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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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j j o HISTOIRE

représente que la sympathie, qui est un amour détermi- , ne peut pas sétendre à tant de choses que la-guette indique. Inexpérience de laimàn ne leur est pasfavorable, puifqu'il nattire que le fer. Dailleurs sym-pathie de laiman & du fer, quoique bien forte, nâgitnullement à six pas loin ; comment voudroit-on quuntrésor caché bien avant dans la terre , agît fur une Ba-guette ? Il leur fait quelques autres réponses tiréès duPère Kirker & dAgricola, que nous avons rapportéesailleurs, & que nous ne devons pas répéter ici»

Des Péripatéticiens , il passe aux Philosophes Car-tésiens , qui ont voulu expliquer les effets de la Ba-guette par une émanation de corpuscules , & il esttout-à-fait surpris que parmi ces Philosophes ou londevroit trouver plus de raison quailleurs, on décou-vre néanmoins chez eux en cette matière un vastechamp dignorance raisonnée (a).

Tout ce que ces Messieurs ont dit , pour montrerque ce qui s'exhale dans les chemins après un meur-tre arrivé depuis longtems, pour faire mouvoir la Ba-guette , & découvrir les meurtriers, létonne ; & ilne peut scmpêcher de dire que cest vouloir raison-ner dans le délire (b). Enfin il expose les raisonsparticulières quil a de nier la prétendue vertu de laBaguette, avec la permission de ses amis qui en fontles défenseurs (c).

1. Il a vu des personnes à Baguette qui ne per-mettoient pas quon leur bandat les yeux , ou qui setrompoient en faisant les expériences les yeux ban-dez.

2. La Baguette tourne souvent dans des endroitsl'on ne trouve ni or , ni argent, mais seulement de laterre & des pierres. Tout cela rend déja le secret sortsujet à caution.

z. Les arbrisseaux croissent, & sélévent en haut furles terres minérales de même quailleurs, & si quelque-fois les branches chargées de feuilles paraissent panchéesvers la terre, cest uniquement à cause du poids des ex-halaisons qui tombent fur les feuilles. sont donc cescorpuscules qui donnent tant de mouvement à la Ba-guette ?

4. Sil y a quelque rapport Physique entre la Baguet-te & les métaux, semblable au rapport de laiman & dufer ; d vient quon se sert dune Baguette qui napas crû sur les mines, & quon peut se servir de toutessortes de bois de différente espèce ? Laiman est agitépar le fer, mais nullement par lor , par largent, oupar le cuivre.

5. La Baguette tourne quelquefois pour une feulepetite pièce de monnoye , quoiquassez éloignée. Quicroira quil forte de cette monnoye , de quoi faire tor-dre la Baguette ? Ajoutez que cela se fait souvent au-près des mines, qui devraient la faire tourner plutôt quecette pièce fur laquelle on fait lexpérience.

6. La Baguette mise auprès des métaux avec toutlé-quilibre possible , demeure toujours immobile. Dites-vous quil faut quelle soit entre les mains d'un homme ?Mais d ou vient quelle tourne entre les mains de si peude personnes ? Vous recourez au tempéramment & auXinfluences des Astres , cest-à-dire, quil faut ranger cequon dit de la Baguette avec les pauvretez de l'Astro-logie Judiciaire.

7. M. Hennin combat lufage de la Baguette , parune observation qui saute aux yeux, & que nous avonsfaite plus dune fois dans l'Illusion des Philofiphes. On apu cent fois remarquer que la Baguette tourne pour leschoses quon cherche iific ne tourne pas pour les mêmeschoses, si on ne les cherche point. On fait chercherdans une maison , ou dans une chambre une piéce demétal, que quelquun a cachée à dessein ; la Baguettene tourne que pour indiquer cette piéce de métal. Ce-pendant on est quelquefois tout auprès dune personnequi a de 1 argent dans la poche. On passe près dune

Ut rideas lâtum campum cruditse ignorantisc. Par* 220,

(b) Scilicet quando placet cum ratione insanire. Part 220.

