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HISTOIRE DE S
fond par lui-même. II ne pouvoit ignorer ce que lesgoûts differens en saifoient penser aux diíferens esprits,il savoir que les uns l’adoroient , que les autres n’yavoient aucune foi , que cVautres enfin en parloientd’une maniéré peu édifiante; il savoir d'un autre côtécombien un Evêque doit être exact à ne proposer aupeuple pour objet de son culte & de la soi que deschoses indubitables. Ces considérations postèrent no-tre Prélat à dire à Messieurs les Chanoines de notreDame , 8c aux paroissiens assemblés dans son Palaisqu’il étoit résolu de faire la visite de la Relique. Ilcrut qu’il étoit de fa pieté d’autoriser íe culte qu’onlui rendoit si elle se trouvoit véritable, ou de le réglerau moins, si par hazard il s’y étoit glissé quelque abus.Jour pris , Mr. l’Evêque en Rocher & Camail setransporte à notre Dame avec presque tous les Cha-noines de cette Eglise & le Peuple qui voulut l'y sui-vre : il se fait apporter une image en ronde bosse devermeil représentant la sainte Vierge tenant Jesus-Christ son fils, au nombril duquel est un cercle d’ar-gent avec cette inscription autour : De UmbilicoDomini Jesu Christx. Le Prélat se met à ge-noux animé d’une sainte hardiesse & persuadé qu’unEvêque qui a l’honneur de consacrer le corps de Je-fus-Christ & de le tenir tout entier entre ses mains,ne doit pas craindre à la vûe de son nombril préten-du le sort] fabuleux d’un Evêque d’Arras , princi-palement quand il n'est poussé que par des motifs dezélé & de Religion. Sa prière finie il ordonne à unorfèvre d’approcher , qui fans autre secours que celuide la pointe de son couteau releve le cercle & ôte lecristal.
Je ne vous dirai pas, Monsieur, si depuis la trans-lation que fit Charles de Poitiers du prétendu St.Nombril, on n’a pas touché à ce Reliquaire, & si lacuriosité n’y a fait porter ni les yeux, ni les mains. Làfacilité qu’on eut à l’ouvrir le pourroit faire soup-çonner , mais ce que je fais c’est que Mr. de C halonsen ayant tiré en présence de tous les affistans ce qui yétoit enfermé , il vit trois morceaux de taffetas rou-ge usés & percés , envelopés les uns dans les autres,dans lesquels il ne trouva que trois petits morceauxde pierre, dont l’un étoit lice comme du gravier demême couleur , & de même dureté, les deux autrescomme des éclats d’une pierre jaunâtre, graveleuse &friable avec d’autres grains de très petit volume demême qualité & de même couleur.
Vous jugés bien, Monsieur, quelle fut la surpri-se 8c la consternation des affistans quand ils virentqti’au lieu d’une Relique précieuse , d’un sacré dé-pôt , comme ils l’appelloient, ils ne trouvèrent qu’unpeu de gravier. On eut beau recourir aux Lpnettes,les objets purent être grossis , mais ils ne changèrentpas pour cela de nature , & on reconnut que l’Ora-cle de la rue des Marmousets n’étoit pas infaillible.On n’en demeura pas-là, on fit venir fur le champ leSr. Chevre, qui par fa profession d’accoucheur, &d’accoucheur habile, pouvoit mieux connoítre les par-ties du corps humain & la nature des vaisseaux umbi-licaux. II assura en pleine assemblée que ce ne pou-voit être, ni n’avoit jamais été un nombril d’enfant,& il satisfit si solidement à toutes les questions qu’onlui proposa , que tous les affistans & même les Cha-noines furent désabusés , souffrirent sans la moindreopposition que Mr. l’Evêque emportât ce gravierdans une boëte d'argent , & le reconduisirent avecles mêmes honneurs qu'ils lui avoient rendus en le re-cevant.
