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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

spécifier en quelle partie du corps ils marquent leursenfans du signe de la Croix. Ils impriment fur leursenfans (dít-il) lu marque ou le fgne de la Croix avec unfer chaud , devant le Batême. Et le P. Thomas de Jé-sus la rapporte auilì (a) non seulement des Jacobites,mais de quelques autres Orientaux, excepté quil ditquon imprime ce signe après , & non savant le Ba-tême. Le P. Godigne parlant des Abiffins (h) furla foi de leurs plus anciens Historiens, dit quils fontla même pratique , de marquer du signe de la Croixles enfans après leur Batême , & quelle a été ordon-née par leurs premiers Rois. Il en rapporte mêmetrois raisons. Mais de quelque maniéré, & en quel-que tems que cela fe fasse, on ne doit pas douter quece ne soit un culte superflu , & une vaine observan-ce , qui nest ni ordonnée de Dieu , ' ni prescrite parl'Eglise, ni conforme à lusage de l'Eglise. Ce pour-roit bien être une suite de lhéresie de Seleucus &dHermias, qui rejettoient le Batême de leau, soute-nant que ce Sacrement devoir être administré avec dufeu , à cause de ces paroles de S. Jean Baptiste auxPharisiens (c) : C'c fi lui qui vous butinera dans le S .Us prit & dans le feu (d).

II. La coutume de donner des pareins & des ma-reines aux enfans que lon batize est fort ancienne.Tertullien (e), le prétendu S. Denys AréopagiteC/),S. Augustin (g), & plusieurs autres Pérès de lEgli-se , en font mention ; & Jean Mosch ( h ) parle dedeux Anges qui servirent de pareins à une fille quivouloir être batizée. Mais cela nempêche pas quilne fe soit mêlé de tems en tems quelques Superstitionsdans cette coutume. Il y a des gens , par exemple,assez simples pour croire quun garçon ne doit pas êtreparein d'un garçon la première fois quil est parein,ni une fille , mareine d'une fille , la première foisquelle est mareine, parce que sils se marient ensuite,ils seront malheureux lun & lautre , & quau con-traire ils seront heureux , si la fille est mareine d'ungarçon, & le garçon parein dune fille.

III. Il y en a dautres qui simaginent (ainsi quonla déja remarqué dans le z. chapitre du z. livre de lapremière partie de ce Traité) quil ne faut pas quunefemme grosse soit mareine , parce quou lenfant dontelle est grosse, ou celui dont elle fera mareine, mour-ra peu de tems après. Mais cette observance est vai-ne , comme la précédente & lune & lautre regar-dent la divination des évenemens & des rencontres.

IV. Les Hibernois ou Irlandois , au rapport de

(a) L. 7. p. 2. c. 7. Jacobitae , imò 8c alii ex Orientalibus,ferro candenti figuram Crucis in fronte baptizatis imprimant.

(è) L. i. de Abiffin. rébus, c. 37. Apud antiquiores historicos(dit-il) reperio ex veterum Imperatorum instituto esse apud hancgentem positum in more, baptizati pueruli in fronte quatdam iu-urere stìgmata; id verò adeo stricte observari , ut si quis absquehujusmodi signo deprehendatur , in paenam violât® consuetudi-nis, libertatem amittat , fiatque Imperatoris mancipium. Quidea indicarit frontis nota apud ejus A u tores in ambiguo est. Triapotiffimum dicuntur. Quidam affirmant, ALthiopes istos,eo si-gno, quod igné fit, credere, istud Baptiíma sufcipere , quodà| Christo conferendum ejus Prœcursor vídetur significasse , cùmapud Matthsum dixit , 111 e vos baptizabit in Spiritu stricto gc,, igné. Alii voluifie primos illos ALthiopise Imperatores , quifidem Christi ièquebantur , ut aliquod extremum signum inChristianis esset , quo ii à reliquis infidelibus , inter quos vive-bant, primo statim intuitu disccrnerentur. Alii denique, decre-visse Imperatorem Johannerrí, dictum Sctnclum , ut baptizatis in-fantibus tria statim in fronte puncta ignito ferro imprimerentur,quo miserrimís illis Arianorum temporibus augustillìm® Trinita-tis fidem literati ipsorum vultus palàm ac publics confiterentur.Quxnam ex istis íllius figni vera cauû fuerit , nequeo certò defi-nire. Primant vel secundam magis probo ; sufpecti Autoris ter-tia est.

st) Matth. 2. 11.

(<0 Philastrius Evêque de Bresse parle de cette hérésie en cesmots-, Lib. de harresib. c. f9. Illo Baptiímo nòn utuntur propterverbum hoc quod dixit Johannes Baptista : lpse vos baptizabitin Spiritu sancto 8c igné. Et S. Augustin dit de Séleucus &», dHermias : Bàptisinum in aqua non recipiunt.

(e) L. de Baptis c. 8. 8c 1 . de Coron, milit, c. 3,

/f) L. de Ecclesiast. Hierarch. c. 2 8c ï.