(c) Cum veniâ dissentientium amicorum.

C R I T I Q^U E

porte, il y a beaucoup de fer; mais comme ce

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pas ce quon cherche, la Baguette ne tourne pas. Voi»ce qui fait croire à M. Hennin que lusage de la Baguet-te est une folie» II y a déja quelques années, que pre-j'que tout ce quil y a dhabiles gens à Paris font dans »même pensée. On est convaincu que les effets de la Ba-guette ne peuvent être expliquez méchaniquemeirt*Cest pourquoi plusieurs nient le fait , & prennent 1*parti de dire que tout doit être fourberie, de peur d*'vouer quil y a peut-être en quelque rencontte 1®diablerie cachée.

CHAPITRE XY.

T) vient que les Auteurs font fipartagesEt fi tous ces différens sentimens doiveîdempêcher quon décide »

I L est difficile que dans les choses Un peu composées»fur-tout si elles tiennent du Physique & du Moral»on ne soit souvent embarrassé, & que bien des gens n eprononcent des jugemens tout différens. Chacun a (fisens, ses vues, & son penchant. La coutume, les hal-ions différentes, l'étude à laquelle on sapplique, cefllon a cru fans examen , une infinité de préjugez ffides impressions qui dominent sens quon sen apperço 1 've.

Un Naturaliste occupé à faire des listes des miraclede la nature, vrais ou faux, cfoit tout sens que rie"lui paraisse extraordinaire. Quelque effet prodigieux fi svous lui exposiez , il ferâ toujours prêt den prodU^equelquun qui vaudra bien le votre ; & la principal®raison que vous aurez de lui, cest que la nature se ph lCquelquefois à sc jouer de nous.

Dautres ne croyent rien que ce quils voyent ordinai-rement. Leur dire un fait un peu singulier, & préten-dre les persuader , cest perdre son tems, les engager^rapporter quelques faits faux, crus trop légèrement, ^vous exposer à être tourné en ridicule.

Parmi ceux qui ne rejettent pas les faits, chacunaccommode à ses principes. Le Péripatéticien les ajuj*avec des qualitez , & le nouveau Philosophe avec <* ecorpuscules. LAstrologue veut trouver la raison de ton-tes choses dans lharmonie quil apperçoit entre les Astr^& dans les secrets rapports quils ont avec nous. En"'il nest que trop constant quil y a une infinité de g e *\qui sentêtent de certaines études, de certaines maxinjfqui leur sont particulières. Il faut que tout revienne- 1 'Leur imagination qui en est frapée, les mêle dans ^les objets quils considèrent , & cest la variété desximes qui fait la variété des sentimens. Platon explifl"0toutes choses par des triangles. Pythagore par les n°bres , & des Pérès de lEglise prévenus pour la v erdes nombres, ont prétendu trouver âu nombre dete huit que le Paralytique dc la Piscine étoit naturement incurable. , ,

U ne saut donc pas s'étonner quil y ait tant de ^timens différens touchant la Baguette. Il suffit auX ^que le sait soit fort extraordinaire pour le nier. L eStres sétonnent que lon trouve ces effets si sui? ren ?ils ont vu beaucoup de choies qui leur paraissent p ^autrement prodigieuses, & qui ne laissent pas } £ (iavis (dêtre naturelles. Pourquoi sembarrasser à u "j ypetite difficulté , disent ceux-ci, ne seit-on pas ya une infinité des qualitez cachées, cen est- une- ja tant de choses inanimées qui sympathisent ,ne voulez, vous pas quun certain bois ait de larthie pour les métaux & pour les eaux ? ^ j j0 t(

Cela est trop vague, dit Paracelsc, une mcrnene peut pas avoir de la sympathie pour tant de e ^différentes. Comment voulez vous quune fe uguette indique tous les métaux ? Chacun a .^_ S \'oS'particuliers. Le frêne aime lairain, le coudrier aimgent, & le pin sympathise avec le plomb. fse