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tenant, que le peu d’estime & de vénération que leurpeuvent acquérir parmi les hommes, les inventions dumonde les plus ingénieuses, & les faussetés les mieuxconcertées. On peut fort à propos ce me semble a-dresser à ces sortes de gens-là les paroles que Job (a)disoit à ses amis. Pensés vous que Dieu ait besoin deVos fourberies, & que vos artifices lui soient nécessai-res pour la défense de la vérité ?
Les S S. Pérès & les Ecrivains Ecclésiastiques sesont récriés dans tous les siécles contre ces imposteurs.Mais cela n’empêche pas qu’il ne se rencontre dans nosjours certains dévots poussés d’un zele destitué de lu-mières Sc peut-être de quelque chose de pis, qui ontassés de témérité pour donner publiquement aux Saintsdes louanges & des éloges qu’ils ne méritent nulle-ment , Sc qui seroient plutôt capables de les couvrirde honte & de confusion, si le bienheureux état oùils font le pouvoit souffrir, que de leur attirer les re-spects & la vénération des fideles.
Parce qu’il y a des Saints qu’ils affectionnent plusles uns que les autres, soit à cause de la ressemblancede leur nom, de leur habit, ou de leur profession ,soit pour la considération de leur famille, de leur pa-trie , ou de leur nation, soit enfin pour quelque autreraison non moins frivole & impertinente ; ils en font,pour ainsi dire, leur idole, & tâchent par toutes sor-tes de moyens de faire croire que ceux-là sont plusgrands en mérite Sc en gloire que ceux-ci , en leurimputant des choses qui ne leur font jamais arrivées,Sc auxquelles ils n’ont jamais pensé eux-mêmes.
Voilà à peu près de quelle maniéré en a usé le P. leFranc, Gardien des Cordeliers de la Ville de Reims,& Docteur en Théologie de la Faculté de Paris. LeR. P. voulant rendre son nom récommendable à lapostérité, a fait il n’y a pas longtems rebâtir tout deneuf le grand Portail du Couvent des Cordeliers deReims. Et pour signaler son zélé envers son Seraphi-que Patriarche S. François, & acquérir quelque répu-tation dans son Ordre Sc parmi ses freres, il s’est avi-sé de faire graver ces paroles en lettres d’or fur une ta-ble de marbre, au haut du frontispice de ce portail :Deo homini & Beato Francisco , utrìque Crucifixo.
Cette inscription étant ainsi exposée en public, cha-cun eut la liberté de la voir, & d’en juger. On nepeut pas nier que quelques personnes plus zelées quesavantes, & moins passionnées pour les intérêts de lavérité, que pour ceux du P. le Franc , n’en ayentporté un jugement très avantageux en fa faveur; maisaussi est-il constant qu’elle causa un scandale si généralSc si public parmi les personnes véritablement pieusesSc intelligentes, qu’un des Grands Vicaires du Car-dinal Antoine Barberin, Archevêque de Reims, futobligé d’envoyer le Promoteur de l’Officialité de Reims,faire commandement à ce Cordelier de l’ôter inces-samment.
Cette nouvelle sut terrible pour un homme qui nes’attendoit à rien moins, & qui s’imaginoit avoir par-faitement bien rencontré dans son Inscription. D'abordil tâcha de l’excuser en lui donnant un bon sens. Maisses excuses & ses explications n’ayant pas été trouvéesrecevables, il fallut enfin obéir, II fit donc enleverde nuit la table de marbre fur laquelle son Inscrip-tion étoit gravée. Et afin qu’on ne crut pas que celase sût sait par son ordre,le lendemain matin il fit cou-rir le bruit par toute la Ville , que des ivrognes l’a-voient enlevée: mais quoiqu’il dit, & qu’il fît dire,personne n’en voulut rien croire ; Sc on eut d’autantnioins sujet d’en rien croire , que quelque tems aprèsil fit remettre fur une autre table de marbre en la pla-ce de celle qu’il avoit fait ôter, cette autre inscription,aussi en lettres d’or: Crucifixo Deo homini & S. Fran-cisco 1669.
