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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES

S U P £ R S

T I T I O N

S.

lon batizoit solemnellement la veille de Pâques , nà-Voient qu'un nom , & quaprès que lEvêque avoirdemandé à chacun, Guis vocarìs , Quel est votre nom?Les Pareins ou les Mareines répondoient pour eux,Jean , Pierre, ou Marie : ReJpondet , Joannes . . .Siniiliter Petrum dr Mariam.

4. Les enfans avoient autrefois plusieurs Pareins.Ls en avoient jufquà quatre dans le 15. siécle. Dansle dernier siécle, les garçons en eurent dabord trois,Puis deux, & une Mareine; & les filles un, & deuxMareines. Le Concile de Trente (a ), a réglé quunlèul Parein ou une seul Mareine suffisoit, ou tout auplus, un Parein & une Mareine. Mais dans le temsssuil falloir plusieurs Pareins , les enfans navoientssu'uu nom , & sil sen trouve quelques-uns qui ena yent eu deux , ce na été que pour les mieux distin-guer de leurs frères, qui avoient le même nom queux.

Les Gentils hommes font les premiers qui ont com-mencé à avoir plusieurs noms. Les Allemans nous enfournissent des preuves. Parmi les Gascons (dit enco-re M. de la Roque (b) ) cela se remarque en la maisonComtes de Foix , de quoi il y a exemple en Gafton^hébus , en celle des Sires d'Albret , Gaflon Amanjeu ,

6 Pierre Ernaut chez, les Seigneurs de Aíauleon. LesRegiflres de la Chambre des Comptes nous en fournijfentp} des exemples dans le compte de Barthelemi du Drach,**éfirier des guerres des annees 1359. & 1340. Arnaut-Çjfillaume de Montlefun , Comte de Perdiac , Bernard-jourdain de Montlaur , Ecuyer , Banneret , Raimon-Guillaume de Cafiac , dr Arnaut-Guillaume de Peruce.à dans un autre compte de 1428. dr 1429. RaimonArnaut de Courouze , Chevalier , dr Arnaut-Guillaumede Gourgan , y font compris. Cet abus sest introduitensuite dans le Tiers-Etat , par une sotte vanité,on a affecté dimposcr deux noms aux enfans , parcequ on a cru que cela leur donnoit quelque relies, &quelque air de noblesse. On a poussé la chose plus0l u. On ne s'est pas contenté de donner deux nomsail x enfans , premièrement des Gentils-hommes, &e ufuite des roturiers, on leur en a donné jufquà dou-* e & treize, comme o® vient de lobserver ; & je ne*foute pas quun de ces jours il ne prenne envie àQuelquun de leur en donner cent , pour la rareté duait. Mais si S. Ambroise a dit (c) dAuxence , E-^eque Arien , qui se fit appeller Mercure , quunhomme qui a deux noms est une espèce de monstre;que nauroit-il point dit à ceux qui en ont douze,* ïe ize, & même davantage, sil sen sût rencontré de0tl tems qui en eussent eu en si grand nombre ?

j XV. Comme les Protestans affectent de donner à!j rs enfans des noms de lancien Testament , Adam ,

^ r aham , Melchifidech , Isaac , Jacob , Ismaël , Na-podomjor , Gédéon , Jephté , Samuel , Rachel , Re-, Sara , Esther , Judith , Débora , drc. cela a?ugè beaucoup d'Evêques de défendre aux CurésJ. ^revoir ces fortes de noms au Batême. Les Con-tìi 1 Provinciaux \ les Statuts Synodaux, Lc les Ri-

7 h de divers diocèses , en rendent bon témoignage.

^Concile Provincial de Bourdeaux en 1583. (d) a-dej S av °* r à que les Hérétiques affectent les nc ~ *^ saints Pères de lancien Testament , ordonne

ç *«uts veres ae 1 ancien 1 eitament , oraonne auxhrés sse représenter à ceux qui affectionnent ces, que la grâce & les lumières du nouveauTesta-ç etlt étant beaucoup plus abondantes, il est aussi beau-.j°hp plus convenable dimpofer aux enfans des nomsfoints Apôtres, des Disciples de Jefus-Chríst, &

(Í) H- de Reformât. Matth. c. r.

