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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES S U P E R S T I T I O N S.

indubitables de dignité qu’elle en a, ainsi que parlesaint Bernard (a). Il faut que le culte que l’on rendà la Reine des cieux soit raisonnable, qu'il soit ac-compagné de discrétion, qu’il soit réglé par la pru-dence, dit le même S. Bernard (b). Mais quelle rai-son, quelle discrétion, quelle prudence peut-il y a-voir à ne pas donner le nom de Marie à une fille?Toute l’Eglise est dans une pratique contraire, & ily a quantité de filles dans le monde qui font gloi-re de porter le nom de Marie, & qui par cette consi-dération croyent être plus étroitement obligées, quecelles qui ne le portent pas, d'imiter les vertus decette très-Sainte créature, & de se rendre dignes del’honneur de fa protection par leurs bonnes œuvres.

XI. Je ne sai auísi s’il n’y auroit point de Supersti-tion à donner aux enfans des noms d’Anges ou d’hom-mes , que l’on prétendrait avoir été Saints, & qui nele feraient pas, ou des noms de femmes que l’on pré-tendrait avoir été Saintes, mais qui n’ont jamais été,& qui ne subsistent que par un abus introduit dansl’Eglise depuis quelque tems. Pouroit-on, par exem-ple', fans superstition, donner à un enfant le nomd ’TJriel, après que le iz. Concile de Rome fous lePape Zacharie en 745. a déclaré (c) que c’étoit le nomd’un Diable; & que Charlemagne & Louis le Dé-bonnaire son fils, dans leurs Capitulasses (d ), que Haï-ton, Evêque de Baie, dans son Capitulasse (e ), &que le Concile d'Orléans cité par Burchard, Evêquede Wormes (f), n’ont reconnu que trois bons Angesque l’Eglise invoque dans ses prières & dans ses Offi-ces: savoir S. Michel, S. Gabriel, & S. Raphaël,ainsi que je l’ai fait voir dans l’Epître dédicatoire de,ma Dissertation De retinenda m Ecclefiaflicis libris voceParaclit us?

N’y auroit-il point encore de Superstition à donnerà des filles les noms de Michelle , de Gabrielle & deRaphaelle , de facquine , d ç Thomine , de Macine , ouMacette , de Paulete , de Barthelemie , d’uíndre'e , dePhilippotte , & de semblables prétendues Saintes, dansla pensée, ou qu’il y a différence de sexes parmi lesAnges & parmi les Apôtres, ou qu’il y a eu des Sain-tes canonisées, ou reconnues pour Saintes, qui ontporté ces noms? Cependant je ne trouve aucun de cesnoms dans le s Martyrologes des Eglises. . Pourquoidonc les donner à des filles? Les Instructions Syno-dales de M. Godeau Evêque de Grasie & de Vence,le défendent en ces termes fy). Nous défendons auxPareins & aux Mareïnes d? imposer aux filles des nomsqui ne fònt que des diminutifs de Saintes, fans qu aucuneSainte fe trouve avoir été ains appellée. Il y a deux rai-sons principales pour lesquelles on impose des noms deSaints ou de Saintes aux enfans dans leur Batême ; afinqu’ils puissent imiter leurs vertus, & avoir leur pro-tection auprès de Dieu. Les Conciles & les Rituelsnous marquent ces deux raisons. Le 4. Concile Pro-vincial de Milan en 1576. {h) & le Concile Provinciald’Aix en 1585. (i) Le Rituel de la Province deReims en 1585. (k) Le Rituel d’Evreux de M. leCardinal du Perron (/). Le Rituel d’Angers de i 6 z 6 .

(а) Spist- 174 - Virgo regia falso non eget honore, veris cumu-lata honorum titulis, infulis dignitatum

( б ) Ibid. Honor reginx judicium diligit. '

(c) Act. 3.

(«') L. 1. c. ,6.

00 C. 1 9 - .

(f) L. 3. Decreti c. 198.

(g) lit. 4. c. 3. n. 6 .

(/>) Constit. p. 2. Tit. 2.

(i) Tit. de Baptis. Sacram. Curet Parochus ut infantes, cùmxtate proceíïèrint, nominum fimilitudine ad eorum à quibus illain Baptismo accepta sunt, imitationem excitentur; & prxtereaquos imitari studeant, eosdem quoque frequentius precentur, acsperent eos potiíïìmùm fibi ad salutem, tum animi, tum corpo-ris advocatos fore.

( k ) Fol. 4^ Sacerdos non patiatur imponi nomen ridiculum,gtc. Sed tantum nomen Sancti aut Sanctx alicujus celebris in Ec-clesia, cujus patroemio juvari, gc exemplo ad pietatem provoca-ri poílit.

