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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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rapportent ceux qui ont écrit dans le tems quelle sestpassée.

Le Marquis de Rambouillet frère aîné de Madamela Duchesse de Montauzier , & le Marquis de Préciaîné de la Maison de Nantoiiillet, tous deux âgés de25. a 30. ans , étoient intimes amis, & alloient à laguerre comme y vont en France toutes les personnes dequalité. Comme ils sentretenoient un jour ensembledes affaires de lautre monde, après plusieurs discoursqui témoignoient assez quils nétoient pas trop per-suadés de tout ce qui sen dit , ils se promirent lunà lautre, que le premier qui mourrait , en viendraitapporter des nouvelles à son Compagnon. Au boutde trois mois, le Marquis de Rambouillet partit pourla Flandre, la guerre étoit pour lors , & de Préciarrêté par une grosse fièvre demeura à Paris. Six se-maines après de Préci entendit fur les six heures dumatin tirer les rideaux de son lit , & se tournant pourvoir qui cétoit, il apperçut le Marquis de Rambouil-let en buffle & en bottes. Il sortit de son lit , &voulut sauter à son col , pour lui témoigner la joyequil avoir de son rétour : mais Rambouillet reculantquelques pas en arriéré , lui dit que ces caresses në-raient plus de saison , quil ne venòit que pour s'ac-quitter de la parole quil lui avoit donnée, quil avoirété tué la veille en telle occasion ; que tout ce quelon diíbit de lautre Monde étoit très-certain , quildevoir songer à vivre d*une autre maniéré , & quilnavoit point de tems à perdre , parce quil serait tuédans la premiere occasion il se trouverait. On nepeut exprimer la surprise sut le Marquis de Précià ce discours : ne pouvant croire ce quil entendoit,ìl fit de nouveaux efforts pour embrasser son ami,quilcroyoit le vouloir abuser, mais il nembrassa quedu vent 3 & Rambouillet voyant quil étoit incrédu-le , lui montra Fendrait il avoit réçu le coup, quiétoit dans les reins , d le sang parôissoit encore cou-ler. Après cela le phantôme disparut , & laissa dePréci dans uné frayeur plus aisée â comprendre quàdécrire. II appélla en même tems Ton valet de cham-bre , & réveilla toute la maison par ses cris. Plusieurspersonnes accoururent , à qui il conta ce quil venoitde voir : tout le monde attribua cette vision à lardeurde fa fièvre , qui pouvoit altérer son. imagination, &le pria de se récoucher , lui remontrant quil falloitquil eut rêvé ce quil disoit. Le Marquis au déses-poir de voir quon le prenoit pour un visionnaire,raconta toutes les circonstances que je viens de dire :mais il eut beau protester quil avoit vu & entenduson ami en veillant, on demeura toujours dans la mê-me pensée, jusquà ce que la poste de Flandre, par la-quelle on apprit la mort du Marquis de Rambouillet,fut arrivée. Cette premiere circonstance sétant trou-vée véritable, & de la maniéré que lavoit dit de Pré-ci , ceux à qui il avoit conté lavanture , commencè-rent à croire quil en pouvoit bien être quelque cho-se , parce que Rambouillet ayant été tué précisémentla veille du jour quil lavoit dit , il étoit impossiblequil leut appris naturellement. Cet évenement sé-tant répandu dans Paris , on crut que cétoit leffet«Tune imagination troublée , ou un conte fait à plai-sir : & quoique pussent dire les personnes qui exami-noient la chose sérieusement, il testa toujours dans lesesprits un soupçon quil ny avoit que le tems quipût dissiper. Cela dépendoit de ce qui arriverait auMarquis de Préci , lequel étoit menacé de périr à lapremiere occasion. Ainsi chacun regardoit son sortcomme le dénouement de la pièce ; mais il confir-ma bientôt ce dont on doutoit : car dès quil futguéri de fa maladie , les guerres civiles étant surve-nues, il voulut aller au combat de S. Antoine, quoi-que son pere & s a mère , qui craignoient la Prophé-tie , dissent tout ce quils purent pour len empê-cher ; & il y fut tue au grand régret de toute fa fa-mille.

