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HIS T OIRE DES
venir ici demander des prières pour palier plutôt auséjour de la gloire, il n’y auroit personne qui ne reçutde pareilles instances de la part de ses parens, & de sesamis; puisque toutes ces âmes étant dans la même dis-position , il y a bien de l’apparence que Dieu leur ac-corderoit la marne permission. D’ailleurs si elles a-voient cette liberté, toutes les personnes de bon sensne comprennent pas pourquoi- elles accompagneraientleurs apparitions de toutes les folies dont on circon-stancie leurs histoires ; comme de rouler un lit, d’ouvrirdes rideaux, de tirer une couverture , de renverserdes meubles, Sc de faire un bruit épouventable. En-fin , si ces apparitions avoient quelque réalité , il estmoralement impossible que depuis tant de siécles il nes’en trouvât quelqu’une si bien averée , qu’on n’enpouroit pas douter.
Après avoir suffisamment établi que toutes les appa-ritions, qui ne peuvent pas être attribuées â des An-ges , ou à des âmes bienheureuses , ne font produitesque par l’une de ces trois causes, la force de l’imagi-nation , l’extrême subtilité des sens, Sc la dépravationdes organes, tels qu'ils font dans la folie & dans lafievre chaude : voyons ce qu’on doit penser du faitarrivé à S. Maur.
Quoique vous ayés déja vu la relation qui en a étéfaite, je crois, Monsieur, que vous ne me saurés pasmauvais gré d’en rapporter ici avec quelque détail lescirconstances les plus particulières. Je tâcherai de nerien omettre de tout ce qu’on a employé pour établirla vérité du fait, & je me servirai même le plus queje pourrai des propres termes de l’Auteur, afin qu’onne m’accuse pas d’avoir affoibli l’avanture.
M. de S. à qui elle est arrivée, est un jeune hom-me, de petite stature, bien fait dans fa taille, âgé de24. à 25. ans. Après avoir entendu plusieurs fois,étant couché, donner de grands coups à fa porte ,fans que fa servante, qui y courait aussi-tôt, y trou-vât personne, & tirer les rideaux de son lit, quoi-qu'il n’y eut que lui dans la chambre ; le 22. Marsdernier fur les onze heures du soir étant à contrasterdes rolles d’ouvrages dans son cabinet avec trois jeu-nes garçons, qui sont ses domestiques, ils entendirenttous distinctement feuilleter des papiers fur la table.Le chat fut soupçonné de cet ouvrage : mais le Sieurde S. ayant pris un flambeau, & cherché avec atten-tion , ne trouva rien. S’étant mis au lit peu après, &ayant envoyé coucher ceux qu’il avoit avec lui, dansfa cuisine, qui est à côté de fa chambre, il entenditencore le même bruit dans son cabinet. Il se levapour voir ce que c’étoit; & n’ayant rien trouvé nonplus que la premiere fois, il voulut en fermer la porte:mais il sentit quelque résistance , & étant entré pourvoir d’où pouvoit venir cet obstacle , il entendit enmême tems un bruit en l’air vers le coin, comme d’ungrand coup donné fur la muraille, ce qui lui fit faireun cri auquel fes gens accoururent. II tâcha de lesrassurer , quoiqu’effrayé lui-même , & n’ayant rientrouvé, il alla fe recoucher & s’endormit. A peine lesgarçons avoient éteint la lumière, gue le Sieur de S.fut réveillé en sursaut par une secoirsse teste que pou-voit être celle d’un bateau qui échouerait contre l’ar-che d’un pont. Il en sût si ému , qu’il appella fesdomestiques ; & lorfqu’ils eurent apporté de la lu-mière , il fût étrangement surpris de voir son lit dépla-cé au moins de quatre pieds , & connut que le chocqu’il avoit senti étoit celui qu’avoit sait son lit con-tre la muraille. Ses gens ayant replacé le lit, virent,a yec autant d’étonnement que de frayeur , tous lesrideaux s’ouvrir en même tems, & le lit courir versla cheminée. Le Sieur de S. se leva aussi-tôt, & passale reste de la nuit auprès du feu. Sur les six heuresdu matin ayant fait une nouvelle tentative pour dor-mir, il ne fut pas si-tôt couché, que le lit fit encoreJe même manege jusqu’a deux fois, en présence de fesgens, qui tenoient les quenouilles du lit, pour l’em-pêcher de fe deplacer. Enfin étant obligé de quitter