Ainsi finit la visite de la Relique, mais les discoursne finirent pas de même. Cette entreprise qui avoir pa-ru d’abord & de sang froid une action de la compé-tence 8c de la juridiction d’un Prélat, ne fut plus re-gardée peu de tems^ après avec les mêmes yeux. Soitqu’un reste de piete, quoique mal entendue, affligeâtquelques paroissiens de n’avoir plus en leur dispositionun dépôt où ils mcttoient leur confiance , soit que le
chagrin d’avoir été abusé fit croire aux autres J qu’ilsn’y pouvoient trouver de rémede que] dans la restitu-tion de la Relique , soit que la suppression dût fairediminuer les dévotions & les offrandes, soit enfin pard’autres motifs de quelques particuliers qui ne sontque trop connus , mais dans lesquels je ne veux pasentrer : on se mit en tête de vouloir ravoir la Reli-que , on ne crut pas que ce fut assez pour des Chré-tiens d’avoir fur leurs autels le corps même de Jésus-Christ, de la présence & de la vérité duquel on nepeut douter , on voulut mettre ce qui est équivoque& douteux auprès de ce qu’il y a de plus indubitable& de plus sacré : & ce qui est le plus étrange c'estque la plupart de ceux qui regardoient cette Reliqueavec indifférence, pour n’en pas dire davantage, sontles premiers à prendre feu & les plus ardens à en re-demander restitution.
Ce qu’on a pû vous dire d’une émeute populaireest une supposition. II est difficile de faire un chan-gement tant soit peu remarquable , sans causer quel-que -trouble. La nouveauté , quoique ^nécessaire &juste, en apporte toujours.L’esprit n’aimepointqu’° nle chicanne sur ses opinions, il n’examine point si el-les lui sont venues des siécles d'ignorance & de gros-sièreté , il ne se soucie pas qu’elles soient fausses, j 1lu» suffit qu’elles lui plaisent pour ne pouvoir souffritqu’on les lui conteste. On a pensé, on a parlé, cha-cun selon son goût , son intérêt , ou sa passion, #tout s est termine, a des discours. Je vous en envoj®un en forme de requête présenté à Mr. l’Evêque p asquelques Notables de la paroisse dépouillée, qui rede-mandent leur trésor à corps & à cris; vous jugerésdela justice de leur demande. On prétend même qu’il ssont résolus de pousser l’affaire aussi loin qu’elle pour-ra aller. Je ne fais si leurs clameurs & leurs procédu-res arracheront des mains de ce Prélat par voye dejustice ce que fa sagesse & íà Religion l’ont obligé deretrancher de leur Eglise. Le tems nous l’apprendra fce que je puis conjecturer c’est que si les parties atta-quent avec une grande chaleur, le Prélat n’en aurap 3 *moins à soutenir l’honneur de la pure Religion , ^les droits de son Ministère mais comme il ne chef*che que le bon ordre & la paix, il sc rendra avec aU'tant de facilité , si on lui fait voir qu’il a tort, q u ,!sc défendra avec courage tant qu’il fera persuadé q 11 ’*a raison. J’aurai soin de vous communiquer tout fqui sc passera fur cette affaire , vous pourrés en ti í(Zpart à nos amis communs. Je fuis
Monfaur ,
h Chaalons ce 9. Mai 1707.
Votre très-humble 8c tr&obéissant Serviteur**
PROCES V E R B A f
D E
MONSIEUR DE CHAALON^
L ’An de grâce mil sept cent sept, le dix-neuví e ^jour d’Avril, nous Gaston Jean Baptistede Noailles, par la permission divine, Evêque ^te de Châlons, Pair de France; après avoir tenunotre Palais Episcopal la derniere assemblée poP rvailler à régler les difficultés venues dans le colir * e ,notre visite Episcopale en la paroisse de notre P 3 /Maître Jean Lambert Prêtre Curé ou Vicaire p el fftuel & les Marguilliers de la dite Eglise , ennuant notre dite visite , nous sommes transportes ^la dite paroisse environ les sept heures du soir af C n0 rpagnés de Me. Claude Courtois Prêtre ancien - 5 Sne ; Me. Pierre Thevenin aussi Prêtre 8c Chà ^5de la dite Eglise ; du dit Me. Jean Lambert