En supposant la vérité de toutes les circonstances

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de ce fait ; voici ce que je dirai \ pour détruire se sconséquences quon en veut tirer.

Il nest pas difficile de comprendre que limagina-tion du Marquis de Préci échauffée par la fièvre , &troublée par le souvenir de la promesse que le Mar-quis de Rambouillet & lui sétoient faite , lui ait re-présenté le phantôme de son ami quil savoit qui étoitaux coups , & à tout moment en danger dêtre tue*Les circonstances de la blessure du Marquis de Ratn-bouûillet, & la prédiction de la mort de Préci , q u *sc trouva accomplie, ont quelque chose de plus gra-ve ; cependant ceux qui ont éprouvé quelle est la for-ce des pressentimens, dont les effets sont tous les jourssi ordinaires , nauront pas de peine à concevoir qn ele Marquis de Préci , dont leíprit agité par lardeurde son mal suivoit son ami dans tous les hazards d®la guerre , & sattendoit toujours à se voir annoncerpar son phantôme ce qui lui devoir arriver à lui-'me , ait prévu que le Marquis de Rambouillet avoitété tué dun coup de mousquet dans les reins, &q u ®1 ardeur quil se sentoit lui-même de se battre , le se*roit périr dans la premiere occasion. On verra par 1 ®*paroles de S. Augustin , que je rapporterai dans I*fuite , ' combien ce Docteur de lEglisc étoit persuadede la force de limagination , à laquelle il attribue bconnoissance des choses à venir. Jétablirai encor®lautorité des pressentimens par un exemple des pfo ssinguliers.

Une Dame desprit , que je connois particulière-ment , étant à Chartres , elle saisoit son séjour»songea la nuit dans son sommeil » quelle voyoit le Pfradis , quelle sc représentoit comme une salle magni-fique , autour de laquelle étoient en différens degré 5les Anges, & tous les Esprits bienheureux , & DieUqui présidoit au milieu dans un trône éclatant. BU®entendit frapper à la porte de ce lieu plein de délices»& S. Pierre l'ayant ouverte , elle vit paraître detí*très-petits Ensans , dont lun étoit vêtu d'une robb®blanche, & lautre étoit tout nud. S. Pierre prit 1 ®premier par la main , & le conduisit au pied du trO?ne , & laissa lautre à la porte , qui pleurait a0î ef ®*ment. Elle se réveilla en ce moment » & racontarêve à plusieurs personnes qui se trouvèrent tout àparticulier. Une Lettre quelle reçut de Paris l 3 P r fmidi lui apprit quune de ses filles étoit accouchéde deux Ensans qui étoient morts, & dont il ny e<1avoit quun qui eut reçu 1 e Batême.

De quoi ne peut-on pas croire limaginationble, après une si forte preuve de son pouvoir ? P^ C 'on douter que parmi toutes ses prétendues apparitfo^quon raconte , elle nopére seule toutes celles qu* nviennent pas des Anges , & des Ames bien heuffd'ses , & qui ne font pas leffet de la malice d®hommes? . ^

Pour expliquer plus au long ce qui a donne 1 *.^aux phantômes, dont on a publié ses apparitions d 3tous ses tems, fans me prévaloir du sentiment tidss1 e des Sceptiques , qui doutant de tout, avanÇ*^,que nos sens , quelques sains quils soyent , n£ ' tsoient rien imaginer que faussement , je remarss^ tque ses plus sages dentre les Philosophes soutien»que la mélancolie abondante , la colère , la fo® ne tU .la fièvre, ses sens dépravés , ou débilités, soit p 3rellement, soit par accident, peuvent faire imag*^jvoir , & entendre beaucoup de choses qui n'ossfondement. , $$

Aristote dit (a) , quen dormant ses sens intM ^agissent par le mouvement local des hument 3 v . r,sang , & que cette action descend quelquefo 15 >quaux organes sensitifs ; ensorté quau reveil Lessonnes même les plus sages pensent voir l es 1quelles ont songées. e 'C^'

Plutarque , en la vie de Brutus, rapporte f^s

(«) Traité du Soin. & des veiL