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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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HISTOIRE DE S

fond par lui-même. II ne pouvoit ignorer ce que lesgoûts differens en saifoient penser aux diíferens esprits,il savoir que les uns ladoroient , que les autres nyavoient aucune foi , que cVautres enfin en parloientdune maniéré peu édifiante; il savoir d'un autre côtécombien un Evêque doit être exact à ne proposer aupeuple pour objet de son culte & de la soi que deschoses indubitables. Ces considérations postèrent no-tre Prélat à dire à Messieurs les Chanoines de notreDame , 8c aux paroissiens assemblés dans son Palaisquil étoit résolu de faire la visite de la Relique. Ilcrut quil étoit de fa pieté dautoriser íe culte quonlui rendoit si elle se trouvoit véritable, ou de le réglerau moins, si par hazard il sy étoit glissé quelque abus.Jour pris , Mr. lEvêque en Rocher & Camail setransporte à notre Dame avec presque tous les Cha-noines de cette Eglise & le Peuple qui voulut l'y sui-vre : il se fait apporter une image en ronde bosse devermeil représentant la sainte Vierge tenant Jesus-Christ son fils, au nombril duquel est un cercle dar-gent avec cette inscription autour : De UmbilicoDomini Jesu Christx. Le Prélat se met à ge-noux animé dune sainte hardiesse & persuadé quunEvêque qui a lhonneur de consacrer le corps de Je-fus-Christ & de le tenir tout entier entre ses mains,ne doit pas craindre à la vûe de son nombril préten-du le sort] fabuleux dun Evêque dArras , princi-palement quand il n'est poussé que par des motifs dezélé & de Religion. Sa prière finie il ordonne à unorfèvre dapprocher , qui fans autre secours que celuide la pointe de son couteau releve le cercle & ôte lecristal.

Je ne vous dirai pas, Monsieur, si depuis la trans-lation que fit Charles de Poitiers du prétendu St.Nombril, on na pas touché à ce Reliquaire, & si lacuriosité ny a fait porter ni les yeux, ni les mains.facilité quon eut à louvrir le pourroit faire soup-çonner , mais ce que je fais cest que Mr. de C halonsen ayant tiré en présence de tous les affistans ce qui yétoit enfermé , il vit trois morceaux de taffetas rou-ge usés & percés , envelopés les uns dans les autres,dans lesquels il ne trouva que trois petits morceauxde pierre, dont lun étoit lice comme du gravier demême couleur , & de même dureté, les deux autrescomme des éclats dune pierre jaunâtre, graveleuse &friable avec dautres grains de très petit volume demême qualité & de même couleur.

Vous jugés bien, Monsieur, quelle fut la surpri-se 8c la consternation des affistans quand ils virentqtiau lieu dune Relique précieuse , dun sacré dé-pôt , comme ils lappelloient, ils ne trouvèrent quunpeu de gravier. On eut beau recourir aux Lpnettes,les objets purent être grossis , mais ils ne changèrentpas pour cela de nature , & on reconnut que lOra-cle de la rue des Marmousets nétoit pas infaillible.On nen demeura pas-, on fit venir fur le champ leSr. Chevre, qui par fa profession daccoucheur, &daccoucheur habile, pouvoit mieux connoítre les par-ties du corps humain & la nature des vaisseaux umbi-licaux. II assura en pleine assemblée que ce ne pou-voit être, ni navoit jamais été un nombril denfant,& il satisfit si solidement à toutes les questions quonlui proposa , que tous les affistans & même les Cha-noines furent désabusés , souffrirent sans la moindreopposition que Mr. lEvêque emportât ce gravierdans une boëte d'argent , & le reconduisirent avecles mêmes honneurs qu'ils lui avoient rendus en le re-cevant.