(í) P. 1. de Sacram, Bapt. c, 1. §. i, n , Sciant fidelesma-

(m) Le Rituel Romain de Paul V. celui de Rouen &celui de Chartres de 1640. celui de Meaux de 1645-celui de Paris de 1646. celui d’Albi & celui de Bolo-gne de 1647. celui de Châlons fur Marne, & celuide Malines de 1649. celui de Clermont de 1658. ce-lui de Troyes de 1660. & celui de Mayence, deWormes, de Wirsbourg de 1671. (n) & le dernierRituel de la Province de Reims, de 1677. (o)N°t redernier Concile ordonne , (dit-il) qu on impose a l’enfant ^

nom

d’un Saint, ou d’une Sainte , selon son sexe , ttfbt'qu il en puijfe imiter les vertus , A- ressentir les effets dfifa proteElion auprès de Dieu. Or comment des fiH eSpouront-elles imiter les vertus, & esperer la protectiondes Saintes qui ne sont point, qui n’ont jamais été»& qui ne sont ni canonisées, ni reconnues de l’Egl>^pour Saintes, telles que sont sainte Michelle, fiid sGabrielle, sainte Raphaelle, sainte Thomine, sainte P^'lipote, & les autres. Pour attendre leur protection dfaut qu’elles les prient. Et n’est-ce pas un faux culte»& un culte pernicieux, que de prier des Saintes 4 UÍn’existent point s Ne donnons point indifféremmentaux enfans ( dit S. Jean Chrysostome) (p) toutes for-tes de noms,ne leur donnons point ceux de leurs 3 °'cetres, ni ceux des personnes qui ont été illustres P arleur naissance; mais donnons leur seulement des nom Sde Saints qui ont éclaté en vertus, & qui ont eu beau-coup de confiance en Dieu. Sainte Michelle, sain teGabrielle, sainte Raphaelle, sainte Philippotte, sai sltîChristophléte, sainte Georgette, sainte Antoinette»sainte Guillemette , & tant d'autres, n’ayant jamais exis-té, elles ne sauraient être du nombre de ces Saintsdont parle ce grand Archevêque de Constantinople.

A cela on dit ordinairement, que le hombre dç SSaint & des Saintes étant innombrable & infini, (q) dy en a beaucoup d’autres que ceux ou celles dontnoms fe trouvent dans les Martyrologes de l’Eghf e ’& qu’ainsi il peut y avoir des Saintes qui se nommesMichelle, &c. Philippotte, &c. Georgette, &c.quoique le nombre des Saints & des Saintes soit in-nombrable & infini, quoiqu'il y en ait beaucoup fil-tres que ceux & celles dont les noms fe trouvent d aI,îles Martyrologes de l'Eglise, il ne s'enfuit pas P° uscela qu’il y ait des Saintes qui fe nomment Aíichd‘ e>&c. Philippotte, &c. Georgette, &c. on n’en a p 0 * 11 *'de preuve précise, & en matière de faits ce n’est P aSraisonner juste que de raisonner sur un peut-être , ni mun il fe peut faire. Autrement il n’y auroit pointnom profane , payen, ridicule, impertinent, mi Nrieux, infâme, exécrable qu’on ne pût donner alJenfans dans leur Batême, par la raison qu’il y poB'JÎavoir des Saints de ce nom, bien qu’il n’en fût rss st ddans les Martyrologes de l’Eglise. Les Conciles n ean *moins & les Rituels défendent de donner de cesde noms aux enfans dans leur Batême. s

On fait encore une autre objection & on dit» Hles filles qui portent le nom de Michelle, &c. de ' flippotte, &c. de Georgette, &c. ne croyent p aS .cela qu’il y ait une Sfe. Michelle, &c. une Ste. P ' 31 f,potte, &c. une Ste. Georgette, &c. mais qu’ell^, ,connoissent seulement pour leurs Patrons, S. M * 1 j £ pS. Philippe, S. Georges, ou les autres Saints ave ^ u els

ximè decere ut nomina Sanctorum filiis fuis imponatit,mitari studeant, precenturque ,& sperent sibi advocatos aad saluteni tum animi, tum corporis consequendam. pfO'

(m) Tit. eod. Caveat Sacerdos ne infantibus imponan t<jfU 0»fana nomina, sed tantùm Sanctorum ab Ecclesia recep ^ e \ c sSanctarumve, prou t scxui conveniet, quorum exernp 115

ad piè vivendum excitentur, & patrociniis protegantur. r> V-

(n) Quorum exemplis fidèles ad piè vivendum cxcitpatrociniis protegantur.

(1 0 ) P. 16. . eus -"".

(f) Homil. 20. in Genes. Nos neque quxvis nommadamus, neque avorum, abavorum, Lc eorum qm g . v irtut 1 'fuerunt, nomina ti'ibuamus : sed Sanctorum virosutn S rn _bus fulserunt, plurimamque erga Deum habuerunt Q pc>

(q) C. 7. Vidi turbam magnam quam dmumerare

terat.

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