Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
12
JPEG-Download
 

DES SUPERSTITIONS.

14

cette pratique, auffi-bien que quelques autres dont illes accuse , est une invention du Diable , & que s’ilsne s’en corrigent, & n’en font pénitence , ils s’attire-ront la malédiction de Dieu , & celle de tous les Ca-tholiques , en cette vie & en l’autre (a).

L’Evêque Fidus, à qui l’Epître 59. de S. Cyprienest adressée, étoit dans la même Superstition que lesGrecs, & il croyoit, comme eux , qu’on ne devoitpas batizer les enfans le deuxième , ou le troisièmejour, mais le huitième , parce qu’on ne circoncisoitceux des Juifs que ce jour-là (f). Après quoi il leretire de cette erreur , & lui dit , q u’un Conciled'Afrique ou il s’étoit trouvé , en avoit juge autre-,ment (c). Ce Concile au rsste ne fit pas un nouveauDecret contre ceux qui s’imaginoient qu’il ne falloitbatizer les enfans que le huitième jotìr ; il confirmaseulement la foi de l’Eglise, qui étoit, qu’on les pou-voir batizer aussitôt après leur naissance, afin que l’aremarqué S. Augustin (d).

Enfin c’étoit une effroyable Superstition , & uneerreur extrême , que de différer le Latente jusqu’à lafin de la vie. Les Peres l’ont condamnée d’ùn con-sentement unanime , & ils ont réfuté avec beaucoupde force tous les vains prétextes dont on tâchoit de lacouvrir. 11 ne faut que voir ce qu’en ont dit S. Am-broise (e) , S. Jean Chrysostome (/) S. Grégoire deNazianze (£) , S. Grégoire de Nysse (h) , &S. Ba-sile (i). Ce dernier Père est admirable fur cette ma-tière. Dans la 13. Epître de ses Homilies morales,il exhorte les Catéchumènes à recevoir le Latente,parce qu’il est dangereux de le différer ; que sou-vent on est surpris de la mort , que fans ce Sacre-ment on n’a point de part au Royaume des Cieux,& qu’on n’est point affranchi de la tyrannie duDémon.

„ Si l’on distribuoit (dit-il) de l'or & de l’ar-,, gent , si l’on donnoit des grâces temporelles en„ quelque endroit, tout le monde y eourroit. Pour-„ quoi ne court-on pas au Latente ? Si l’on promet-„ toit de remettre toutes les dettes, qui est le débi-„ teur qui n’iroit pas en diligence recevoir l’effet de„ cette promesse? Quand il s'agit donc d’obtenir la,, rémission de ses péchés , quelle raison a-t-on de,, différer ? Si l’on est coupable de beaucoup de fau-„ tes, la grâce est promise avec plus d’abondance à

(■a) Non sunt hxc talia oítensio verse fidei, íèd adinventio Dia-boli , nec sunt firmamentum , sed destructio animarum. Proquitus omnibus, 8t aliis erroribus , nilì reíìpueritis, digne satis-feceritís , irrevocabíle anathema hic & in futuro eritis a Deo &ab omnibus Catholicis , pro quibus Christus animant suam po-suit.

( 6 ) Quantum verò (lui dit S. Cyprien ) ad causam infantiumpertinet, quos dixisti intra secundum vel tcrtium diem , quo na-tisunt, constitutos, baptizari non oportere , Sc considerandamesse legem Circumciltonis antiqu* , ut intra octavum diem eumqui natus est baptizandum Sc íácrificandum non putares.

(c) Voici ses paroles : Longé aliud in Concilio nostro omnibusvisum est. In hoc enim quod tu putabas esté faciendum, nemoconsentît , sed universi potius judicavimus nulli hominum nato

misericordiam Dei Sc gratiam denegandam.Propter quod

neminem putamus à gratia coníèquenda impediendum este ea le-ge, qus jam statuta .est, nec spiritualem Circumcisionem impe-diri carnali Circumcistone debere ; ised omnem omnino admit-

tendum esté ad gratiam Christi.Et idcirco , frater ca-

riffime, hxc fuit in Concilio nostra sententia ; à Baptismo , at-que à gratia Dei, qui omnibus misericors, benignus Sc pius est,neminem per nos debere prohiberi. Quod cum circa univeríòsobservandum sit atque retinendum , magis circa infantes ipsos 5 crecens natos observandum putamus , qui hoc ipse> de ope nostraac de divina misericordia plus merentur , quod in primo statimNativitatis futé ortu plorantes ac fientes nihil aliud faciunt quamdeprecantur.