Ainsi finit la visite de la Relique, mais les discoursne finirent pas de même. Cette entreprise qui avoir pa-ru dabord & de sang froid une action de la compé-tence 8c de la juridiction dun Prélat, ne fut plus re-gardée peu de tems^ après avec les mêmes yeux. Soitquun reste de piete, quoique mal entendue, affligeâtquelques paroissiens de navoir plus en leur dispositionun dépôt ils mcttoient leur confiance , soit que le

chagrin davoir été abusé fit croire aux autres J quilsny pouvoient trouver de rémede que] dans la restitu-tion de la Relique , soit que la suppression dût fairediminuer les dévotions & les offrandes, soit enfin pardautres motifs de quelques particuliers qui ne sontque trop connus , mais dans lesquels je ne veux pasentrer : on se mit en tête de vouloir ravoir la Reli-que , on ne crut pas que ce fut assez pour des Chré-tiens davoir fur leurs autels le corps même de Jésus-Christ, de la présence & de la vérité duquel on nepeut douter , on voulut mettre ce qui est équivoque& douteux auprès de ce quil y a de plus indubitable& de plus sacré : & ce qui est le plus étrange c'estque la plupart de ceux qui regardoient cette Reliqueavec indifférence, pour nen pas dire davantage, sontles premiers à prendre feu & les plus ardens à en re-demander restitution.

Ce quon a vous dire dune émeute populaireest une supposition. II est difficile de faire un chan-gement tant soit peu remarquable , sans causer quel-que -trouble. La nouveauté , quoique ^nécessaire &juste, en apporte toujours.Lesprit naimepointqu° nle chicanne sur ses opinions, il nexamine point si el-les lui sont venues des siécles d'ignorance & de gros-sièreté , il ne se soucie pas quelles soient fausses, j 1lu» suffit quelles lui plaisent pour ne pouvoir souffritquon les lui conteste. On a pensé, on a parlé, cha-cun selon son goût , son intérêt , ou sa passion, #tout s est termine, a des discours. Je vous en envoj®un en forme de requête présenté à Mr. lEvêque p asquelques Notables de la paroisse dépouillée, qui rede-mandent leur trésor à corps & à cris; vous jugerésdela justice de leur demande. On prétend même quil ssont résolus de pousser laffaire aussi loin quelle pour-ra aller. Je ne fais si leurs clameurs & leurs procédu-res arracheront des mains de ce Prélat par voye dejustice ce que fa sagesse & íà Religion lont obligé deretrancher de leur Eglise. Le tems nous lapprendra fce que je puis conjecturer cest que si les parties atta-quent avec une grande chaleur, le Prélat nen aurap 3 *moins à soutenir lhonneur de la pure Religion , ^les droits de son Ministère mais comme il ne chef*che que le bon ordre & la paix, il sc rendra avec aU'tant de facilité , si on lui fait voir quil a tort, q u ,!sc défendra avec courage tant quil fera persuadé q 11*a raison. Jaurai soin de vous communiquer tout fqui sc passera fur cette affaire , vous pourrés en ti í(Zpart à nos amis communs. Je fuis

Monfaur ,

h Chaalons ce 9. Mai 1707.

Votre très-humble 8c tr&obéissant Serviteur**

PROCES V E R B A f

D E

MONSIEUR DE CHAALON^

LAn de grâce mil sept cent sept, le dix-neuví e ^jour dAvril, nous Gaston Jean Baptistede Noailles, par la permission divine, Evêque ^te de Châlons, Pair de France; après avoir tenunotre Palais Episcopal la derniere assemblée poP rvailler à régler les difficultés venues dans le colir * e ,notre visite Episcopale en la paroisse de notre P 3 /Maître Jean Lambert Prêtre Curé ou Vicaire p el fftuel & les Marguilliers de la dite Eglise , ennuant notre dite visite , nous sommes transportes ^la dite paroisse environ les sept heures du soir af C n0 rpagnés de Me. Claude Courtois Prêtre ancien - 5 Sne ; Me. Pierre Thevenin aussi Prêtre 8c Chà ^5de la dite Eglise ; du dit Me. Jean Lambert