Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
9
JPEG-Download
 

DES SUPERSTITIONS.

^celsaire au salut , toute personne le peut donnerda ns les besoins pressans , les Laïques comme les Ec-^ e fiastiques , les femmes comme les hommes , les, aien s même & les Hérétiques , en observant la ma-inte d e ladministrer que lEglise a prescrite, & avecMention de faire ce que fait l'Eglise , pour ne pasExposer le salut de celui qui ne pourroit pas le rece-v °ir de lEvêque , ou du Prêtre dans l'Eglise. Le

Concile de Florence y est formel (a). Cest doncUn sentiment Superstitieux , un culte indu, un cultepernicieux, un faux culte, de croire que les femmes,nans les cas même de nécessité , ne puissent donner lesterne. Tertullien cependant semble avoir été de ce^ntiment (b) dans son livre de la V\rg. 8c dans le livre dusterne (c). Les Cophtes, ou Chrétiens dEgypte fontEncore plus superstitieux en ce point. Car non seule-í^nt ils ne veulent pás que les femmes batizent, maisassurent même que le Batême na aucune vertu , à^pins quil ne soit administré par les Prêtres & dans lE-$ife, pour quelque nécessité que ce soit. Le P. Tho-IIlas à Jefu le dit positivement (d). Edouard Brere-^ood, Professeur à Londres, rapporte la même cho- e t n ces termes (e ) : Ils n estiment point que le Batême' 0,t d'aucune efficace , s il nefi administré par le Prêtre ,en lEglise , pour quelque nécessité que ce soit. Et Ar-E^âius dit (/) , Que presque tous les peuples de laCtece, de la Russie, de la Moscovie, & des autresProvinces Chrétiennes, qui suivent les Rites Grecs,aiment mieux, quand ils nont point de Prêtres , queleurs enfans meurent fans Batême , que de souffrirquils soient batizés par des Laïques , Totam fermeGraciam , RuJJiam , Àíofiovìam & alias Provincias quatn fide Chrijti rit u G r etc o persévérant , ex imper itia ìneo versiari errore , ferupulo & Relìgione animadverto ,ut , absente Presbjtero , malint permittere ut infantes sineBaptifmo e vita décédant , quam eos falutari lavacroub lucre; quod exisiiment fibì laids , ne in nécessitât e qui-dem licere hoc munere fungi. Parmi les Maronites ilny a que les Prêtres 8c les Diacres à qui il soit per-dis de batizer , quelque nécessité quil y ait de lefaire (g).

Ne fut ce point aussi une Superstition au jeune Va-tntinien, f'rere de lErnpereur Gratien , de ne vou-loir pas être batizé que par S. Ambroise , parce quile toit prévenu d'une extrême vénération en saveur deEe grand Archevêque ? Ne sut-ce point pour le pu-® lr de cette Superstition que Dieu permit quil sutEtranglé , & ensuite pendu à Vienne par les artificesdu Comte Albogaste, avant que davoir été batizé?

S- Ambroise (h) employé toutes les richesses de son

Decret. cit. Minister hujus Sacramenti (dit-il) est Sacerdos,H si ofHcio competit baptizare. In causa auteur neceflìtatis,^ lolum Sacerdos , vel Diaconus , sed etiam laïeus 8c mulier,<j 0 ° etia m Paganus 8c Hatreticus , baptizare potest , dummo-cl esi tor mam server Ecclesiae , îc facere intendat quod facit Ec-

l iet s f) Lib. de Virgin- veland. c. 9. Non permittatur (diti-l) mu-»ec "f^^clcsia loqui, sed nec docere, nec tingere , nec offerre,tina- US vii-ilis muneris, ne dum Sacerdotalis officii sortem sibi

(ï are -

Utìql '7. Pçtukntia autem mulierum qu L usurpavit docere,«Vel , n °n etiam tingendi jus sibi pariet, nisi si quse nova bestiafimilis pristinx : ut quemadmodum illa Baptismum au-

Pr 0j{ . a,: , ita aliqua per se eum conférât.Quam fidei

t>o te( i mUl n videretur ut Paulus docendi 8c tingendi daret feminae>, p tate m , qui ne discere quidem constanter mulieri permisit.

{tiTs"- > inquit > 8c domi maritos suos consulant.denj 7- part. 1. c. Ratum non habent Baptismum ne qui-tus íunrnra necessmte , si ab alio quam à Sacerdote confera- d< iue précisé in Ecclesia , etiamsi baptizandus de vita péri-

ls) ^eherches curieuíès, 8cc. c.(si si: >- de Concord. c. 11 .

Jessi) p. 1 . c. 6. Nemini (dit encore le même P. Thomas deSeat p ni *ì Sacerdoti , vel Diacono, licet baptizare , etiamsi ur-(h) nécessitas.

