ont approuvé cet ufi'ge, ou qui n’ont sas osé décider . Maiolus »Peucer , Fludd , Lìbavius , WilleniusiFrommann , le Père c Dechales , M. Hirfl*hdïm , Mr. de Saint Romain , &c.
N Ous ne dirons rien des Auteurs de qui la prétéfl-due vertu du coudrier n’a tiré que des exclama-tions , sor la puissance de la Nature, & fur l’impossxbi'lité de pénétrer ses secrets , pour ne rapporter que I esentiment de ceux qui prétendent rendre raison de ceteffet.
On s’attend à en trouver de convaincantes, quand oHvoit que l’Auteur du Suplément de Maiolus, & quel-ques autres qui ont copié Peucer, fans le citer, placentce qu’ils ont dit de la Baguette sous ce titre : (b) V fìDivinations dont on peut rendre des raisons solides &turelles. Mais tout ce que l’on apprend d’euX, est qu’il 5conjecturent qw’il y a entre le coudrier & les métau*une sympathie fortifiée par les sucs qui sortent des mi-nes.
Fludd, Auteur de la Philosophie Mosaïque, nous f 3 ^espérer, non pas des conjectures qu’il y a de la syrríp 3 'thie entre le coudrier Sc les métaux, mais des raise^infaillibles de cette sympathie, auflï bien que de tout#les autres. Son titre vaut la peine d’être lu ( c ). Il ré-pond assez au galimathias mistagogique qui régné dan 5tous ses Ouvrages. Jamais Auteur n’a dit des imperti-nences avec plus de hardiesse & de confiance que celui-ci. Rien n’est capable de lui faire craindre l’embarraî*Loin d’en trouver à expliquer les effets de la Baguette»il s’en sert merveilleusement pour dévêloper une harmo-nie générale qu’il établit entre tous les êtres végétât 1 *& minéraux , & qu’il fait entretenir par des paflson 5concupiscibles & irascibles. Souvent ces seules pass' orlíqu’il donne au corps , lui suffisent pour expliquer ton fce qu’il lui plait , Sc quelquefois il s’éléve jusqu' 3 ^Ciel, pour y trouver ce qui donne la force à ces p 35 'fions. 11 a eu besoin de ce dernier renfort, pourbj etlexpliquer en sa manière les effets de la Baguette. Il j 0 ** 11l’émanation céleste avec ce qu’il appelle les rayons s?métaux Sc du coudrier , & il en fait une combinais 011qu’on se donnera la peine, si l’on veut, de lire tout 3tllong dans ses propres termes.
Libavius, qui n’étoit pas un faiseur de galimatfr 3 *comme Fludd, avoue qu’il ne voit pas clair dartslacâ 11se de la Baguette. Mais persuadé par l’uídge qu’ilavoit sait lui même , qu’elle indiquoit les métauxaucune cérémonie superstitieuse, il le croit licite , # zmet l’effet au nombre de ceux que les Physiciens _n 0 . çpas encore pu démontrer. Savoir s’ils pourront j 3l P _en désigner quelque cause naturelle, c’est ce que L J ,vius n’ose pas faire espérer. C ar quand il veut renraison d’où vient que la Baguette ne tourne p 3S £Iî j eJ
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(l) De Divinationum ípeciebus quarutn cerfs atque comrationes è naturá peti postant. ta tr
(c) Philosophie Mosaïcx sectio secunda m qua sundamq ^dicalia tain sympathise, sivc attractionis naturalisant eoition 1 ■cupiscibilis , St consequenter omnis magnésies curationis , '\ 0 santipathie, sive odibilis expulsion!- , atque adeò cujuílibtf6c infirmitatis infallïbilibus naturs rationibus probantur, sphorum ac Cabalistarum sapientistimorum assertionibus 1Utur. Lee.