(d) Epist. 28. ad Hieronym. Beatus Cyprianus (dit-il) non ali-quod Decretum condens novum, sed Ecclefi* fidem firntissimamservans, ad corrigendum eos , qui putabant- ante octavum diemnativitatis non esse parvulum baptizandum : mox natum ritebaptizari poste > cum fuis quibusdam Coè'piscopis censuit.

(e) L. de Esta 8c jejun. cap. ult.

(/) Homil. 4. ad Baptizand. Sc Homil, a. in 2. ad Corint. inMoral.

(g) Orat. in Baptis.

(h) Orat. in diffèrent. Baptis.

• (/) Homil. Moral. iz.

ceux qui ont plus de péchés. Si l’on a peur àtpécher , pourquoi se mettre en peine de l’avenir »puisque l’on s’est bien conduit par le passé ? Apr eSavoir vécu pour le monde , il faut vivre p° urDieu.

,, I.e Batême est la marque à laquelle on connoit lçChrétien. Il change entierement les hommes. "ne faut pas attendre à bien vivre dans fa vieillesseC’êst se mocquer de Dieu , que de lui donner I e5dernières années de fa vie , après avoit donné k spremières au Démon , au monde , aux plaisirs #aux crimes. La tempérance dans la vieillesse n’estplus une vertu, c’est la marque d'une impuissantqui ne fera point récompensée.

,, Au reste , on n’est point sûr que l’on sera enétat de recevoir le Batême ; on peut mourir subi'tement ; on peut tomber dans une maladie qui ôtela parole & le sentiment. Il est bien difficile»quand on est malade , de lever la tête vèrs le ciel >de se tenir debout , de se mettre à genoux, âeprier , d’écouter ce qu’on vous enseigne , de I ecomprendre, d’en profiter, de faire un pacte avecDieu , de renoncer au Démon. II n’y a que ^seul amour du libertinage qui puisse détournerrecevoir le Batême, parce que les loix du Christi 3 'nisme punissent sévèrement le vice, & exigent <st 5hommes une manière de vie très-reglée, &c. M 3 * 5il est difficile (dites-vous) de conserver le trésor &la grâce, & de l’innocence du Batême ? Faut-il ffuser de recevoir un bien de peur d’en être prive-Si vous veillés fur vous même, si vous êtes fidèle 5à faire la priere, à jeûner , chanter des Pscaume 5 »& â pratiquer les autres exercices d’un Chrétien»vous conserv.erés votre trésor.

Il repreíente ensuite d’une maniéré vive le' regr £tqu’auront au jour d u Jugement, ceux qui se verron cdamnés faute d’avoir reçu le Batême ; Il dépeint I edésespoir où ils seront ; & il conclut de tous ces ïï 0 'tifs, qu’il faut prom ptement purifier ses péchés P 3tle Batême.

CHAPITRE VII.

Des Superstitions qui regardent le sujet q uldoit recevoir le Batême.

C’est être Superstitieux que de batizer de t ^fans morts-nés -, des monstres -, des pers 0 ^nés qui ont déja été batizêes ; des $° rcìers , des Maléficiés , des NoBamb^ e \\ceux qui se font batizer pour lesdes enfans qui font encore dans le : f

de leurs mer es-, des animaux-, de lamorte -, la membrane dans laquelle les ^fans viennent au monde ì le nombtd _Pensant-, des images , des livre s, de t fy,laBeres ou préservatifs-, des plaques & ^caraBeres Magiques: enfin la mer-^ ^ne batize point les Cloches , & c'efi u ^erreur populaire, que de donner leBatême à leur BénédìBion .

L E Batême étant uniquement institué pour I 3 j"tification de l’homme, l’homme est lejet qui soit capable de le recevoir, & E grâce ; Ê jfiante qui y est attachée. Mais, il faut en P pj e ulieu que l’homme soit vivant. Car s’il est m ° r /’ er0 el ja décidé de son bonheur ou de son malheur e& le Batême, auffi-bien que la grâce sancH 3 d 1y est attachée, lui sont inutiles, & ne sont p u J.tout pour lui, parce que, comme dit si bien •