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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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*& HISTOIRE

qui valent bien Cardan , Vous diront quil y a une cer-taine plante que vous navez quà toucher & 'preíïer dansvos mains , pour purger telle personne que vous vou-drez , sans quelle en sache rien. (n) Les uns nommentcette plante Latkyris , & les autres veulent que ce soit le(o) Cabaret ou le (p) Sureau. Sest-il jamais rien vude plus merveilleux? Touchez le haut des feuilles dunede ces plantes , voilà dabord un écoulement de corpus-cules , en forme de magnétisme , qui vont exciter auvomissement la personne que Vous voulez purger. Tou-chez-vous la racine ? La purgation se fait par le bas.

Nen riez pas , Monsieur , & ne vous avisez pas dedire que cela ne peut être physique , ou bien résolvez-vous à être traité par (q) Van Helmon de ridicule , desuperstitieux, dignorant.

Je ne finirois point si je me mettois en train de vousrapporter des folies de cette nature. Nen voilà quetrop , pour conclure de quelles Illusions font capablesdes gens qui passent pour Physiciens.

Ravis davoir expliqué méchaniquement quelquesphénomènes , ils croyent que rien ne peut les arrêter ;on les voit raisonner sur les choses les plus obscures &tout-à-sait inexplicables, comme siîs y voyoient bienclair. Fables, prestiges, miracles, ils rendent raison detout, & sy prennent de telle maniéré que leurs princi-pes Raccommodent avec le faux comme avec le vrai.

Aussi sont-ils toujours prêts à faire des systèmes. Ona beau leur dire avec Monsieur (r) Boyle : pourquoivous pressez-vous ? Peut-être un nouveau fait, quelquesnouvelles expériences, des circonstances que vous navezpas remarquées , renverseront dun seul coup tous vossystèmes. Un tel avis nest point écouté. Est-ce quilsveulent se faire un nom, (s) comme dit le même Boy-le ? Je nen sais rien ; mais je fais bien que lapplaudis-fement quils reçoivent de gens desprit, est souvent decourte durée (t).

Que dites-vous , Monsieur , du Philosophe qui dé-bita dans les conversations un espèce de système , pourexpliquer méchaniquement les différentes merveilles queJacques Aymar opérait ? Il construisit , dit-on , sonhypothèse pour la satisfaction de Messieurs les Gens duRoi fur leur relation des faits , & leur prédit par desconséquences tirées de ses principes , que ceux qui ex-cellent à chercher des sources , dévoient avoir le mêmedon que Jacques Aymar. Par malheur pour lhypo-thèse , il se trouve beaucoup de gens à qui la Baguettene tourne que fur des sources ; & le Philosophe a bienvoulu nous dire lui-même qu'une femme savante à cher-cher les sources , navoit fait tourner la Baguette à lacave que très imparfaitement. II pouvoit dire nette-ment que la Baguette ne tourna point , fans craindrequon y trouvât à redire ; car le public a un merveilleux

f n) Apiul Fernel. de M. rer. c.tufs. 1 .1. c. 16.

(o) Afarum.

(p) Samíueus.

(q) Si quìspiam folia Azari decerpendo sursum veïïicaverit,purgabunt aliam , id est tertiam personam tractionis nesciam pervomitum tantùm : sin verò deorsùm carpendo torqueantur, ío-lám dejicient alvurrn Hîc saltem nulla íubest superstitio , namquid hîc imaginationis commemorem , cùm illa in tertium ob-jectum nihil operari concedatis , maxime ubi istud ignarum litmodi, quo decerpens fucrit usus ? An forte pactum implicitumrursùs & ìàcram ignorantise anchoram , inculaveris ? Atqui hîcnulia latet vana obièrvantia , prsesertim ubi inseio absumente de-cerptor suríum vel deorsùm folia veïïicaverit. Profecto in azariplanta integrali proprietas elucescit magnetica , adeoque ad carp-tionis seniùm varie sua dotât folia. De Magn. vul. c ut an. 30.

(r) Qûod ad systcmata attinet. id inprimis opto, ut hommes àconstituendis theoriis abstinerent, donec tanfam experimentorumcopìam nacti fuerint (sin minùs qua omnia phœnomena per talemaliquam theoriam explicanda suppeditet at saltem) qux amplitudi-ni theorix iisdem superstruendx proportione respondeat. Com-ment. Proemial.in exper. pag. 13.

(í) Equidem magnis aulis in rébus explicandis placitilque lân-ciendis famam quxri scio. 7 bid.