Klsioncion. in Obit. Valentiniani. Sed audio vos dolere (cesis. ' íf r °pres termes) quod non acceperit Sacramenta Baptisma-titi 0 , '^' te rnihi, quid aliud in nobis est nisi voluntas , nisi pe-halià Atc l ui etiam dudum hoc voti habuit , ut 8c antequam in6 %nifi Ven - ssct 'itiaretur, 8c proximfi baptizari, se à me vel-7'/,J lCavit ' &deo prae ceteris causis me accersendum putavit.* 0> »e II.

esprit & de son éloquence pour justifier ce jeunePrince. Il dit quencore quil nait pas reçu le Batê-me , il na pas laissé de recevoir la grâce du Batême,parce quil a demandé ce Sacrement avec ardeur , &quil la désiré avec pieté. Et si cette demande 8c cedésir , ajoute-t-il , ne suffisent pas pour être sauvé,il ne faut pas croire aussi que (i) les Martyrs, quiont souffert , nétant encore que Catéchumènes,& avant que davoir reçu le Batême, ayent été cou-ronnés de gloire.

Mais si la mort violente de Valentinien lui a tenulieu de Batême de sang , il nest pas permis de douterque dans ce Batême Dieu ne lui ait remis avec le pé-ché originel, tous les autres péchés quil avoit com-mis, & par conséquent la Superstition du culte super-flu , dans laquelle il étoit tombé, pour navoir voulurecevoir le Batême que des mains , & par le ministèrede S. Ambroise.

Entre les chefs daccusation dont les Evêques ca-lomniateurs de S. Jean Chrysostome le chargèrent a-vec autant de fausseté que dinsolence, par lentremisede Jean son Archidiacre , on lui reprocha davoirmangé avant que dadministrer le Batême : comme sicétoit une nécessité dêtre à jeun pour conférer ceSacrement, que lApôtre S. Paul (kf) , & tant dau-tres Saints (l) , ont conféré après le repas. George,Patriarche dAlexandrie, de qui nous apprenons cetteparticularité (m) , rapporte que S. Jean Chrysostomenia hautement quil eut jamais batizé après avoir man- , & ce quil lui fait dire en des paroles si vives 8csi fortes, montre manifestement que ce reproche luitenoit fort au cœur. Aussi étoit-ce une vraye Su-perstition , un culte faux , un culte superflu & unevaine observance , mais qui ne tomboit que fur lesaccusateurs, 8c les descendans de ce S. Archevêque.Cen est une de même nature , mais encore plus cri-minelle , aux pères 8c aux mères , de ne pas vouloirbatizer leurs enfans, lorfquil y a nécessité , & quilne se trouve point dautres personnes pour les batizer,de crainte de contracter une affinité spirituelle entreeux , & de n'être plus en droit de fe demander lunà lautre le devoir du Mariage. Voilà pourquoi lePape Jean VIII. écrivant à Anselme , Evêque deLimoges, lui dit ( n ) , Quil na pas, contre lau-torité très-expresse de lEcriture sainte , séparer defemme un homme , qui voyant soir.-propre.jfils endanger de mort , & nayant point de Prêtre pour lefaire batizer, lavoit batizé lui-même.

Or si on na pas séparer un mari de fa femmepour avoir batizé son enfant dans une nécessité urgen-te , cest une preuve certaine quil na pas pour celacontracté une alliance spirituelle avec elle. Et en ef-fet,

Non habet ergo gratiam quam desideravit ? Non habet quam po-poscit ? Certe quia poposcit accepit.

(i) Si quia solemnitcr non sunt celebrata Mystèria , hoc mo-vet, ergo nec Martyres , si Catechumeni fuerint coronentur.Non enim coronantur , si non initiantur. Quod si suo abluun-tur sanguine, 8c hune sua pietas abluit 8c voluntas.

(k) Actor. 16. 33.

(/J In eorum Vit.

(m) In Vit. 8. Johan. Chrysostom. Anathemate percellar ( dit-il ) si quidem hoc admisi ; non veniam in numerum 8c radicemEpiscoporum ; non item admittar in Angelorum consortium $hon denique prober Deo gratus.

(n) ;o. q. i. Can. Ad limina. Quod sien nullatenus debet (ditce Pape) dicente Scriptura à Domino junctam esse viro uxorem,8c quod Deus conjunxit , homo non separet. Unde 8cDom inus in Evangelio non dimittere posse uxorem íùam , nisicausâ fornicationis , apertissimé jubet. Quapropter 8c hos tant»autoritatis jussione prxcipue freti , dicimus omittendum esse 8c*inculpabile judicandum , quod nécessitas intulit. Nam hoc bap-tizandi opus laícis fidelibus, juxta Canonicaih autoritatem, si ne-cesse fuerit facere, conceditur. Unde si supradictus genitor filiumíuum corpore morientem afpiciens , sie animam perpétua mortepereuntem dimitteret sacn unda Baptismatis lavit , ut eum depotestate autoris mortis 8c tenebrarum eriperet , 8c in regnumChrist! jam regnaturum sine dubltatione transmitteret , bene fe-cisiè laudatur : 8c ideirco suas uxtiri sibi jam légitimé íòciatar,impune, quamdiu vixerit, judicamus manere conjunctum : necob hoc contra praefatas autoritates divinas aliquatenus íèparari de-bere.

C