PRATIQUES SU
^Us persuada à Brutus qu’un spectre, que ce dernierPublioit avoir veu en veillant, étoit un effet de sonPagination» Voici le raisonnement qu’il lui met eu* a bouche. „ L’Esprit de l’homme étant de sa na-ture extrêmement actif, est dans un mouvementcontinuel qui produit toujours quelque fantaisie :» fur tout les personnes mélancoliques, comme vous,’« Brutus, font plus sujettes à se former dans l’ima-s > gination des especes qui passent souvent jusqu.'à,33 leurs sens extérieurs.
Galien, si habile dans la connoiffance de tous lesEfforts du corps humain, attribue les spectres à l’ex-lr ênae subtilité de la vue & de l’ouie.
. ^e que j’ai lu dans Cardan semble établir le sen-tent de Galien. U dit, qu’étant dans la ville de"Blan, le bruit se répandit qu’il y avoir un AngeCtl f air, qui paroiífoít visiblement , & qu’étant ac-sohrn f ur i a place, il le vit lui-même avec plus desox mille personnes. Comme les plus savans é-5°ient dans l’admiration de ce prodige , un habile^bstonsulte , qui survint, ayant examiné la choseaVec attention, leur fit remarquer sensiblement, queCe qu’ils voyoient n’étoit pas un Ange, mais la fi-§ u re d’un Ange de pierre, qui étoit fur le haut du°cher de S. Gerhard-, laquelle imprimée dans unej Ue épaisse, par le moyen d’un rayon du soleil qui°pnoi t dessus , se refléchiffoit aux yeux de ceuxfl avoient la vue plus perçante. Si ce fait n’avoitte éclairci fur le champ par un homme exempt de*Pte prévention , il auroit passé pour constant quec eut été un véritable Ange , ayant été vu par lesUus éclairés de la Ville au nombre de plus de deuxsolle personnes.
Le célébré du Laurent, dans le Traité qu’il a fait^ la mélancolie, lui attribue les effets les plus sur-pnans, dont il rapporte une infinité d’exemples qui•mblent surpasser le pouvoir de la nature.
, ^ Augustin consulté par Evode Evêque d’Uzalei Ur le sujet que je traite , lui répond en çes termes.,y A l’égard des visions, même de celles où l’on ap-s> peend quelque chose de l’avenir, il n’est pas poffi-J> ble d’expliquer comment elles se sont, à moins deh f av oir auparavant par où se fait tout ce qui se passe' en nous quand nous pensons : car nous voyons clai-5) rement qu’il s’excite dans nôtre ame un nombre in-5> fini d’imagês, qui nous réprésentent ce qui a frap-” Pe nos yeux, ou nos autres sens : nous l’experimen-Jl sons tous les jours, & à toute heure.
- *1 a joute un peu après pour exemple : ,, Dans leso°ment que je dicte cette Lettre, je vous vois des1 X eux de mon esprit, fans que vous soyés présent,}} 111 que vous en sachiés rien ; & je me représenteP ar la connoiffance que j’ai de vous , l’impreffions stUe mes paroles seront sur vôtre esprit, sans savoirIlea nmoins, & fans pouvoir comprendre comment' î° Ut cela se passe en moi.
,Ji| e P e crois pas, Monsieur, que vous me deman-g^.’son de plus précis que ces paroles de Saint Au-f pour vous persuader qu’il faut attribuer à lati t j e âe l’imagination la plus grande partie des appa-’ m ^ me de celles où l’on apprend des choses quiV 0(ls sot ne pouvoir être connues naturellement ; &pij soe dispenserés bien d’entreprendre de vous ex-V e j|] r comment l’imagination opéré toutes ces mer-Pas T’ fuisque ce saint Docteur avoue qu’il ne peutv aìn Ul ' m cme le comprendre , quoiqu’il en soit con-
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Q(f e Y°us dirai seulement que le sang qui circule sansr *fié nos artères, & dans nos veines, s’étant pu-c ateiî ^chauffé dans le cœur, jette des vapeurs déli-
Pel] e ’ S u j sont ses parties les plus subtiles, qu’on ap-«avi te ' P rits animaux, lesquelles étant portées dans les^aticjg . cerveau , mettent en mouvement la petiteVeil, en ^ est le siège de l’ame, & par ce moyen ré-elles ^ re ffufcitent les especes des choses qu’on a* ° u Entendues autrefois, qui y sont comme en-
PER STÍ TIE U S E S.
sevelies, & forment le raisonnement intérieur que Nousappelions la pensée. D’où vient que les animaux ont Sauísibien que nous, la mémoire , mais non pas les ré-flexions qui l’accompagnent, qui ne partent que del’ame, qu’ils n’ont point.
