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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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toi H I S T O I

quil en soit, Saint Pierre le Prince des Apôtres,SaintAndré, S. Philippe, Sainte Eulalie, Saint Siméon E-vêque de Jérusalem , Saint Siméon jeune Enfant mar-tyrisé par les Juifs à Trente , Saint Timon lun dessept premiers Diacres , Saint Alexandre martyr deLion, Saint Fauste , & quantité dautres Saints ontété réellement & véritablement crucifiés, & néanmoinsjamais personne ne sest avisé de les comparer à Jesus-Christ dans leur crucifiement , ni de faire des inscri-ptions à leur honneur, oh lon ait dit quils ayent étécrucifiés comme Jésus-Christ : Utrique Crucifixo.Sainte Catherine de Sienne (si nous en croyons lhis-toire de fa vie, & les Annales des Frères prêcheurs) àété stigmatisée aussi bien que S. François. Mais quia jamais dit pour cela quelle ait été crucifiée , &quelle lait été de la même maniéré que Jefus-Christ?Cest toutefois ce que dit le P. le Franc de Saint Fran-çois , encore quil nait été crucifié qu en apparence ,comme parlent Pierre de Natalibus dr Jacques de Fora-gine. Or nest-ce pas égaler S. François à Jefus-Christ , ou au moins le lui comparer, & le mettre audessus des autres SS. par cette comparaison si préjudi-ciable à sa gloire ?

Il devoir savoir ce R. Père que ces sortes de com-paraisons ne font jamais bien reçues des personnes quiont quelque connoissance de la vraye, ancienne & vé-nérable Théologie , & quelles passent toujours pourimpertinentes & scandaleuses dans lEglife de Dieu.Cette Sainte Mère , qui est lexemple de tous les au-tres mères , ne souffre pas volontiers les parallèles quife font des Saints les uns aux autres , de leurs mérites& de leur gloire. Cest pourquoi le savant Evêquede Yence (a) Monsieur Godeau enjoint aux Ecclé-siastiques de son Diocèse de publier la gloire dr le pou-voir des Saints , mais de ne point disputer de la Juperio-rité , ou des avantages les uns fur les autres , parce queles Saints (dit-il (b) ) qui triomphent dans le Ciel ne fontplus d eux-mêmes, ni eux-mêmes ; car ils font dépouillésentièrement du vieil Adam , dr Jefus-ChriJì qui regnoitfur eux par la grâce au milieu de fis ennemis , c'efl-d-dire parmi les péche's auxquels la vie humaine ejl fusette ,dr les inclinations ou la nature corrompue nous porte, régnémaintenant en eux , dr les fait regner avec lui, en lui ,dr par lui y & les unissant parfaitement à foi les offre ason Père, comme fes membres, dr fe soumet avec eux dfa puissance , filon les hautes pensées de P Apôtre.

S. Jerôme nous fait voir aussi en peu de paroles,combien il étoit ennemi des parallèles des Saints (c) lesuns aux autres, lorsquil traite de foux ceux qui lessont. Je ne sais point, dit-il, de comparaison entre ces saintes femmes, cest-à-dire, entre Sainte Anne,, la Prophetesse, fille de Phanuel, & la veuve Mar-,, celle ; il y en a qui mettent en parallèle les Saints,, & les Princes des Eglises les uns avec les autres : mais il y a de la folie en cela.

Cest encore ce que nous aprend le dévot Auteurdes livres (d) de lImitation de Jefus-Christ, lorsquilfait ainsi parler ce divin Sauveur à lame fidele : Ne,, vous mêlés point dans des questions & des disputes,, non nécessaires touchant les mérites des Saints, sa- voir si lun est plus Saint que lautre, ou qui est le' plus grand dans le Royaume des Cieux. Ces cho- fes ne fervent quà produire des contestations inuti- les, à nourrir lorgueil & la vaine gloire,doh nais-,, sent ensuite les dissensions & les jalousies, lun sou-,, tenant un Saint, & lautre un autre , & chacun sopiniâtrant avec orgueil à vouloir que son Saint soit plus grand que celui des autres. Cest fans au--, cun fruit quon samuse à tous ces reproches , qui

(а) Ordonn. & Inst. Synod. tit. tr. n. 10.