la partie, il alla fe promener julqu’au dine , après le-quel ayant essayé de reposer, & son lit ayant encorepar deux fois changé de place , il envoya quérir unhomme, qui loge dans la même maison, tant pour ferassurer avec lui, que pour le rendre témoin d’un faitsi surprenant : mais la secousse qui se passa devant cethomme fut si violente, que le pied gauche du che-vet du lit en sut cassé; ce qui le surprit si fort,qu’auxossres qu’on lui fit de lui en faire voir une seconde,il répondit que ce qu’il avoit vû, avec le bruit effroya-ble qu’il avoit entendu toute la nuit, étoient suífisanSpour le convaincre de la vérité du sait. Ce sut ainsique la chose, qui étoit demeurée jusques-là entre leSieur de S. & fes domestiques, devint publique. Cebruit s’étant répandu aussi-tôt, & étant venu aux 0-'reílles d’un très grand Prince, qui venoit d’arriver àS. Maur, son Allesse fut curieuse de s’en éclaircir, &se donna la peine d’examiner avec foin la qualité desfaits qui lui surent rapportés. Comme cette âvanture’étoit le sujet de toutes les conversations, on n’entefl':dit bien-tôt qu’histoires d’esprits rapportées par In-crédules , & que plaisanteries de la part des esprit*forts. Cependant le Sieur de S. tâchoit de fe rassurespour fe mettre la nuit suivante dans son lit, & de ^5rendre digne de la conversation de l’Esprit, qu’il fl e 'doutoit pas qui n’eut quelque chose à lui dire.dormit jusqu’au lendemain neuf heures du matin, san s ’ ’avoir senti autre chose que de petits soulevemensf:,comme si les matelats s’étoient élevés en l’air , ce qU>în’avoit servi qu’à le bercer, & à provoquer le som'Mmeil. Le lendemain se passa assez tranquillement íW'mais le 26. l'Elprit, qui paroissoit être devenu sage,treprit son humeur badine, & commença le matin !par faire un grand bruit dans la cuisine. On luiauroit pardonné ce jeu s’il en étoit demeuré là; mais.ce fut bien pis l’après midi. Le Sieur de S. q u *avoue qu’il fe fentoit un attrait particulier pour f° acabinet’, auquel pourtant il ne laissoit pas de ré-pugner, y étant entré fur les six heures , y fit u®tour jusqu’au fond, & révénant vers la porte'p 01 ?rentrer dans fa chambre , fût fort surpris de la s'° lsfe fermer toute feule, Le fe barricader avec les den*verroux. En même tems les deux volets d’une g rî!l 'de armoire s’ouvrirent derriere lui, & rendirentlo"cabinet un peu obscur, parce que la seule fenê tfffqui étoit ouverte se trouvoit derriere l’un desJets. Ce spectacle jetta le Sieur de S. dans utlífrayeur plus aisée à imaginer qu’à décrire. Cep e(1 sdant il lui resta assez de sang froid pour entendreson oreille gauche une voix distincte qui venoit d'u."coin du cabinet,& qui lui sembloit un pied,ouron aù-dessus de fa tête, laquelle lui parla enbons termes pendant l’espace d’un demi Miserere*lui ordonna en le tutoyant, de faire certainesur quoi elle lui a recommandé le secret. Ce 5 U rSa publié, c’est qu’elle lui a donné quatorzepour l’accomplir: qu’elle lui a commandé d’all er .un endroit où il trouverait des gens qui l'ild^raient fur ce qu’il devoir faire; & qu’elle l’acé de revenir le tourmenter s’il manquoit à lui °y j e- La voix finit fa conversation par un adieu. Après c e ‘ a j e
jeuf
Sieur de S. fe souvient d’être tombé évanoui so r f
bord d’un coffre , dont il a ressenti de la don -j - > .. ',1 P 1
dans le côté. Le grand bruit & les cris qu a(l£ .ensuite, firent accourir plusieurs personnes, q u '. a ^ s3 .fait des efforts inutiles pour ouvrir la porte nn ^biner alloient l’enfoncer avec une hache , lorsqu n Stendirent le Sieur de S. fe traîner vers la porte fl ^ouvrit avec beaucoup de peine. Dans le desordjj ^il parut, & hors d’état de parler,on le porta P re * \ 3feu, & ensuite fur son lit, où il éprouva tou jcompassion du grand Prince dont j’ai déja parle , ^
accourut au premier bruit de cet évenement. 5 °^ \ 3t esse ayant sait visiter tous les coins & recoins efmaison, où l’on ne trouva personne ,voulut faire - 0tle Sieur de S. mais son Chirurgien ne lui ayant P. oll -