4 o HISTOIRE
agitation de íâng extraordinaire , causée par des fenti-mens de haine ou de crainte, & que cette agitation con-tinuant par tout où ils passent, elle fait exhaler de petitscorps qui font tourner la Baguette. Il faut donc con-clure de-là
i. Que la Baguette devroit tourner pour toutes sortesde vols & de meurtres , puisqu’ils ne fe font pas faitsfans cette agitation. Cependant elle ne tourne que pourles crimes fur lesquels on fait des recherches. Lorsquela Baguette tourna dans la prison de Beaucaire , le bossuétoit peut-être tout occupé des vols qu’il avoit faits àla Foire. Mais on ne consulte la Baguette que sur lemeurtre de Lyon ; ce n’est auffi que pour ce meurtrequ’elle tourne.
r. La crainte , la haine , ou les remords cessant,puisqu’ils font la cause du tournoiment de la Baguette,elle ne doit plus tourner. Or se peut-il faire qu’iís necessent pas quelquefois pendant un long voyage ?
Si les voleurs ou les meurtriers dans leur route boi-vent de quelque vin pétillant , qui les réjouisse durantquelques heures , & leur fasse oublier leur crime ; lapassion change , & selon les Auteurs des systèmes, ladisposition du sang change auffi. Ainsi ce qui s’en ex-hale doit changer de configuration. Adieu donc la ma-tière meurtrière ou larronesse , adieu la chaîne des cor-puscules. Comment la Baguette ira-t-elle la retrouver ?
Remarquons encore que dans les prisons de Lyon laBaguette a tourné fur le bossu , après qu’il eut avouéson crime , comme elle tournois sur le lieu où le meur-tre avoit été sait. Quelle différence néanmoins entre unhomme qui fait un meurtre , & un homme qui craintd’être condamné à mort pour l'avoir fait ?
VIII.
Si un homme passe fur la piste d’un voleur, ou d’ustmeurtrier, & qu’on veuille examiner s’il est innocent,ou coupable du crime dont on cherche fauteur , la Ba-guette ne tourne plus s’il est innocent. Cela n’est pastrop facile à concevoir, après qu’on a supposé l’hommeà la Baguette si bien aimanté , que rien ne peut faireimpression sur lui que la vapeur du scélérat qu’il cher-che. Mais c’est un fait dont Monsieur Garnier a ététémoin , passons le ; & disons seulement que si ce saitest fondé en raison physique, la Baguette n’a dû tour-ner , ni dans les rues de Lyon , ni au camp de Sablon,ni fur le chemin de Lyon à Beaucaire ; car dans tousces endroits il y a eu des milliers d’hommes qui n’é-toient pas complices du meurtre de Lyon. Or la tran-spiration de ceux qui font innocens , empêche l’esset dela transpiration des coupables ; donc la vapeur de tantd’hommes qui ont passé dans le chemin des meurtriers,a dû empêcher le tournoiment de k Baguette & f agita-tion d’Aymar.
Souvenons nous auffi des expériences qui furent faitesfur les serpes chez Monsieur de Mongivrol , & chezMonsieur le Procureur du Roi. Aymar étoit entouréde plusieurs personnes très innocentes , & fa Baguettene laissa pas de tourner. C’est peut-être , nous dira-t-on, qu’il ne suffit pas que les personnes innocentes soientprésentes ; mais qu’il faut que l’homme â la Baguetteles touche avec le pied. Quoi donc ? Est-ce que leshommes ne transpirent que par les pieds ? Et qu’ils nereçoivent que par les pieds la transpiration des corps quiles environnent ? Croit-on que lorsqu’Aymar met sonpied sur le pied de celui qu’on soupçonne, ce que celui-ci exhale , passe par le pied d’Aymar , pour venir jus-qu’à la Baguette , la faire tourner ou l’arrêter , selonqu’il est innocent ou coupable ? Si on le croit, je m’é-tonne qu’on ne fasse pas déchausser l’homme â la Ba-guette , Iorsqu’il fait la cérémonie de toucher le pied ;car s’il avoit des souliers à deux bonnes semelles, iï yauroit grand sujet de craindre que la transpiration ne lestraversât pas facilement.
