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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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10Í HISTOIRE DE S

Saints, & que cette proposition signifie que cela ne sepeut faire , il faut que cette proposition soit une er-reur , & par conséquent une proposition erronée dansle sentiment de Melchior Lan us , lequel expliquant lapremiere acception dune proposition erronée , ditquune erreur, qui est quelque chose de moins qu'unehérésie manifeste, & qui néanmoins est contraire à laDoctrine Catholique , sappelle une proposition erro-née (a). LInscription du P. le Franc ne peut pas àla vérité paíser pour une hérésie manifeste, si ce nestparce quil la soutient avec opiniâtreté ; & que selonla maxime si commune & si constante de S. Augustin& des Théologiens (b) lobstination fait lhéretique: maisaumoins est elle erronée, en ce quelle est contraire à laDoctrine Catholique, qui ne souffre pas quon dedie desTemples ni des Autels à dautres quàDieu. Elle est en-core erronée dans la pensée de Monsieur Holden, qui dé-clare que le mot & erronée vient de celui àerreur , &que lerreur ou la fausseté est quelque chose doppo- à la Vérité , ce quil prouve par un passage de S.Augustin {c). Or nest-ce pas être manifestementdans lerreur que de dire quon peut dedier des Tem-ples & des Autels aux Saints , & que S. François aété crucifié aussi bien que Jesus-Christ ? puisquon nepeut dedier des Temples & des Autels quà Dieu,& quil nest pas vrai que S. François ait été crucifiéaussi bien que Jesus-Christ.

Enfin quest-ce quune proposition scandaleuse , àproprement parler? sinon celle,où lon peut remarquerdu scandale (d ), quoi quon ny puisse trouver d-resie ? Ce qui se doit entendre selon Monsieur Hol-den (e) , des propositions ou des dogmes qui don-nent véritablement occasion de scandale. Et nest-cepas ce que fait lInfcription du P. le Franc ? Les hé-rétiques des derniers siécles nous reprochent incessam-ment que nous rendons aux Saints plus dhonneur quenous ne leur en devons , & y s sen scandalisent mani-festement. Il ne faut que lire Y examen que Chemni-cius (f) a fait du décret du Concile de Trente tou-chant linvocation & la vénération des Saints, & lA-pologie de Rivet pour la très sainte Vierge Marie mè-re du Seigneur. Pourquoi le P. le Franc leur donne-t-ilencore un juste sujet de se scandaliser en attribuant à S.François ce qui ne lui est pas , & ce que la foi del'Eglise Catholique ne permet pas quon lui attribue ?Mais ce seroit peu de chose sil ny avoit que les hé-rétiques qui se scandalisassent de son inscription. Lespersonnes dérudition & de vertu ne sen scandalisentpresque pas moins , voyant que les simples peuventde prendre occasion de tomber dans la superstition,& de donner plus aux Saints quils ne leur doivent ;& que ces sortes dexpressions trop hardies & trop té-méraires peuvent faire un tort considérable à la puretéde leur foi , & à la sainteté de notre Religion, quiest ennemie de toute fausseté , & qui ne subsiste quepar la vérité.

Il est donc de la prudence dunChrétien,'quelquilsoit , & encore plus dun Docteur en Théologie &dun Prédicateur , déviter soigneusement tout ce quipeut donner prise aux hérétiques & scandaliser les sim-ples ; & de se précautionner contre les reproches desuns & la foiblesse des autres ; puisque lApôtre S. Paulavertit tous les fidelles , aussi bien que les Corin-

(») Error qui est minus quiddam quàm aperta Hseresis, 8c Ctholic* Doctrine tamen contrarius est , propofitio erronea vcatur.

(6) Hsereticum error non facit, sed pertinacia.

(<Ô Lib. i. Anaìys. fid. divin. cap. 8. Erroneum , dit-il, :errore dicitur; error auteqi.sicut 8c falsitas, est aliquid veritati o]pohtum. Errare , inquit, Sanctus Augustinus , est approbatalla pro veris , vel improbare vera pro saisis, aut habere incerpro certis, aut certa pro incertis.

(d) Sup. Scandalosa illa propriè oratio vocatur , (ditlemênC»nit !,) «n qua scandalum notari potest, hxresis non potest.