( б ) Ibid. n. u.

(c) Epist.ad Pnncip. Virgin. Marcella vid. Epitaph. Non fa-cio ellarn inter íanctas fœminas differentiam , quod nonnulli in-ter iànctos viros Sc Eccldìarum Principes stultc facere consue-verunt.

(d) Lib. Z. cap.

RE DES

déplaisent beaucoup à mes Saints. Car (e) je W,, fuis pas un Dieu de dissent ion, mais un Dieu de paix,,, & cette paix ne consiste pas à nous relever nous mêmes, mais à nous établir dans une solide humi',, lité.

,, Il y en a qui se sentent plus portés de zélé &,, daffection envers quelques-uns des Saints, queO',, vers les autres : mais cette affection est plutôt hu- maine que divine. Cest moi qui ai créé tous,, Saints; cest moi qui leur ai donné la grâce ; cest moi qui les ai récompensé de la gloire. Je sais sts mérites de chacun deux, & (/) je les ai tous prévi,, nus par les bénédictions de ma celefle douceur. Cest,, moi qui ai couronné leur patience dans tous st s,, maux ; cest moi qui devant être béni au-dessus de,, tous, mérite dêtre loué dans tous mes Saints , #,, honoré dans chacun deux. Celui donc qui mépris Vun des moindres d*entre mes Saints, nhonore point le plus grand, puisque (g) jai fait le moindre coM',, me le plusgrdnd, & celui qui sait injure à quelqu'un des Saints, me la fait à moi-même, & à tous ceu* qui font dans le Ciel ; car tous ne font quun p ss lamour qui les lie tous ensemble.

Cest pourquoi que les hommes charnels & ani',, maux nentreprennent point de parler de létat de§,, Saints, eux qui naiment que leurs avantages pr°" prés , & leur satisfaction particulière. Ils ne sts,, considèrent point selon la réglé de mon éternels vérité , mais ils les relevent ou les abbaissent st" Ion leur inclination & leur fantaisie. Ce défa^ naît en plusieurs de lignorance, & principalement en ceux, qui étant peu éclairés ne font gueres,, pables daimer personne d'un amour parfait & vrai' ment spirituel. Ils se portent à aimer un saint plu" tôt que lautre par une inclination naturelle & UI,e,, affection toute humaine , & leur imagination r£',, prefente les choses du Ciel dans la même bassesse t avec laquelle elle a accoutumé de concevoir cell,, de la terre.

II vaut bien mieux honorer les Saints par de prières ferventes & par fes larmes, & implorer un cœur humble, le puissant secours de leur terceísion, que de fe mettre en peine de pénétrs ce quil y a de secret & de caché dans leur gl sl1 ' re par une recherche vaine & curieuse.

Or je demande maintenant , & je le demande ^toutes les personnes raisonnables, judicieuses & éc»rées, si un Auteur qui met ces paroles dans la bouc^de Jefus-Christ, & qui lui fait blâmer si partie n jjf.rement les questions & les disputes qui fe fontordinairement dans le monde touchant les mérites u ^Saints, & le degré de gloire que les uns possedentdessus des autres, ne le feroit point parler avec p^ uS ^force contre le P. le Franc , qui compare S-çois, non pas avec un autre Saint, mais avec J eChrist même, & qui par cette comparaison le coj 1tue au-dessus des autres Saints ? Ne laccuferoit- 1 * j^,avec justice davoir manqué de respect enversRédempteur, & davoir attribué ì un autre les n jneurs qui ne sont dûs quà lui seul. Enfin t>6feroit il pas dire ce que ce divin Sauveur dit ^Diable qui le vouloit tenter dans le desert, . v ^ uS llàdorerés vôtre Seigneur ( h ), & vous ne fervir eS Hlui seul.

CHAPITRE VI.

, <77, U

11 y a eu plujïeurs Cordeliers avant I eFranc qui ont donné des louanges ri

{e) i. Cor. 14.

(/) Psal. 10.

(g) Matth. 18.

(b) Matth. 4. Dominum Deum tuum adorabií ,servies.

Sc

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