Mais comment faisoit Aymar fur la mer & fur la ri-vière » car il ne touchoit par les pieds à rien de ce qu’a-
CRITIQUE
voient touché les meurtriers ? N’insistons pas davantagefur cela. Pour peu qu’on y fasse de réflexion, on ver-ra que cette pratique n’est pas mieux fondée que cellesde plusieurs autres personnes qui doivent , les uns pren-dre une Baguette d’un certain bois, les autres la couperen certain jour , ou fous une certaine constellation. Csqu’il y a de vrai, c’est que la Baguette ne fait connoi-tre ordinairement que les choses dont on veut être è-clairci j ç’est pourquoi si on ne la consulte que pour sa-voir si les meurtriers ont touché le flacon par Panse , 6on est sur leur piste, ou si une telle serpe est celle dontils se sont servis, quoique Jacques Aymar soit entourede personnes innocentes, elle ne répond ni plus ni moinsque s’il étoit seul. Mais si l’on demande , au contrai-re, si un tel est, ou n’est pas coupable, elle ne répondqu’à cette demande , quoiqu’on soit tout auprès de Bserpe, ou sur la piste des scélérats.
II seroit inutile, Monsieur, de vous écrire toutes k sautres réflexions qui me sont venues dans l’esprit. stme semble qu’on ne sauroit penser à aucun des faits»fans y découvrir des moralitez qui ne peuvent s'ajustetavec des causes physiques & matérielles. Par tout vousvoyez une cause qui s’accommode aux désirs de ce u#cjui la consultent, & qui donne souvent sur cent chosesdifférentes les signes qu’on demande. Par tout voustrouvez lieu d’appliquer la plainte , que Dieu fait dan®Osée : (q) Mon peuple a interrogé du bois , gr la Ba-guette lui a découvert ce qu’il désirait d’apprendre. P astout enfin vous appercevez une cause qui n’est nullementassujettie à la régie essentielle aux corps & à la matière»d’agir toujours de la même maniéré dans les mêmes cir-constances.
Les deux propositions que j’ax avancées , sont donÇdémontrées. Que ce n est pas une caufi matérielle q**fait tourner la Baguette & , Qu’U n’est pas pojstble &faire un système qui en explique méchanìquement tous k*phénomènes. La preuve de la première proposition n sdépend que de deux points ; le premier que la matiér®n’ayant ni intelligence ni liberté , doit agir de k me^maniéré dans les mêmes circonstances physiques ; lecond, que la causé qui fait tourner la Baguette, n’a p aSobservé cette régie. Le premier point est renfermé dan<l’idée de la matière ; & l’esprit & les sens tout ensem-ble voyertt ía preuve du second point dans les observa*rions que nous venons de faire.
Vous voyez donc , Monsieur , combien íl seroit f 3 'cile de contenter ceux qui aiment qu’on argumente eI *forme ; car il n’y a qu’à réduire ainsi ce que nous avoP*dit. Une cause matérielle doit toujours agir de la m e>me maniéré dans les mêmes circonstances physiques. Ofla Baguette n’agit pas de la même manière dans les m e 'mes circonstances physiques ; puísqu’après avoir tournédans toute une chambre , fur la table , fur les ban^'fur des pots, & fur des verres , elle ne tourne pas da^ces mêmes endroits, entre les mains de la même perf° nne ; fans qu’on puisse appercevoir rien de nouV eaqu’un désir de consulter la Baguette , sur quelqu’ aUts -chose que sur ce qu’on savoir déja. Donc la cause frfait tourner la Baguette, n’est pas une cause matériels .
Cette proposition démontrée , la seconde Test aU l *Qu’il n’est pas possible de faire un système. Car p° ulpliquer méchanìquement les phénomènes de la Bag u ®te, il íaudroit trouver une cause matérielle. Mais f°ment trouver ce qui n’est pas ? Donc s’il est vraila cause qui fait tourner la Baguette , ne peut être m arielle, il est vrai auffi qu’on ne peut sans illusion s /‘ fginer de pouvoir faire un système pour en expùsstous les effets. ^
En voilà , Monsieur , plus qu’il n’en faut p ourpersonnes qui ne décident qu’après avoir mûrementfervé toutes choses. Lorsque par occasion j’ai P ar p a jráce sujet à des Physiciens habiles , qui vouloiept .plusieurs expériences avant que de dire leur fentm^ ^
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