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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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PRATIQUES SUPERSTITIEUSES.

pelle Enfer ] étant condamnées à y être éternellementretenues , fans pouvoir espérer aucun soulagement,siont garde davoir la permission de Venir parler auxhommes fous des corps phantastiques. LEcrituren ?us marque assez limpoffibilité de ce retour, par lediscours q u'elle met dans la bouche du mauvais richedans lEnfer, quelle introduit parlant à Abraham. Ilne demande pas la permission daller lui-même avertir^ frères, qui font fur la terre , déviter les tourmens^uil souffre, parce quil fait que cela nest pas possi-ble : mais il prie Abraham dy envoyer le Lazare,^ui étoit dans la gloire. Et pour marquer en passantCombien les apparitions des âmes bienheureuses, & desAnges font rares , Abraham lui répond que cela fe-*°it inutile, puisque ceux qui sont sur la terre ont des^ophétes & une Loi quils nont quà suivre.

, Lhistoire du Chanoine de Reims (a) , dans ïon-*iéme siécle, qui au milieu du service solemnel quonhaisoit pour le repos de son ame , parla hautement,êt dit quil étoit jugé & condamné , a été çefutéePar tant de savans, qui ont fait remarquer visiblementh supposition de ce fait, qui ne se trouve dans aucunAuteur contemporain , que je ne pense pas quaucuneP e rsonne éclairée me la puisse objecter. Mais quandseroit aussi incontestable quelle est apocriphe , ilseroit aisé de répondre , que la conversion de S.hruno ,, qui a fait gagner tant dames à Dieu, étoithp assez grand motif pour donner lieu à la divine Pro-vidence de faire un miracle aussi éclatant.

II me reste à examiner si les âmes qui font dans lePurgatoire , elles expient le reste de leurs crimes,®Vant de passer au séjour des bienheureux, peuvent venirconverser avec les hommes, & leur demander des priè-res pour leur soulagement.

Quoique ceux qui ont voulu soutenir cette erreurPopulaire, ayent fait leurs efforts pour lappuyer furdiffetens passages tirés de S. Augustin, de S. jferôme,

de S. Thomas , il est constant que tous ces Pérèsae parlent que du retour des âmes bienheureuses pourManifester la gloire de Dieu ; & que S. Augustin ditPrécisément que sil étoit possible que les âmes desVlorts apparussent aux hommes , il ny auroit pointfle jour quil ne fut visité de fa mère Monique.

, Tertullien, dans son Traité de lame, se mocque deítUX de son tems qui croyoient les apparitions. S.Jean Chrysostome parlant au sujet du Lazare , les nierérmellement , aussi bien que le Glossateur du droit.anon Jean Andréas, qui appelle phantômes delima-?Mation malade & vaines apparitions , ce quon pu-..' e des âmes quon croit voir, ou entendre. Le íep-çVpae chapitre de Job-, & le Cantique du Roi Eze-as rapporté au chapitre ;8. dIsaïe, sont tous rem-^ ls de témoignages que le S. Esprit semble nous avoirv ° u, n donner de cette vérité , que nos âmes ne peu-etl t revenir fur la terre après notre mort , jusquà ce^Jbieu en ait fait des Anges.a AI ais pour mieux létablir encore, il faut répondrejj X Plus fortes objections de ceux qui la combattent.

ra Pportent le sentiment des Juifs , quils préten-kitis' l )r ° uver P ar I e témoignage de Joseph & des Ra-q u> . 5 les paroles de Jesus-Christ à ses Apôtres, lors-ç 1 ; e Ur apparut après fa résurrection ; lautorité duEliberitain ; quelques passages de S. Jerômetraité contre Vigilance ; des Arrêts rendusere ns Parlemens , par lesquels les baux de plu-y r lrs maisons ont été résolus à cause des Esprits quic ata' Vetloient journellement , & tourmentoient les lo-r ®Pan®? > enfin un nombre infini dexemples qui fontp uus dans toutes les histoires,je C |- Ur détruire en peu de mots toutes ces autorités,Juif s iS â âhord quon ne peut pas conclurre que lesq Ue .crussent le retour des âmes après la mort de ceJoseph assure , que lEsprit que la Pythonisse fit

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®»t ass Ul ? uteur se trompe ici ; ceux qui ont inventé cette fable

7~ < l ue cétoit un Chanoine de Paris.

