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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c.

marque infaillible de la vérité ; mais il faut pren-^ re garde à ne pas recevoir pour évident ce qui ne lestP a J > & à ne pas parer le mensonge des habits de la-àê. Dans le fait dont il sagit , par exemple, pour

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«us ìe ra n. uonc u s agir , par cAcuipic , puui

paner raisonnablement, il faudroit que ceux qui veulenta somment soutenir que tous les talens de cet homme nePeuvent avoir une cause naturelle , connussent toutes lesau ies naturelles , qui peuvent avoir quelque rapport àces talens ; & que les ayant toutes examinées , ils con-j e °t quaucune ny peut contribuer ; ils pourroient0rs avec quelque raison prononcer que ces talens ontcause qui nest pas naturelle. Je vous laiífe a juger,OìSÍSlEUR. vous qui êtes un si bon J uge deh 0ute s choses, si cela fe paífe ainsi, & si ce grand nom-sr âe gens toujours prêts à décider de tout, sont fuf-. mn aent instruits des secrets de la nature , pour pou-°' r far le champ prononcer , comme font la plupart,T 1 . 1 ! ny a aucun ressort dans la nature qui puisse pro-^nire les singularisez quon remarque dans cet homme,our l e u r rendre à eux-mêmes leur propre jugementu *pect , j e voudrois les prier dexaminer eux mêmese Urs propres décisions. Jen ai oui plusieurs de ceuxvn ne vouloient point reconnoitre de cause naturelle des^ *nns de lhomme à la Baguette , fur le fait du vol,des meurtriers, qui ne sétonnoient pas, disoient-ils,h faculté quil avoit de trouver les sources cachées à^gt pieds dans la terre avec fa Baguette ; passe pour, . » disoient-ils, cest une chose ordinaire, nous con-oissons bien dautres gens qui ont la même vertu, maise suivre les meurtriers & les voleurs avec la Baguette,payement cela est bien différent, on na jamais oui par-de cela , très assurément il y a du Grimoire,xuant à moi , je ne crois pas que la plupart de ceseflieurs qui ne s étonnent point du premier de cesenomenes, s en étonnent moins parcequils en com-P r ennent mieux la cause , quils ne comprennent celleses autres Phénomènes qui les passent , mais seulementpfcequils en ont oui parler plus souvent ; car il meca h' au ® mMé dexpliquer comment leau

c ce a vingt pieds dans la terre , peut faire tournerne Baguette entre les mains dun homme , que dex-Pnquer tout le reste.

nkv 2 ^ en ^ £ ^ONSIEUR, quen voilà assez pourbr'^ er ^ eUX ^ U1 n ^fa >nt c l ue rarement usage de leur es-Pnt , & qui par-la en connoiffent moins les íoiblesses,9 etre plus retenus a decider si hardiment, & à lire avec^oins de prévention les Ouvrages de ceux qui ont unf u ?fas dhabitude queux à penser sur les secrets de19 nature.

^Mais avant que de finir, je sois obligé de vous justi

Proposition que j'ai avancée dès le commence-

proposition est , quun esprit médiocre pour-^ aisément appliquer tout ce que je dirois pour lesnrtriers , aux autres talens de Jacques Aymar , &Ve r ° n ?ourroit par la même Hypothèse expliquer latr u r>u'il a de suivre aussi la piste des voleurs , del ée$ VCr ' es fanrces, largent caché, les bornes transplan-p ro s !1 nest pas mal aisé en effet de soutenir cetteleurs T n Po^Pstn'il ne faut que supposer dans les vo-dans leau, dans largent, & dans les bornes, desâe corpuscules qui font des effets fur le corps

ceuv ar > & conséquemment sur la Baguette , pareils à

'De _- -_ r t .

n aurez

fai remarquez pour les meurtriers. Vousv 0lls ' P as de la peine à en convenir, MONSIEUR,lettrç^ 1 ? IZnorez rien de la Philosophie , & des bellesPl'qué^ 111 V ° us fa rvent a délasser votre esprit si fort ap-naêtngs 5U public. Pour ceux qui nont pas lesil suffira de leur avoir prouvé quil

