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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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tenant, que le peu destime & de vénération que leurpeuvent acquérir parmi les hommes, les inventions dumonde les plus ingénieuses, & les faussetés les mieuxconcertées. On peut fort à propos ce me semble a-dresser à ces sortes de gens- les paroles que Job (a)disoit à ses amis. Pensés vous que Dieu ait besoin deVos fourberies, & que vos artifices lui soient nécessai-res pour la défense de la vérité ?

Les S S. Pérès & les Ecrivains Ecclésiastiques sesont récriés dans tous les siécles contre ces imposteurs.Mais cela nempêche pas quil ne se rencontre dans nosjours certains dévots poussés dun zele destitué de lu-mières Sc peut-être de quelque chose de pis, qui ontassés de témérité pour donner publiquement aux Saintsdes louanges & des éloges quils ne méritent nulle-ment , Sc qui seroient plutôt capables de les couvrirde honte & de confusion, si le bienheureux étatils font le pouvoit souffrir, que de leur attirer les re-spects & la vénération des fideles.

Parce quil y a des Saints quils affectionnent plusles uns que les autres, soit à cause de la ressemblancede leur nom, de leur habit, ou de leur profession ,soit pour la considération de leur famille, de leur pa-trie , ou de leur nation, soit enfin pour quelque autreraison non moins frivole & impertinente ; ils en font,pour ainsi dire, leur idole, & tâchent par toutes sor-tes de moyens de faire croire que ceux- sont plusgrands en mérite Sc en gloire que ceux-ci , en leurimputant des choses qui ne leur font jamais arrivées,Sc auxquelles ils nont jamais pensé eux-mêmes.

Voilà à peu près de quelle maniéré en a usé le P. leFranc, Gardien des Cordeliers de la Ville de Reims,& Docteur en Théologie de la Faculté de Paris. LeR. P. voulant rendre son nom récommendable à lapostérité, a fait il ny a pas longtems rebâtir tout deneuf le grand Portail du Couvent des Cordeliers deReims. Et pour signaler son zélé envers son Seraphi-que Patriarche S. François, & acquérir quelque répu-tation dans son Ordre Sc parmi ses freres, il sest avi- de faire graver ces paroles en lettres dor fur une ta-ble de marbre, au haut du frontispice de ce portail :Deo homini & Beato Francisco , utrìque Crucifixo.

Cette inscription étant ainsi exposée en public, cha-cun eut la liberté de la voir, & den juger. On nepeut pas nier que quelques personnes plus zelées quesavantes, & moins passionnées pour les intérêts de lavérité, que pour ceux du P. le Franc , nen ayentporté un jugement très avantageux en fa faveur; maisaussi est-il constant quelle causa un scandale si généralSc si public parmi les personnes véritablement pieusesSc intelligentes, quun des Grands Vicaires du Car-dinal Antoine Barberin, Archevêque de Reims, futobligé denvoyer le Promoteur de lOfficialité de Reims,faire commandement à ce Cordelier de lôter inces-samment.

Cette nouvelle sut terrible pour un homme qui nesattendoit à rien moins, & qui simaginoit avoir par-faitement bien rencontré dans son Inscription. D'abordil tâcha de lexcuser en lui donnant un bon sens. Maisses excuses & ses explications nayant pas été trouvéesrecevables, il fallut enfin obéir, II fit donc enleverde nuit la table de marbre fur laquelle son Inscrip-tion étoit gravée. Et afin quon ne crut pas que celase sût sait par son ordre,le lendemain matin il fit cou-rir le bruit par toute la Ville , que des ivrognes la-voient enlevée: mais quoiquil dit, & quil fît dire,personne nen voulut rien croire ; Sc on eut dautantnioins sujet den rien croire , que quelque tems aprèsil fit remettre fur une autre table de marbre en la pla-ce de celle quil avoit fait ôter, cette autre inscription,aussi en lettres dor: Crucifixo Deo homini & S. Fran-cisco 1669.

