HISTOIRE DES
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contenter son envie. On lui proposa une grande ré-compense , s'il pouvoit apprendre du Phantôme le su-jet qui l’amenoit dans cette maison , & les moyensqu’il salloit employer pour l’engager à ne plus rendrevisite à des gens qui vouloient bien s’en passer. Iln’en salloit pas tant pour déterminer notre généreuxsoldat à entreprendre l’avanture : il porte dans la mai-son une bonne provision de vin , de tabac & de chan-delles , & attend de pied ferme l’arrivée du Spectre.Déja le jour étoit prêt à paroítre , & il desesperoitde rien voir , quand il entendit tout à coup un bruiteffroyable & des mugissemens furieux. II se tient surses gardes, met le pistolet à la main , & fans s’émou-voir il regarde tranquillement avancer l’Esprit. Lacontenance du soldat éíraya le revenant ; il n’étoit pasaccoutumé à trouver de pareilles sentinelles ; & celuiqui saisoit peur aux autres eut pour le coup peur àson tour : il s’enfuit. Le soldat le poursuit ; il des-cend les montées, l’autre en fait de même, lui tenanttoujours le pistolet dans les reins. L’Esprit se jetteenfin dans une trape , qui.étoít au bout de la montéed’un caveau par où il avoit fallu passer. Notre intré-pide n’hésite point de s’y jetter après lui. Quel futson étonnement d’y rencontrer , au lieu d’une assem-blée de Sabbath , une fort bonne compagnie & quel-ques-uns de fa connoissance ! Le Spectre se démasquesur le champ , se dépouille du lugubre vêtementdont il étoit revêtu , & se jette aux pieds du Soldatqui lui faifoit une frayeur inconcevable avec son pisto-let. Vous êtes impatient , Monsieur , d’apprendrele dénouement de cette avantupe : c’étoient de très-honnëtes faux Monnoyeurs, qui, pour travailler enfureté à leur petit commerce , s’étoient avisés de seservir de ce stratagème pour faire fuir les gens de lamaison dont le voisinage les inquiétoit. On fit asseoirle Soldat ; il but & mangea avec eux le reste de lanuit , & dès le grand matin il leur conseilla d’allerchercher gîte ailleurs; disant que pour lui il alloit dé-couvrir tout le mystère, & sc faire payer de la sommedont on étoit convenu.
Vous voyez bien , Monsieur , de quelle maniéréle hazard & l'imposture se jouent de la crédulité deshommes. II faut vous montrer aussi que la Nature avoulu être de la partie, & qu’elle se sert pour cela demoyens qui font encore plus difficiles â découvrir ,que les tromperies des hommes mêmes.
Mr. L. B. me fit dernierement une histoire , quiconfirme ce que je dis. Un jeune homme ayant passéune partie de la nuit avec une femme qù’il aimoit,s’en retourna coucher dans son lit ordinaire ; mais iln’eut pas sitôt dormi une heure ou deux , qu’en s’é-veillant il aperçut près de son lit fa Maîtresse , quilui dit quelque chose dont il ne me souvient pas , &puis disparut. Ce jeune homme appelle aussi.tôt sonValet , & lui demande si toutes les portes sont bienfermées : son Valet lui répondit qu’il n’y avoit riend’ouvert; & notre amoureux se rendort. Mais il seréveilla encore , & revit pour la seconde fois fa De-moiselle, qui disparut. II ne saut pas demander s’ilen fut épouvanté , & si cette vue ne lui causa pas a-lors autant de frayeur , qu’elle lui donnoit ordinaire-ment d’amour & de joye. Je ne m'étonne point decette apparition. Un homme encore tout enflammés,& qui vient de goûter tous les plaisirs dont on peutjouir avec une beauté qu’on aime ; un homme , dis-je , de cette sorte a pû conserver quelque tems dansson imagination les traits de l'objet de son amour ; lasubstance du cerveau, qui est sort délicate, peut de-meurer ébranlée par l’impression que fait un tel ob-jet ; & même les amoureux voyent continuellementce qu’ils aiment , bien qu’ils en soyent séparés. Nevoyons-nous pas aussi que ceux qui ont long-temsporté un fardeau fur les épaules , ou fur les bras, lesentent encore quelque tems après l’avoir quitté ? Siles objets ne se font sentir que par l’impression qu’ilscausent sur l’organe & par l’ébranlement qu’ils fout
