P R A T 1 Q.U E S S U
dissertation
à; ce qiïan doit penser de /’apparition desEsprits , a P occasion de l'avant ure qui efiarrivée à Saint Maur.
V Ous m’avez prévenu , Monsieur, au sujet del’esprit de Saint Maur , qui sait tant de bruitá Paris : car j’étois dans la résolution de vous en-Voyer un petit détail de cet évenement, afin que vousj? e fiffiés part de vos réflexions fur une matière si dé-Eate , Sc qui intéresse si sort tout le public. Maisfuis que vous avez lû la relation de M. T. je ne puistomprendre que vous ayez hésité un moment à vousdéterminer fur ce que vous en déviés penser. Ce que*°u$ me faites l’honneur de me dire, que vous avezsuspendu votre jugement jusqu’à ce que je vous eusse"ìt pa r t du mien , m’est trop glorieux pour que jePuisse me le persuader ; & je trouve plus d’apparence4 croire que c’est un tour que vous me voulés jouer;Pour voir de quelle maniéré je me tirerai d’un pas siSussant. Cependant je ne puis résister aux prières,^plutôt aux ordres dont est remplie votre Lettre :? í’aime mieux m’exposer aux plaisanteries des esprits?tts , ou aux reproches des crédules, qu’à la colèrees personnes dont vous me menacés.
^ Vous me demandés si je crois qu’il revienne desEsprits , & si le fait arrivé à Saint Maur peut-êtreattribué à quelqu’une de ces substances incorpo-
. Pour répondre à vos deux questions avec lë mêmëbrdre que vous me les proposés, je vous dirai d’abordtjue les anciens Payens reconnoiíïoient plusieurs sortesv Esprits, qu’ils nommoierit Lares, Lamies, Larves,lémures, Génies ; Mânes* ' '
j E°ur nous ; fans nous arrêter â la folie de nos Phi-osophes Cabalistes , qui imaginent des Esprits flans°us les Elemens , appellant Sylphes ceux qu'ils pré-ludent habiter dans l'áir ; Gnomes, ceux qu’ils fei-fcOent darts la terre , Ondains ceux de l’eáu, & Sala-andres ceux du feu ; nous ne reconnóissons que troisQrtes ou efpeces d’Esprits créés : savoir les Anges ; lessemons ; & les Ames que Dieu a unies à nos corps,^ qui en font séparées par la mort.
. L’Ecriture Sainte parle en trop d’endroits des appa-rions des Anges à Abraham, à Jacob , à Tobië, &plusieurs autres Saints Patriarches & Prophètes, poúrh nous en puissions douter. D’ailleurs comme leursignifie leur Ministère, étánt créés de Dieu pourH re . fts Messagers , & les Exécuteurs de ses ordres;- " aisé de croire qu’ils ont souvent apparu visible-a aux hommes , pour leur annoncer les volontésv - Tout-puissant. Presque tous'les Théologiens con-^ e pnent que les Anges apparoissent fous des corpsp e ° s dont ils se revêtissent.