Je me persuade aisément que sil eut pris le parti du

R E D E S

silence en cette occasion, cétoit une affaire assoupie»& quon nauroit peut-être jamais réveillée. Maiscomme il est du nombre de ces gens qui se picquenïde navoir jamais le démenti des choses quils entre-prennent, quelque béveue quon y remarque, il a ",mal ménagé fa réputation en ce point , quil a publiepar tout avec une hardiesse surprenante , Oue sa f re 'miere inscription étoit tres Orthodoxe : que les plus fi e ff ciCritiques n y pouvoìent rien trouver k redire , f qud n 1avoit que des slnti-Moines qui fusent contre. Et non con-tent de cela, il employé encore tous les jours le peu decrédit & dautorité quil a dans le monde pour sac-querir de nouveaux partisans. 81 bien que la choseétant maintenant devenue publique, on a cru être dan*quelque sorte dobligation de la réfuter par un écritpublic, afin de désabuser toutes les personnes qui pour'roient sêtre engagées aveuglement & fans connoissau'ce de cause dans le parti du P. le Franc, ou qui vou-draient comme lui soutenir ce qui est tout à fait insou-tenable.

On ne dira rien en particulier contre la derniere deces Inscriptions, quoi quà la bien considérer elle n£soit presque que la premiere renversée , Sc que pconséquent elle ne mérite pas une censure moins severe*Mais les raisons Sc les autorités que lon employer*pour combattre la premiere, retomberont pour la plu-part fur la seconde; & ainsi il sera facile de juger duprix & de la qualité de lune & de lautre.

Ce quon prétend donc dans cette Dissertation estde faire voir clairement Sc fans aucun mélange à'Art*'moine , que cette Inscription, Deo homini & B. Frais'cisco utrique Crucifixo , nest pas telle que le P. le FranCa lassurance de le dire ; & que bien loin dêtre trh'Orthodoxe Sc irréprochable, elle est contraire k la foi I eVEglise, k la saine DoElrine de la Théologie ,k la vérité de V Histoire de S. François.

CHAPITRE II.

11 »y a que 'Dieu , à proprement parler » ^qui on puisse ériger & consacrer des TeiB*pies & des Autels. Sentimens des SstÍPeres & des Ecclésiastiques fur ce fuj^'En quel sens on doit expliquer lesteurs qui disent que les 'Temples ou l (íAutels , font dédiés aux Saints , ouSaintes.

S

Il est vrai (comme il y a toutes les apparences dr r monde de le croire) que le P. le Franc ait vo ,J .dire par son inscription, que le Temple des Cordeu ede Reims est consacré à Jesus-Christ Dieu & hoU 1 ^& à S. François, Deo homini & B. Francisco , p£ ut ' ^soutenir avec justice quil ait eu en cela des sentieorthodoxes Sc conformes à ceux de lEglise, l ac ss e i e ça proprement parler,néleve des Autels & ne bâtitTemples, ni ne les consacre, quà Dieu seul ?

Nest-ce pas ce que S. Augustin nous apprend ^plusieurs endroits de ses ouvrages , lorsquil P r ° U u j,que les Temples appartiennent au culte de Latrie » fi.dans la pensée de tous les Théologiens, nest du dDieu seul ? Si les Ariens (s ), dit-il, lisoient si. lie ^ a e part que le Temple de Salomon , qui néto't . c s. de bois & de pierres, eut été érigé au Saint t*P,, il est fans doute quils ne nieraient pas que I e ^,, Esprit fût Dieu : parce que la structure des ^,, pies regarde le culte de Latrie : Templi confid 0 ^ .j s LatrU cultum perrinet. Comment est-ce donc 4 ^ nient la Divinité du Saint Esprit, puisqu ^ ^ * on , Temples bien plus nobles que celui de Sa 0

(í) Libr, contra Serin. Arianor, cap. a®.

(a) Cap. Nunquid Deus indiget , .

illo loquamini doios ? 0 uiendacio ut pro