j j o HISTOIRE
représente que la sympathie, qui est un amour détermi-né , ne peut pas s’étendre à tant de choses que la Bâ-guette indique. Inexpérience de l’aimàn ne leur est pasfavorable, puifqu'il n’attire que le fer. D’ailleurs là sym-pathie de l’aiman & du fer, quoique bien forte, n’âgitnullement à six pas loin ; comment voudroit-on qu’untrésor caché bien avant dans la terre , agît fur une Ba-guette ? Il leur fait quelques autres réponses tiréès duPère Kirker & d’Agricola, que nous avons rapportéesailleurs, & que nous ne devons pas répéter ici»
Des Péripatéticiens , il passe aux Philosophes Car-tésiens , qui ont voulu expliquer les effets de la Ba-guette par une émanation de corpuscules , & il esttout-à-fait surpris que parmi ces Philosophes ou l’ondevroit trouver plus de raison qu’ailleurs, on décou-vre néanmoins chez eux en cette matière un vastechamp d’ignorance raisonnée (a).
Tout ce que ces Messieurs ont dit , pour montrerque ce qui s'exhale dans les chemins après un meur-tre arrivé depuis longtems, pour faire mouvoir la Ba-guette , & découvrir les meurtriers, l’étonne ; & ilne peut s’cmpêcher de dire que c’est vouloir raison-ner dans le délire (b). Enfin il expose les raisonsparticulières qu’il a de nier la prétendue vertu de laBaguette, avec la permission de ses amis qui en fontles défenseurs (c).
1. Il a vu des personnes à Baguette qui ne per-mettoient pas qu’on leur bandat les yeux , ou qui setrompoient en faisant les expériences les yeux ban-dez.
2. La Baguette tourne souvent dans des endroits oùl'on ne trouve ni or , ni argent, mais seulement de laterre & des pierres. Tout cela rend déja le secret sortsujet à caution.
z. Les arbrisseaux croissent, & s’élévent en haut furles terres minérales de même qu’ailleurs, & si quelque-fois les branches chargées de feuilles paraissent panchéesvers la terre, c’est uniquement à cause du poids des ex-halaisons qui tombent fur les feuilles. Où sont donc cescorpuscules qui donnent tant de mouvement à la Ba-guette ?
4. S’il y a quelque rapport Physique entre la Baguet-te & les métaux, semblable au rapport de l’aiman & dufer ; d’où vient qu’on se sert d’une Baguette qui n’apas crû sur les mines, & qu’on peut se servir de toutessortes de bois de différente espèce ? L’aiman est agitépar le fer, mais nullement par l’or , par l’argent, oupar le cuivre.
5. La Baguette tourne quelquefois pour une feulepetite pièce de monnoye , quoiqu’assez éloignée. Quicroira qu’il forte de cette monnoye , de quoi faire tor-dre la Baguette ? Ajoutez que cela se fait souvent au-près des mines, qui devraient la faire tourner plutôt quecette pièce fur laquelle on fait l’expérience.
6. La Baguette mise auprès des métaux avec toutl’é-quilibre possible , demeure toujours immobile. Dites-vous qu’il faut qu’elle soit entre les mains d'un homme ?Mais d ou vient qu’elle tourne entre les mains de si peude personnes ? Vous recourez au tempéramment & auXinfluences des Astres , c’est-à-dire, qu’il faut ranger cequ’on dit de la Baguette avec les pauvretez de l'Astro-logie Judiciaire.
7. M. Hennin combat l’ufage de la Baguette , parune observation qui saute aux yeux, & que nous avonsfaite plus d’une fois dans l'Illusion des Philofiphes. On apu cent fois remarquer que la Baguette tourne pour leschoses qu’on cherche iific ne tourne pas pour les mêmeschoses, si on ne les cherche point. On fait chercherdans une maison , ou dans une chambre une piéce demétal, que quelqu’un a cachée à dessein ; la Baguettene tourne que pour indiquer cette piéce de métal. Ce-pendant on est quelquefois tout auprès d’une personnequi a de 1 argent dans la poche. On passe près d’une
Ut rideas lâtum campum cruditse ignorantisc. Par* 220,
(b) Scilicet quando placet cum ratione insanire. Part 220.