(?) Epist. r; ' ' . . .

( b ) In Prato Spirit. c. 214.

Cambden (t) & de Deìrio (k.) , avoient tant de vénéra-tion pour les loups sauvages, quils les prenoient pourpareins de leurs enfans , les appellans Carichrifi. Ihprioient pour eux , & ils leur souhaitoient toute, sortede prospérités , dans lesperance quils ne leur seroientpoint de mal. Mais cette vénération est un vrai sacri-lège , & une Superstition abominable.

V. II y a des. pères & des mères, qui ne pouvantélever denfans, prennent pour pareins & pour marei-nes les deux premiers pauvres quils rencontrent dansleur chemin , quils trouvent dans les hôpitaux, ouqui fe présentent â leurs portes. Les uns le sont pod fsépargner la peine daller chercher des pareins & deSmareines qui leur conviennent , & cest pareste ; - l eSautres pour se dispenser dun repas que lon donne encertains lieux aux pareins & aux mareines , au retourdu Batême, & cest avarice ; les autres enfin dans hpensée que les enfans que ces pauvres tiennent fur k sfonts baptismaux , vivront plus long-tems, & ce$une superstition qui regarde la divination des évene-mens & des rencontres. Car ny ayant nul rapp° rtentre la pauvreté ou les richesses, & la brièveté ou 1®longueur de îa vie , quelle apparence que la pauvresou les richesses des pareins & des mareines puisse^rendre la vie des enfans plus courte ou plus longue -Mais toute Superstition cessante, cest aller contre 1 ®fin que lEglise sest proposée dans linstitution d eSpareins & des mareines , que de prendre pour parei° 5& pour mareines, les premiers- pauvres qui se présen-tent , soit dans les chemins , soit dans les hôpitaux»soit au portes des maisons. Car pourquoi lEgli^veut-elle que lon donne des pareins & des marein eSaux enfans dans leur Batême , sinon afin que les eu-fans ayent en la personne de leurs pareins & de leisomareines des pères spirituels & des mères spirituel'les , qui les fassent souvenir des promesses quils orìCfaites à Dieu dans le Batême , qui leur donnent } eSavis dont ils ont besoin pour la conduite de leur& le règlement de leurs mœurs, qui leur appreni^ 1à prier Dieu , & qui les instruisent des Mystères ,notre Religion ? Cest ce qui est marqué. Dau s ,premier Concile Provincial de Milan en 1565- WDans le Concile Provincial de Reims en 1583. ( 0 )Dans le Concile Provincial de Bourdeaux , en lame année («). Dans le Concile Provincial de Tof sauífi en la même année (0) , dans le Concile Provi"'cial de Bourges en 15 84. (p) Dans le Concile P s jTvincial de Narbonne en 1G09. (q) dans une i° .nité de Statuts Synodaux. Dans le Rituel Afflh ro1sien (r) , dans celui dEvreux de 1606. Dans ee^de Paris de 1615. 1630. Sc de 1646. Dans leRomain de Paul V. (s) Dans celui dAngers de 16° JDans celui de Beauvais de i6zy. Dans celui deCh as

(t) De rébus Britan.

(k) Disquis. Magic. 1. 3. p. 2. q- 4. Sect. 7. Hiberni ^rio) silvestres lupos in magno'honore habent , 8c in Patriuossciscunt , quos Carichrifi appellant, pro eis orantes 8c bcn e Fcantes, 8c ii c fe ab illis laedi non verentur. .

(0 Tit. 2. Quse pertin. ad Baptis. admi. Fideles in ^F^áre >filiis eos potiùs eligant compatres qui eorum animse consquàm qui inopiœ subvenire poffint. Cujus officii fepi« s e ° S nu»rochus admonebit ; curabitque ut compatres taies deìigs at f ffidei 8c morum ratione suícipiendo muneri íàtisfacere polu^ c í

(m) Tit. de Bapt. n. 3. Parochus moneat íùíceptores , ^pro suscepto ípon&res esse, itaque eos obligari cùm

dultam œtatem perrenerit, eum docere fidei rudimentá leU . â ] e at >bolum , ut saltem èjus verba memoriâ teaere 8c recitar enisi id à parentibus praestari possit. ; os-

(n) Tit. 9, de Baptis. Admoneantur susceptores 8c psss a e-ficii fui este , si id parentum opéra minus prsestari pofìit> fp ì0 -rum , qui Christo per Bàptisinum gignitur , cùm P r ' rr,un J c) fesi^iiis usum habere cœperit, tam Baptiími suffiepti, quàm F

in Baptismo fidei admonere, íìmulque providers > ut , lt \-r 0 Í 0 &fidei elementis , verique Dei cognìtione 8c. cultu catho 1tuatur, 8c moribus Christanis informetur.

(0) Tit. 6. de Baptis.

(p) Tit. 19. Can. 6.

lq) C. 14.

(r) Tit. de Sacram. Baptis

(s) Ibid,