t, en ° Ur faire comprendre de quelle maniéré ils pren-^ âc se pétrissent ces corps pour se rendre visiblesçwi. mmes, & s’en faire entendre , il -faut d’abordUer comment se sait la vision , qui n’est que lëtspí rt de l’espéce dans l’organe dé la vue. CetteCe est le rayon de la luttliere rompu & modifié furì Urri COr ps, fur lequel formant disserens angles ; cettèt a i u lere se convertit en couleurs. Car un angle de cer-bi eu e Itlan iere fait du rouge , un autre du verd ; ducoijj ’ 0u du jaune , & ainsi de toutes les couleurs;te q? n ous les appercevons dans le verre triangulai-diflL. Ur lequel le rayon du soleil réfléchi forme lesft’est ?t es couleurs de l’árc en ciel. L’espéce visiblequi r '< 0 , n . c autre chose que le rayon de la lumière;
depuis Vobjet fur lequel il s’est rompu;lr ois f ^ ans Or la lumière ne tombe que fur
° nes d’objets , ou de corps , dont les uns fontfcent | aes ’ les autres opaques , & les autres partici-
ces deux qualités, étants en partie diaphanes’,
PÈRSTIÎÏEUSES. 8z
& en partie opaques. Lorsque la lumière tombe surun corps diaphane , qui est rempli d'une infinité depetits pores, comme l’air ; elle passe au travers, & nétait point de réflexion. Lorsque la lumière tombesur un corps entièrement opaque , comme est unefleur, ne pouvant le pénétrer , son rayon se réfléchitdessus , & retourne de la fleur à l’œil oìi elle portel’espéce, & sait distinguer les couleurs selon les anglesformés par cette réflexion. Si le corps fur lequel tom-be la lumière est en partie opaque , & en partie dia-phane , comme est le verre , elle passe au ttavers parle diaphane , c’est-à-dire , par les pores dtî Verrequ’elle pénétré , & fait réflexion fur les parties opa-ques , c’est à-dire , qui ne font pas poreuses. Ainsil’air est invisible , parce qu’il est absolument pénétrépar la lumière. La fleur renvoyé à l’œil une couleur;parce qu’étant impénétrable à la lumière, elle l’obligede réfléchir. Et le verre n’est visible que parce qu’ilcontient quelques parties opaques, qui selon la diver-sité des angles que forme le rayon de la lumière quidonne demis , réfléchit differentes couleurs. Voilàlà maniéré dont se forme la vision, desorte qúe l’airétant invisible à cause de sa grande diaphanité , unAnge ne peut s’en revêtir, & le faire voir qu’en épai-sissant tellement l’air, que de diaphane il le rende opa-que , & capable de réfléchir le rayon de la lnmierejusqu’à l’œil de celui qui l’apperçoit. Or comme lesAnges orit des connoissances ; & des puissances bienau açlà de ce que nous pourions imaginer , il ne fautpas s’fltonner s’ils peuvent se former des corps aériensqui siront visibles par l’opacité qu’ils leur donneront;A l’égard des organes nécessaires à ces corps aérienspolir former des sons, & se faire entendre, sans avoirrecours à la disposition de la matière , il les faut attri-buer entierernent au miracle.
C’est ainsi que les Anges orit apparu àiix Saints Pa-triarches. C’est ainsi que les âmes glorieuses qui par-ticipent à la nature des Anges se peuvent revêtir d’uricorps aérien pour se rendre visibles , & que les Dé-mons mêmes peuvent en épaisissant & condensant l’air,s’en former des corps pour se rendre visibles aux hom-mes par une permission toute particulière de Dieu , Scpour accomplir les secrets de fa Providence , commeon dit, qu’ils ont apparu à Saint Antoine le solitaire &à d’autres Saints pour les tenter;
Pardonnés moi , Monsieur, cette petite digressionde Physique dont je n’ai pû me dispenser pour fairecomprendre la maniéré dont les Anges, qui font dessubstances purement spirituelles ; peuvent tomber sousnos sens charnels.
La feule chose dont les saints Docteurs ne sont pointd’accord fur ce sujet , c’est de savoir , si les Angesapparoissent aux hommes de leur propre mouvement,ou s’ils ne le peuvent faire que par un ordre exprès deDieu. II me semble que rien ne peut mieux contri-buer à décider cette difficulté , que de déterminer lamaniéré dont les Anges connoissent toutes les chosesd’ici bas : câr si c’est par le moyen des espèces queDieu leur a communiquées en les créant, & qu’il leurcommunique tous lés jours , comme le cròit S. Au-gustin , il n’y a pas lieu de douter qu’ils né corinoisosent tous les besoins des hommes ; & qu’ils ne puissent,pour les consoler & les fortifier ; se rendre sensibles àeux par la permission de Dieu , tans en recevoir tou-jours un ordre exprès : ce qu’On peut conclurrë de ceque dit S. Ambroise au sujet de l’apparition des An-ges ; que leur nature les rend invisibles , & que leufvolonté les rend visibles* (á) Hujm natura eji non‘videri, voluntatis videri.
Pour ce qui est des Démons ; il est cértáín que leurpouvoir étoit bien grand avant la vernie de Tesus-Christ, puisqu’il les nomme lui-mêffie les Puissancesdes ténèbres, & les Princes du Monde. On ne peut
dou'»
(à) Com. fur S. Luc. Lîv. I. chap. ri% %