(c) n f ^ ne à Noms, &c. c. 28.

de non tradend. Basilic. Unum portentum est duo no-

T^. 9. de Baptis. Nomina sanctorum Patrum veteris Tes-íH 0tl g laffe ctare, lixreticorum est. Quocirca Parochi seriò ad-hujusmodi nominum cupidos , ut quo majori gratia 8cCe tiu e Novuni Testamentum prxstat Veteri : sic longé esse de-a ii° r urn lanctorum Apostolorum & Discipulorum Christi . atquetibu S ; > c ì ui eorumdem sanctitatem imitati sunt, nomina infan-uiponi.

des autres Saints , qui ont imité leur sainteté. LeConcile Provincial de Bourges en .1584. (e) ne veutpas que lon donne aux enfans des noms qui sententle Paganisme ou le Judaïsme , mais seulement desnoms qui conviennent à la profession de Chrétien. LeConcile Provincial de Mexico en (f) enjoint

aux Curés des Indes de ne pas imposer aux enfans desnoms tirés du vieux Testament , mais des Saints dunouveau , auxquels ils ayent beaucoup de dévotion.LEglise Gallicane , assemblée à Melun en 1537. (g)sétoit expliquée fort clairement fur cette matière avantces trois Conciles Provinciaux. Les Statuts Syno-daux du diocèse de Besançon en 1604. (h) sexpli-quent de même. Les Constitutions Synodales de S.François de Sales, & de M. dArenton dAlex, Evê-ques de Géneve (i) , disent dans le même sens : Onn imposera aux enfaus autres noms que ceux qui font enusage entre les Catholiques. Les Statuts du diocèse deLimoges en 1619. (kst Touchant limpofition des noms ymus rejetions tous ceux qui font ajfeílés par les héréti-ques , enjoignant a tous Prêtres dr Curés de n imposer au-tres noms aux enfans , que ceux qui font usttés entre leiChrétiens dr Catholiques. Les Statuts du diocèse deCahors en 163 8. \{l) Enjoignons aux Recleurs de réim-poser autres mms aux enfans , que ceux qui font usitésentre les Chrétiens & Catholiques. Les Statuts Syno-daux du diocèse dOrléans de 1664. (m) que les nomsdonnés au Batême ne sentent pas le Judaïsme 8cc. LesStatuts Synodaux du diocèse dAgen en 1673. (n) Ondonnera aux enfans des mms de Saints connus dr honorésdans l'Eglist , non de l'ancien Feftament , afin de lesdistinguer des hérétiques. Et les Ordonnances Synoda-les du diocèse de Grenoble (s) : Nous défendons auxCurés de donner aux enfans des noms qui font ajfeêléspar les hérétiques , ou autres qui ne font usttés parmi lesChrétiens , dr parmi les Catholiques , s'il n'y a des Saints tou des Saintes qui ayent porté ces noms. Les Rituels neparlent pas autrement. Ceux de Paris de 1615. (p)

& de 1630. {q) disent : Ici prenne garde le Prêtre dene recevoir le Parein ou la Mareine à bailler aux enfansqui font d butiner des noms qui rejfentent lusage des hé-rétiques , qui se servent des mms des noms de / ancienneLoi , comme de Jephté , Melchisedech , Jacob , Israël ,Débora , Judith , Esther , dr autres semblables. Celuide Paris 1646. (r) celui de M eaux de 1647. (j) ce-lui de Châlons fur Marne de 1649. (t) 8c celui deTroïes de 1660. (v) Ne recevoir que des noms de

Saints

(e) Tit. 19. can. 4. Nomina tantùm Christian® professioniconvenientia in Baptismo imponantur, ne Paganismum , vel Ju-daïsmum Christianus redoleat.

(/) L. z. Tit. 16. §. f. Indorum Parochi infantibus in Baptissmo nomina ne imponant ex Testamento veteri deíumpta, sed exSanctis novi Testament! , quos íumma devotione proíèquendosproponant.

(g) Voici comme elle parle : C. de Baptis. Non admittantur inBaptismo nomina turpia, ridicula aut profana, minus autem Ju-dai'ca. Hoc Judasis 8c haareticis relinquatur , qui suos silios vo-cant Nabuchodonoíòres, 8c Nabuíàrdanos, filias veto Sarras, Re-beccas. Honestiora 8c pietatem Christianam magis redolentiaíimt nomina in Ecclesia Catholica hucusque recepta.

(h) Tit. 11. Statut. 6. Ne adversarios fidei nostrae imitari vi-deamur , quorum ne quidem phrasibus uti ex veteris statuit Dé-crété» licet, Parochos omnes 8c alios quoscumque, quos deincepsSacramentum Baptismi conferre contigerit, monemus 8c adhor-tamur , ne Ethnicorum 8c Judasorum nomina , fèd Sanctorumimponi patiantur.

(i) P. 4. Tit. 9. 13.

(k) C. 10. n. n.

(0 C. 4.

(m) Tit. 3. n. 14. Curent Parochi ne nomina qu® in Baptismoimponuntur, Judaïsmum redoleant , nec his stnt lìmilia qu® abh®reticis affectantur.

(») Tit. 19. n. j.

(o) Tit. 6. art. 3. n. 16.

(p) Fol. 14. vers.

(q) Fol. if. vers.

(r) P. 12.

(r) P. 13.

(r) P. 14.

(v) P. 14. Caveat Sacerdos ne profana nomina baptizandis im-ponantur, sed tantùm Sanctorum novi Testa menti ao Ecclesia re ;ceptorum, Sanctarumque.

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