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apparaître à Saùl étoit le véritable Esprit d<- Samuel jcâr outre que la sainteté de ce Prophète lavoit mis aunombre des Bienheureux , il y a dans cette apparitiondes circonstances qui font que la plupart des saintsDocteurs ont douté que ce fut l'Esprit de Samuel:croyant que ce pouvoit être un prestige dont la Py-thonisse trompoit Saùl , & lui faisoit croire quvoyoit ce quil avoir envie de Voir.

Ce que plusieurs Rabins rapportent des Patriarches,des Prophètes , & des Rois , quils ont vus fur lamontagne de Gerizim , ne prouve pas non plus queles Juifs crussent que les âmes des morts pouvoientrevenir ; puis quoutre que ce nétoit quune visionprocédant de lesprit extasié , qui croyoit voir cequil ne voyoit pas véritablement, tous ceux qui com-posoient cette apparition étoient des personnes donttous les Juifs étoient persuadés de leur sainteté. Ceque dit Jesus-Christ à fes Apôtres , que les Espritsnont ni chair, ni os, loin de faire croire que les Es-prits puissent revenir , prouve âu contraire évidem-ment quils ne peuvent fans miracle fe rendre sensiblesaux hommes : puisquil saut absolument une substan-ce corporelle & des organes pour se faire voir , & fefaire entendre : ce qui ne convient point áux âmes »qui étant des substances pures, exemtes de toute ma-tière , font invisibles, & ne peuvent naturellement êtresoumises à nos sens.

Le Concile Provincial Eliberitain tenu en Espagnesous le Pontificat de {b) Sylvestre premier , lequeldéfend (c) dallumer de jour des cierges dans le cimé-tiere des Martyrs , ajoutant pour raison quil ne fautpas inquiéter les Esprits des Saints , nest daucuneconsidération ; parce quoutre que ces paroles fontsujettes à différentes interprétations , & peuvent mê-me avoir été inférées par un copiste, comme le croyent

S uelques savans , elles ne regardent que les Martyrs,'ont on ne peut pas douter que les âmes ne soycntbien heureuses.

Je réponds même chose aux passages de S. Jérô-me : parce que combatant lHéresiarque Vigilance, quitraitoit dillusions tous les miracles qui fe faifoient auxtombeaux des Martyrs , il sessorce de lui prouverque les Saints qui sont dans le ciel, prennent toujourspart aux misères des hommes , & leur apparaissentmême quelquefois visiblement pour les fortifier & lesconsoler.

Pour ce qui est des Arrêts qui ont résolu les bauxde plusieurs maisons, à cause des incommodités que lesEsprits y causoient aux locataires ; il. suffit dexami-ner les moyens & les raisons fur lesquelles ils ont étéobtenus, pour comprendre , ou que les juges ont étéinduits en erreur par les préjugés de leur enfance, ouque , comme ils font obligés de déférer aux preuvesqui sont produites , souvent même contre leurs pro-pres connoissances, ils ont été trompés par l'impostu-re, ou par la simplicité des témoins.

A l'égard des apparitions (d) dont toutes les histoi-res font remplies, une des plus sortes quon me puisseobjecter, & à laquelle je me crois le plus obligé derépondre, est celle quon prétend être arrivée à Parisdans le dernier siécle, dont on cite plus de cinq censtémoins , qui ont examiné la vérité du fait avec uneattention particulière. Voici lavanture telle que la

rap-

(&) Le tems de persécution marqué par les Canons de ce Con-cile, fait voir quil na pu être assemblé tard. Baronius la placéavec raison lan 3 oy.

. (c) Mendoza dans son Commentaire sur ce Concile a très-biettprouvé quil sagit ici dune Superstition connue parmi les Pâyens,qui sintroduisoit parmi les Chrétiens. Les uns aliment consul-ter les morts ; 8c les autres alloient faire des complimens aux ma-nès des Saints, comme font encore à présent des peuples idolâtresà la Chine lon y va avec un grand nombre de Cierges. La rai-son que le Concile apporte fait voir que cest- ce quil entend, <»-quietandi enim mn funt SmSorum Spiritus.

(d) 11 ny a rien de plus curieux que les faits rapportés par Plinele jeune Lettre 27. du vu. Livre. II paroit porté à croire quily a de véritables Spectres.

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