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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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P R A T 1 Q.U E S S U

dissertation

à; ce qiïan doit penser de /apparition desEsprits , a P occasion de l'avant ure qui efiarrivée à Saint Maur.

V Ous mavez prévenu , Monsieur, au sujet delesprit de Saint Maur , qui sait tant de bruitá Paris : car jétois dans la résolution de vous en-Voyer un petit détail de cet évenement, afin que vousj? e fiffiés part de vos réflexions fur une matière si-Eate , Sc qui intéresse si sort tout le public. Maisfuis que vous avez la relation de M. T. je ne puistomprendre que vous ayez hésité un moment à vousdéterminer fur ce que vous en déviés penser. Ce que*°u$ me faites lhonneur de me dire, que vous avezsuspendu votre jugement jusquà ce que je vous eusse"ìt pa r t du mien , mest trop glorieux pour que jePuisse me le persuader ; & je trouve plus dapparence4 croire que cest un tour que vous me voulés jouer;Pour voir de quelle maniéré je me tirerai dun pas siSussant. Cependant je ne puis résister aux prières,^plutôt aux ordres dont est remplie votre Lettre :? íaime mieux mexposer aux plaisanteries des esprits?tts , ou aux reproches des crédules, quà la colèrees personnes dont vous me menacés.

^ Vous me demandés si je crois quil revienne desEsprits , & si le fait arrivé à Saint Maur peut-êtreattribué à quelquune de ces substances incorpo-

. Pour répondre à vos deux questions avec mêmëbrdre que vous me les proposés, je vous dirai dabordtjue les anciens Payens reconnoiíïoient plusieurs sortesv Esprits, quils nommoierit Lares, Lamies, Larves,lémures, Génies ; Mânes* ' '

j E°ur nous ; fans nous arrêter â la folie de nos Phi-osophes Cabalistes , qui imaginent des Esprits flans°us les Elemens , appellant Sylphes ceux qu'ils pré-ludent habiter dans l'áir ; Gnomes, ceux quils fei-fcOent darts la terre , Ondains ceux de leáu, & Sala-andres ceux du feu ; nous ne reconnóissons que troisQrtes ou efpeces dEsprits créés : savoir les Anges ; lessemons ; & les Ames que Dieu a unies à nos corps,^ qui en font séparées par la mort.

. LEcriture Sainte parle en trop dendroits des appa-rions des Anges à Abraham, à Jacob , à Tobië, &plusieurs autres Saints Patriarches & Prophètes, poúrh nous en puissions douter. Dailleurs comme leursignifie leur Ministère, étánt créés de Dieu pourH re . fts Messagers , & les Exécuteurs de ses ordres;- " aisé de croire quils ont souvent apparu visible-a aux hommes , pour leur annoncer les volontésv - Tout-puissant. Presque tous'les Théologiens con-^ e pnent que les Anges apparoissent fous des corpsp e ° s dont ils se revêtissent.

t, en ° Ur faire comprendre de quelle maniéré ils pren-^ âc se pétrissent ces corps pour se rendre visiblesçwi. mmes, & sen faire entendre , il -faut dabordUer comment se sait la vision , qui nest quetspí rt de lespéce dans lorgane la vue. CetteCe est le rayon de la luttliere rompu & modifié furì Urri COr ps, fur lequel formant disserens angles ; cettèt a i u lere se convertit en couleurs. Car un angle de cer-bi eu e Itlan iere fait du rouge , un autre du verd ; ducoijj 0u du jaune , & ainsi de toutes les couleurs;te q? n ous les appercevons dans le verre triangulai-diflL. Ur lequel le rayon du soleil réfléchi forme lesftest ?t es couleurs de lárc en ciel. Lespéce visiblequi r '< 0 , n . c autre chose que le rayon de la lumière;

depuis Vobjet fur lequel il sest rompu;lr ois f ^ ans Or la lumière ne tombe que fur