(e) Hxc procul dubio debent intelligi de propositionibus scdogmatibus. qu* vere dant offensionis Lc fcandali occasionem.

(/) 3-sa-

liens (g) , de ne donner point occajlon de sandale nt austl mfs , ni aux Gentils, ni dlEglfì de Dieu , q» il ta

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che lui-même de plaire a tous en toutes chofìs , ne cher-chant point ce qui lui est avantageux en particulier, matsce qui ejl avantageux a plusieurs pour être sauvés : £tquil dit particulièrement aux Prédicateurs Sc aux Doc-teurs en la parole de son cher Disciple Tite, qu ils doi-vent être fortement attachés d la parole de vérité tellequ on la leur a enseignée , afin quils soient capables , fi'Ion la faine Doélrine , de convaincre ceux qui sy oppo 'sent.

Quoique ce grand Apôtre prêchant lEvangile a uXCorinthiens dût vivre de lEvangile , cependant ilsure quil na pas usé de ce pouvoir , & quil a souf-fert au contraire toutes sortes dincommodités pp urnaporter aucun obstacle à lEvangile de Jesus-Christ'Quelle discrétion ne demande-t-il point pour lusag®des viandes? Tout mest permis, dit-il, mais tout n e rpas avantageux : tout m est permis , mais tout nédifepas. Oue nul ne cherche ft propre satisfaction , maisbien des autres. Mangés de tout ce qui fe vend d la bot 1 'cherie fans vous enquérir d il vient par un frupuleconscience , car la terre òr tout ce quelle contient est ^Seigneur. Et il ajoute : fi un infidèle vous prie dger chez, lui , & que vous y voulìés aller , mangés de toi'dce qu on vous firvira fans vous enquérir d ilpar un scrupule de conscience. Oue fi quelquun vous ditceci d été immolé aux Idoles , n en mangés pas, d estwde celui qui vous d donné cet avis , gf aujst de peut u*b lester non votre confìience , mais celle dun autre .pourquoi m expos rois-je d faire condamner par un aattfcette liberté que fiai de manger de tout ? Si ce prends stvec atlion de grâces ce que je mange , pourquoi donner&*'je sujet d un autre de me traiter dimpie , pour une chopdont je rends grâces d Dieu ?

Pourquoi S. Paul parle-t-il de la forte , sinon poufnous convaincre de lobligation indispensable que no** 5avons de ne point scandaliser notre prochain , p âsCeque qnoiquil soit nécejfaire quil arrive des scandaitf fcomme dit le fils de Dieu (h) , néanmoins malheotlhomme par qui le sandale arrive. II est remarq^ble que la matière que traite lApôtre nest pas si ^portante que celle que traite le P. le Franc dans >°inscription, que celle ne concerne pas la foitholique, l'usage des viandes nétant pour lors qu ul \chose indifférente : au lieu que celle-ci regardequelque façon la foi.

Il fe trouvera peut-être quelques Pérès de lEo *qui fe seront échapés en quelques expressions figu r ,& métaphoriques, & qui auront aussi employé q ue __quefois dans leurs discours des hyperboles un peu Mdies , mais sil sen trouvoit quelques-uns ildonner cela ou à la chaleur de la dispute, ou à la *°j ece de leur zélé , & il ne seroit nullement à prop° S ^les imiter en ces rencontres. Et quand mêmeques-uns des Ecrivains Ecclésiastiques, qui ontdepuis .S. François , auroient dit quil a été cruC -* r eaussi bien que Jesus-Christ , ou de la même maU>que Jesus-Christ , comme le P. le Franc l'assùreson inscription , il ne faudroit pas pour cela I e . j ggraver en lettres dor fur une table de marbre , î 1faire mettre fur le frontispice dun Portail, pour IQxdaliser tout le monde & pour y être exposé à » sde chacun,principalement des simples,qui ne f°n ^capables de lexpliquer en bonne part , quandcela le pourroit être. jj i*

Il ne suffit pas à mon avis , que par des eX fjj t í-tions métaphysiques & des distinctions que 1» ^

lité de lEcole à inventées, & le plus souventcun fondement, ces sortes dexpositions puifl en ^ ilfrir un bon sens & unej explication favorable » jJié'ny auroit presque point de sottises, dimpiétés» ^

(g) i.Cor.io.

(h) Matth. 18.