5 J sac

11 est,

ouvertures

: P as presser de dire que ce quon ne voit pas,

flui ' quil y a beaucoup de choses dans la natureconap ren âc qu e nous ne voyons pas , mais que nousgent & | e n T°rt bien. Peut-on en effet nier que lar-Puseules f l>0rnes ne puissent envoyer beaucoup de cor-stUon s a i t ans diminuer sensiblement de poids ; depuisPar expérience quune tasse de Régulé dAn-

timoine rendra plusieurs années tous les jours une gran-de quantité de vin vomitif fans diminuer de poids jquoique cela nait pu fe faire fans quil fe soit détachédes corpuscules antimoniaux , qui ayent passé de la taíïèdans le vin, chaque fois que ce]vin est devenu vomitif?Depuis quon fait par une autre expérience quon faitbouillir pendant des années entières une livre, par exem-ple, dargent vif , dans leau qui en reçoit la vertu detuer la vermine , fans que largent vif diminue sensible-ment de poids , bien que cette vertu nait pu arriver àleau que par le détachement de quelques corpusculesMercuriels ? Et combien dautres expériences pourroit-on citer, pour prouver quil fe détache de tous les corpsdu monde incessamment des corpuscules quon ne voitpas ? Si la plupart des hommes savoient combien la na-ture est mystérieuse , que son artifice consiste toujoursirt m'mìmo organico , & que ce très petit organisé nestpas fait pour être apperçu par nos yeux , fans doute ilschangeraient le violent penchant quils ont à ne croireque ce quils voyent, ou ce quils sentent , & à croireque ce quils ne peuvent ni voir , ni sentir , nest pas.Le Microscope seul est un remède proportionné à leurfoiblesse, ils peuvent avec son unique secours guérir parleur propre sens leur esprit des erreurs leurs sens lefont tomber si souvent , puisquavec le Microscope ilspeuvent voir des choses quils nauroíent jamais vues fanscet instrument , lesquelles néanmoins nauraient paslaissé que dêtre , quand bien on nauroit pas trouvé uninstrument propre à nous les faire voir. II ne faut doncpas nier lémanation des corpuscules , parcequelle nestpas toujours sensible : quand on ne connoitroit que ladivisibilité de la matière à linfini , on en saurait assezpour comprendre cette émanation continuelle de cor-puscules.

Cest , MÒNSIEUR, ce que j'a vois à vousdire pour soutenir la proposition que je pris la liberté devous avancer , le soir que vous me sites lhonneur deme parler de cette affaire. Cette proposition est , queles talens de J acques Aymar font naturels, & quon lespeut expliquer aussi, physiquement quon explique lesPhénomènes de layman , ceux de la poudre de Sym-pathie, & beaucoup dautres. Il ne me reste quà vousprier dexcuser toutes les sautes que vous trouverezdans ces réflexions , à cause du zélé & de lenvie quejai eu de vous plaire ; de vouloir bien corriger mes er-reurs par vos lumières ; & de faire grâce â tout louvra-ge , à cause de vos bontez ordinaires pour lAuteur, &de lempressement que jai eu à vous marquer parcoup dessai le profond respect avec lequel je fuis,

MONSIEUR,

Votre très humble & très obéissantserviteur,

garnier.

Relation promise dans ïavis au Lecteur dequelques aidions de Jacques Aymar queVAuteur lui a vu faire chez Monsieur leLieutenant- Général , & de quelques ré-ponses que ledit Aymar fit à des queflionsqui lui furent alors proposées par lAuteur.

L E troisième de Septembre de la présente année i<Sp 2 .

je passai trois heures avec Jacques Aymar , chezMonsieur le Lieutenant-Général de cette Ville, Mon-sieur lAbbé son oncle, Monsieur lAbbé de Saint Ro-main , & Monsieur de Puget s'y trouvèrent, & furenttémoins de ce qui fuit.

Jacques Aymar prit une Baguette fourchue quoncoupa au premier balet quon trouva , il tint chacunedes ex transitez fuperieures de la Baguette fourchue dans1 une de ses mains , laissant en bas le bout se réunis-

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