° nes dobjets , ou de corps , dont les uns fontfcent | aes les autres opaques , & les autres partici-

ces deux qualités, étants en partie diaphanes,

PÈRSTIÎÏEUSES. 8z

& en partie opaques. Lorsque la lumière tombe surun corps diaphane , qui est rempli d'une infinité depetits pores, comme lair ; elle passe au travers, &tait point de réflexion. Lorsque la lumière tombesur un corps entièrement opaque , comme est unefleur, ne pouvant le pénétrer , son rayon se réfléchitdessus , & retourne de la fleur à lœil oìi elle portelespéce, & sait distinguer les couleurs selon les anglesformés par cette réflexion. Si le corps fur lequel tom-be la lumière est en partie opaque , & en partie dia-phane , comme est le verre , elle passe au ttavers parle diaphane , cest-à-dire , par les pores dtî Verrequelle pénétré , & fait réflexion fur les parties opa-ques , cest à-dire , qui ne font pas poreuses. Ainsilair est invisible , parce quil est absolument pénétrépar la lumière. La fleur renvoyé à lœil une couleur;parce quétant impénétrable à la lumière, elle lobligede réfléchir. Et le verre nest visible que parce quilcontient quelques parties opaques, qui selon la diver-sité des angles que forme le rayon de la lumière quidonne demis , réfléchit differentes couleurs. Voilà maniéré dont se forme la vision, desorte qúe lairétant invisible à cause de sa grande diaphanité , unAnge ne peut sen revêtir, & le faire voir quen épai-sissant tellement lair, que de diaphane il le rende opa-que , & capable de réfléchir le rayon de la lnmierejusquà lœil de celui qui lapperçoit. Or comme lesAnges orit des connoissances ; & des puissances bienau açlà de ce que nous pourions imaginer , il ne fautpas sfltonner sils peuvent se former des corps aériensqui siront visibles par lopacité quils leur donneront;A légard des organes nécessaires à ces corps aérienspolir former des sons, & se faire entendre, sans avoirrecours à la disposition de la matière , il les faut attri-buer entierernent au miracle.

Cest ainsi que les Anges orit apparu àiix Saints Pa-triarches. Cest ainsi que les âmes glorieuses qui par-ticipent à la nature des Anges se peuvent revêtir duricorps aérien pour se rendre visibles , & que les Dé-mons mêmes peuvent en épaisissant & condensant lair,sen former des corps pour se rendre visibles aux hom-mes par une permission toute particulière de Dieu , Scpour accomplir les secrets de fa Providence , commeon dit, quils ont apparu à Saint Antoine le solitaire &à dautres Saints pour les tenter;

Pardonnés moi , Monsieur, cette petite digressionde Physique dont je nai me dispenser pour fairecomprendre la maniéré dont les Anges, qui font dessubstances purement spirituelles ; peuvent tomber sousnos sens charnels.

La feule chose dont les saints Docteurs ne sont pointdaccord fur ce sujet , cest de savoir , si les Angesapparoissent aux hommes de leur propre mouvement,ou sils ne le peuvent faire que par un ordre exprès deDieu. II me semble que rien ne peut mieux contri-buer à décider cette difficulté , que de déterminer lamaniéré dont les Anges connoissent toutes les chosesdici bas : câr si cest par le moyen des espèces queDieu leur a communiquées en les créant, & quil leurcommunique tous lés jours , comme le cròit S. Au-gustin , il ny a pas lieu de douter quils corinoisosent tous les besoins des hommes ; & quils ne puissent,pour les consoler & les fortifier ; se rendre sensibles àeux par la permission de Dieu , tans en recevoir tou-jours un ordre exprès : ce quOn peut conclurrë de ceque dit S. Ambroise au sujet de lapparition des An-ges ; que leur nature les rend invisibles , & que leufvolonté les rend visibles* (á) Hujm natura eji nonvideri, voluntatis videri.

Pour ce qui est des Démons ; il est cértáín que leurpouvoir étoit bien grand avant la vernie de Tesus-Christ, puisquil les nomme lui-mêffie les Puissancesdes ténèbres, & les Princes du Monde. On ne peut

dou'»

(à) Com. fur S. Luc. Lîv. I. chap. ri% %