Je me persuade aisément que s’il eut pris le parti du
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silence en cette occasion, c’étoit une affaire assoupie»& qu’on n’auroit peut-être jamais réveillée. Maiscomme il est du nombre de ces gens qui se picquenïde n’avoir jamais le démenti des choses qu’ils entre-prennent, quelque béveue qu’on y remarque, il a ",mal ménagé fa réputation en ce point , qu’il a publiepar tout avec une hardiesse surprenante , Oue sa f re 'miere inscription étoit tres Orthodoxe : que les plus fi e ff ciCritiques n y pouvoìent rien trouver k redire , f qu’d n 1avoit que des slnti-Moines qui fusent contre. Et non con-tent de cela, il employé encore tous les jours le peu decrédit & d’autorité qu’il a dans le monde pour s’ac-querir de nouveaux partisans. 81 bien que la choseétant maintenant devenue publique, on a cru être dan*quelque sorte d’obligation de la réfuter par un écritpublic, afin de désabuser toutes les personnes qui pour'roient s’être engagées aveuglement & fans connoissau'ce de cause dans le parti du P. le Franc, ou qui vou-draient comme lui soutenir ce qui est tout à fait insou-tenable.
On ne dira rien en particulier contre la derniere deces Inscriptions, quoi qu’à la bien considérer elle n£soit presque que la premiere renversée , Sc que p aíconséquent elle ne mérite pas une censure moins severe*Mais les raisons Sc les autorités que l’on employer*pour combattre la premiere, retomberont pour la plu-part fur la seconde; & ainsi il sera facile de juger duprix & de la qualité de l’une & de l’autre.
Ce qu’on prétend donc dans cette Dissertation estde faire voir clairement Sc fans aucun mélange à'Art*'moine , que cette Inscription, Deo homini & B. Frais'cisco utrique Crucifixo , n’est pas telle que le P. le FranCa l’assurance de le dire ; & que bien loin d’être trh'Orthodoxe Sc irréprochable, elle est contraire k la foi I eVEglise, k la saine DoElrine de la Théologie ,k la vérité de V Histoire de S. François.
CHAPITRE II.
11 »y a que 'Dieu , à proprement parler » ^qui on puisse ériger & consacrer des TeiB*pies & des Autels. Sentimens des Sst’ÍPeres & des Ecclésiastiques fur ce fuj^'En quel sens on doit expliquer lesteurs qui disent que les 'Temples ou l (íAutels , font dédiés aux Saints , ouSaintes.
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’Il est vrai (comme il y a toutes les apparences dr r monde de le croire) que le P. le Franc ait vo ,J .dire par son inscription, que le Temple des Cordeu ede Reims est consacré à Jesus-Christ Dieu & hoU 1 ^& à S. François, Deo homini & B. Francisco , p£ ut ' ^soutenir avec justice qu’il ait eu en cela des sentieorthodoxes Sc conformes à ceux de l’Eglise, l ac ss e i e ça proprement parler,n’éleve des Autels & ne bâtitTemples, ni ne les consacre, qu’à Dieu seul ?
N’est-ce pas ce que S. Augustin nous apprend ^plusieurs endroits de ses ouvrages , lorsqu’il P r ° U u j,que les Temples appartiennent au culte de Latrie » fi.dans la pensée de tous les Théologiens, n’est du dDieu seul ? „ Si les Ariens (s ), dit-il, lisoient si. lie ^ a e„ part que le Temple de Salomon , qui n’éto't . c s.„ de bois & de pierres, eut été érigé au Saint t*P,, il est fans doute qu’ils ne nieraient pas que I e ^,, Esprit fût Dieu : parce que la structure des ^,, pies regarde le culte de Latrie : Templi confid 0 ^ .j s„ LatrU cultum perrinet. Comment est-ce donc 4 ^„ nient la Divinité du Saint Esprit, puisqu ^ ^ * on ,„ Temples bien plus nobles que celui de Sa 0
(í) Libr, contra Serin. Arianor, cap. a®.
(a) Cap. Nunquid Deus indiget , .
illo loquamini doios ? 0 uiendacio ut pro