(í) Et sanè scriptoribus illis , qui eau {a s rerum & nature ma-gnalia exponere aggreflj íùnt , minùs invidere consuevj, ex quoobservare per otium licuit , complura eorum placita . postquamaliquandiu cum plaulu oc admirationc excepta fuissent , detectodeinde novo aliquo nature pheeriomeno , scribentibus priùs ígno*to aut non animadverio elcyata corruiíïè. Iéid,

C R I T I Q.U E

fond de complaisance pour tous ceux qui parient Èrt ft'veur de ce qui le réjouit. Cest ce que savent fort bicstceux qui entreprennent dexpliquer de pareils faits , &cest aussi ce qui les rend si hardis. II est clair quil*comptent beaucoup fur la docilité des Lecteurs , fu r j adisposition des peuples à recevoir tout ce qui leur fti £plaisir , & fur lexpérience que lon a eue de tout teinsque les moindres raisons font persuasives , lorfquelk 5autorisent ce que la curiosité , lintérêt, ou lamour-propre nous fait aimer. Probabilitez , conjectures, kmoindre apparence de vérité, tout leur est bon. Con 1 'me ils espèrent quon ny regardera pas de si près, ils n ecraignent pas (de se servir de principes , qui ne sont nul-lement favorables à leurs opinions ; & ceux-mêm^

quon avoir cru les plus propres à désabuser le mon^de mille folies , ce sont ceux- qails employeur pou?les autoriser.

Cela me fait souvenir de ce qua dit lAuteur des non*velîes de la République des Lettres, (v) en parlant d £Stalismans que Monsieur Baudelot veut justifier par i anouvelle Philosophie. 11 soit en cet endroit une réfle-xion fort judicieuse, & une espèce de prédiction qui ° esaccomplit que trop tous les jours. ,, Qui croiroit;dtt-il , que la Philosophie de Monsieur Descartes q ula été le stéau des superstitions , doive être le meill £llsapui des Astrologues, & des faiseurs denchantemensînéanmoins il nest pas hors dapparence quon vert*cela tot ou tard. Lhomme nest pas soit pour fe pou-voir passer de ces choses. Si on len détache par qu^que côté, il a cent ressources pour y revenir. Mon-sieur Gadrois, bon Cartésien , a déja montré qu 1ny a (point de système plus favorable à lAstrolog ,eque celui de Monsieur Descartes ; & il ferait aisémontrer que celui des causes occasionelles, est le pk 5propre du monde pour rendre croyable tout ce qu 0 ®dit des. Magiciens. Ainsi je ne doute pas que J 011ne fe serve un jour de cette Philosophie , pour pt° u>ver non seulement la vertu des talismans & des an-neaux constellez , mais auffi toutes opérations rnag 1 'ques. Si l'Auteur veut dire quon fera à légaejdes anneaux constellez & de plusieurs autres pratiques o®cette nature , ce que Monsieur Gadrois a soit p°flAstrologie & pour les talismans, le jour prédit est dfja venu ; car ne doutez pas que les systèmes quon ft ltà présent fur la Baguette, ne soient sort propres à auto-riser un grand nombre de pratiques quon a toujoursa^sujet soupçonnées de superstition. Savoir si cest la ft 11 'te des principes de la nouvelle Philosophie , ou de ceUqui sen servent ; cest une autre question qui poUH' adécider quelque jour. Je suis, &c.

A MONSIEUR***.

Critique des hypothèses dont Monsieur Chauvin &sieur Garnier fi fervent , pour découvrir la cattfi ? .fait tourner la Baguette sur les vestiges des vole^ 1des meurtriers.

S I les Dissertations de Monsieur Chauvin & desieur Garnier , étoient de la nature de celle? stvous savez, chargées de fatras , pleines de faux pscipes & de termes obscurs ; je vous prouverois fiMonsieur , que cest à vous à débrouiller k cîâ 0 uquil faudrait ou vous passer de mes réflexions ,vous résoudre à commencer par menvoyer ks ' ot ~Mais lordre & la netteté qui règnent dans les njFthèses de ces Messieurs , ont pour moi des at 5* e t-qui me font trouver plus de plaisir que de peine atre par écrit ce que je crois de leurs îentimens- ^Japprouve leur méthode, je souscris presque ftn ztriction aux principes généraux quils établisses * . je

la réserve de quelques unes de leurs suppositions st

(Q Moîs dAviil 1686