des petites fibres de ces mêmes organes , ne peut-ôflpas croire que cet ébranlement peut durer quelquetems après que les objets ne sont plus préfens ? Ladouleur d’un coup de pierre demeure longtems aprèsle coup. Ce jeune homme avoit la tête remplie desidees de fa Demoiselle , il pensoit continuellement àelle , & il la voyoit même toujours étant éveillé :ainsi n’étant qu’à moitié éveillé dans son lit , ses es-prits , qui étoient encore dans une confusion qui l’esti-pêchoit de connoître distinctement ce qui remuoit sonimagination, firent qu’il crut voir au dehors de foi cequi n’étoit que chez soi. La même chose peut arri-ver à un homme parfaitement éveillé , si l’imprefficMsc fait sentir si avant dans le cerveau , qu’il en soitcontinuellement ébranlé. De plus, si le mouvementdes organes se communique au cerveau , pourquoi 1®mouvement du cerveau ne pourra-t-il pas se commu-niquer aux organes, & les mouvoir avec la même mo-dification que féroient les objets extérieurs pour leuffaire voir au dehors la même chose qui seroit emprein-te dans le siège de l’imagination? Il se peut faireau®>comme nous avons déja dit, qu’une rate pleine d’hú‘meurs brûlées & un sang épaissi envoyeur des vapeur*grasses , ou (pour mieux dire) des exhalaisons à htête, qui prennent telle ou telle figure , ainsi que le*nuées représentent à l’imagination des objets differen**Ces figures peuvent paroítre à certaines heures réglées#selon que l’humeur s’échausse ; & cela fait des app^'ridons quotidiennes , tierces ou quartes , ainsi qU®des fièvres.
Une expérience dont je veux vous entretenir m' ádonné lieu d’imaginer une autre cause naturelle de c?*apparitions. Une femme à qui une cataracte étoit re-montée après avoir été abbatue , me vint trouver il fa quelques années. Je regardai son ceil , & je remar-quai que fa cataracte, quoique remontée, étoit tout®détachée de la circonférence de Pavée. Je lui dis qu®je croyois qu’elle se diffiperoit. Cette femme revintchez moi un mois après. J'obser vai que fa cata“racte commençoit à se rompre ; je lui dis que “vue de cet ceil pourroit revenir. Elle sortit de ch®*elle peu de tems après, pour aller sc promener àmartre ; mais elle n’eut pas sitôt passé la porte de j*Ville, qu’elle s’écria qu’elle étoit ensorcellée, qu’d evoyoit des mouches & des chenilles de toutes sort?*de couleurs ; qu’une mouche beaucoup plus gr°^que les autres, dont une aile étoit verte & l’autrej^ne, dont la tête étoitrouge & le corps bleu, lui vo'Tloit|entrer dans l’ccil. Cette pauvre femme effrayée sscette maniéré entra chez un Taillandier & envoya qN?rir un Prêtre, qui la consola du mieux qu’il pût,i* 1 *!*qui avoua qu’il n’avoit jamais ouï parler de Diable* ^garrés de cette façon. On ramena cette femmeelle ; elle me renvoya quérir le lendemain. Je vi*œil , & j’apperçus que fa cataracte étoit en plusi^ £pièces , dont quelques-unes sc touchant form°! ycomme de petits prismes ; il y en avoit aussi q 1 *'toient les unes fur les autres, comme des glaçonsque la riviere n’a pas gelé tout-à-coup. Je luimandai si les mouches & les chenilles lui paroisse j £aussi formées , & les couleurs aussi vives que d 3 °* £moment qu’elle les avoit ap perçues: elle réponditnon. Je la rassurai fur fa peur , 8c je lui dis qu ^verroit bientôt de son ceil ; ce qui arriva en d>* ^douze jours , pendant lequel tems les figures " ^couleurs de ces petits animaux s’effacerent entiereu 1 .^.
Vous voyez, Monsieur, ce que peuvent ses b,rentes réfractions des rayons visuels, qui étant n"fiés de telle ou telle maniéré représentent a l’imfrg «t ion différentes figures. Je vous demande 6 ,ces exemples , on ne peut pas croire que des va F ^ £ $voltigeantes dans l’humeur acqueuse puissesréfractions capables de nous faire paroítre desdes Phantômes. Pour moi, je n’y voi point de& cette derniere cause, qui l’est sans doute de e
d.’apparitions ,,peut imposer aux esprits Us p uS Jl
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