(c) Cum veniâ dissentientium amicorum.
C R I T I Q^U E
porte, où il y a beaucoup de fer; mais comme ce
n’est
JJdL U C 5 U. 11 J st uv iwi 5 xxìcijj wmiUAiw "
pas ce qu’on cherche, la Baguette ne tourne pas. Voi»ce qui fait croire à M. Hennin que l’usage de la Baguet-te est une folie» II y a déja quelques années, que pre-j'que tout ce qu’il y a d’habiles gens à Paris font dans »même pensée. On est convaincu que les effets de la Ba-guette ne peuvent être expliquez méchaniquemeirt*C’est pourquoi plusieurs nient le fait , & prennent 1*parti de dire que tout doit être fourberie, de peur d’*'vouer qu’il y a peut-être en quelque rencontte dé 1®diablerie cachée.
CHAPITRE XY.
T)’où vient que les Auteurs font fipartagesEt fi tous ces différens sentimens doiveîdempêcher qu’on décide »
I L est difficile que dans les choses Un peu composées»fur-tout si elles tiennent du Physique & du Moral»on ne soit souvent embarrassé, & que bien des gens n eprononcent des jugemens tout différens. Chacun a (fisens, ses vues, & son penchant. La coutume, les hal-ions différentes, l'étude à laquelle on s’applique, cefl uîl’on a cru fans examen , une infinité de préjugez ffides impressions qui dominent sens qu’on s’en apperço 1 've.
Un Naturaliste occupé à faire des listes des miraclede la nature, vrais ou faux, cfoit tout sens que rie"lui paraisse extraordinaire. Quelque effet prodigieux fi svous lui exposiez , il ferâ toujours prêt d’en prodU^equelqu’un qui vaudra bien le votre ; & la principal®raison que vous aurez de lui, c’est que la nature se ph lCquelquefois à sc jouer de nous.
D’autres ne croyent rien que ce qu’ils voyent ordinai-rement. Leur dire un fait un peu singulier, & préten-dre les persuader , c’est perdre son tems, les engager^rapporter quelques faits faux, crus trop légèrement, ^vous exposer à être tourné en ridicule.
Parmi ceux qui ne rejettent pas les faits, chacunaccommode à ses principes. Le Péripatéticien les ajuj*avec des qualitez , & le nouveau Philosophe avec <* ecorpuscules. L’Astrologue veut trouver la raison de ton-tes choses dans l’harmonie qu’il apperçoit entre les Astr^’& dans les secrets rapports qu’ils ont avec nous. En"'il n’est que trop constant qu’il y a une infinité de g e *\qui s’entêtent de certaines études, de certaines maxinjfqui leur sont particulières. Il faut que tout revienne- 1 'Leur imagination qui en est frapée, les mêle dans ^les objets qu’ils considèrent , & c’est la variété desximes qui fait la variété des sentimens. Platon explifl"0toutes choses par des triangles. Pythagore par les n°bres , & des Pérès de l’Eglise prévenus pour la v erdes nombres, ont prétendu trouver âu nombre dete huit que le Paralytique dc la Piscine étoit naturement incurable. , ,
U ne saut donc pas s'étonner qu’il y ait tant de ^timens différens touchant la Baguette. Il suffit auX ^que le sait soit fort extraordinaire pour le nier. L eStres s’étonnent que l’on trouve ces effets si sui? ren ?ils ont vu beaucoup de choies qui leur paraissent p ^autrement prodigieuses, & qui ne laissent pas } £ (iavis (d’être naturelles. Pourquoi s’embarrasser à u "j ypetite difficulté , disent ceux-ci, ne seit-on pas ya une infinité des qualitez cachées, c’en est-là une- ja tant de choses inanimées qui sympathisent ,ne voulez, vous pas qu’un certain bois ait de la ‘rthie pour les métaux & pour les eaux ? ^ j j0 t(
Cela est trop vague, dit Paracelsc, une mcrnene peut pas avoir de la sympathie pour tant de e ^différentes. Comment voulez vous qu’une fe uguette indique tous les métaux ? Chacun a .^_ S \'oS'particuliers. Le frêne aime l’airain, le coudrier aimgent, & le pin sympathise avec le plomb. fse