Si ce que Mr. Dígby, savant Anglois, le célébréPère Kircher Jésuite, le Père Schott, Lc Gaffarel pu-blient de l’admirable secret de la palingénesie (a ), ourésurrection des plantes, avoit quelque fondement, onpourroit par ce moyen rendre raison des ombres & desfantômes que plusieurs personnes ont assuré avoirvus dans des cimetières.
Voici la maniéré dont ces curieux parviennent à kmerveilleuse opération de la Palingénesie.
Us prennent une fleur, la brûlent, & en ramassenttoutes les cendres, dont ils tirent les sels par le moyende la calcination. Ils mettent ces sels dans une phio-le de verre, ou ayant mêlé certaines compositions ca-pables de les mettre en mouvement lorsqu’on les é-chauffe, toute cette matière forme une pouísiere, dontla couleur tire fur le bleu. De cette poussière , lors-qu’elle est excitée par la chaleur, il s’en éleve untronc, des feuilles, & une fleur, en un mot on ap-perçoit l’apparition d’une plante, qui fort du milieude ses cendres. Dès que la chaleur cesse tout le spec-tacle s’évanouit, la matière se dérange : & se précipitedans le fond du vaisseau pour y former un nouveaucahos. Le rétour de la chaleur ressuscite toujoursce Phénix végétal caché dans ses cendres : & commela présence de la chaleur lui donne la vie, son absencelui cause'la mort.
Le Père Kircher, qui tâche de rendre raison de cetadmirable Phenomene, dit, que la vertu séminale dechaque mixte est concentrée dans ses sels; & que dèsque la chaleur les met en mouvement, ils s’élevent aus-sitôt , & circulent comme un tourbillon dans le vais-seau de verre ; ces sels, dans cette suspension qui lesmet en liberté de s’arranger, prennent la même situa-tion, & forment la même figure que la nature leuravoit donnée primitivement : conservant le penchant àdevenir ce qu’ils étoient, ils retournent à leur premiè-re destination, & s’alignent comme ils étoient dans laplante vivante. Chaque corpuscule de sel rentrantdans la première destination qu’il tenoit de la nature ,ceux qui étoient au pied de la plante s’y arrangent :de même ceux qui composoient le haut de la tige, lesbranches, les feuilles & les fleurs reprennent leur pre-mière place, & forment ainsi une parfaite apparitionde la plante entiere.
On prétend que cette opération a été faite fur unmoineau : & Messieurs de l’Académie Royale d’An-gleterre, qui en font des expériences, espèrent parve-nir à la faire aussi sur les hommes.
Or selon le principe du Père Kircher, & des plussavans Chimistes, qui prétendent que la forme sub-stantielle des corps résidé dans les sels, & que ces selsmis en mouvement par la chaleur forment la même fi-gure que la nature leur avoit donnée ; il n’est pas dif-ficile de comprendre que les corps morts étant con-sommés dans la terre, les sels qui s’en exhalent avecles vapeurs par le moyen des fermentations qui se fontsi souvent dans cet élement, peuvent bien en s arran-geant fur la surface de la terre, former ces ombres, &ces phantômes qui ont effraye tant de personnes. Ainsil’on voit assés combien il y a peu de raison de les at-tribuer au rétour des âmes, ou aux Démons, commeont fait quelques ignorans.
A toutes les autorités par lesquelles j’ai combattules apparitions des Ames qui font dans le Purgatoire ,j’ajouterai encore quelques réflexions toutes naturelles.Si les âmes qui font dans le Purgatoire pouvoient re-venir
(<*) Le P. le Brun traite d’opinion ridicule cette prétendue ré-surrection des plantes 8c des animaux. Voyez le Tom. L del’Histoire Critique des Pratiques Superstitieuses, in L. Chap. f.N. XX,
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