DES SUPERSTITIONS*
fois le corps d’un jeune Novice qui avoit été mis dansle tombeau , donna de fa propre main la divine Eu-charistie aux parens du défunt, leur enjoignant de lamettre avec grand respect sur son estomac, & de l’en-terrer en cet état ; & qu’après avoir exécuté ce que leSaint leur avoit ordonné , la terre retint le corps duNovice , & ne le rejetta plus comme elle avoit sait
mpâravant.
Amalaire, Diacre de l'Eglise de Mets, rapportes)Un passage du vénérable Bédé, qui montre clairement^u’aux obsèques de S. Cuthbert, Evêque de Lindis-farne en Angleterre , on lui mit le S. Sacrement furl’estomac, & on l’enterra ensuite avec ce précieux dé-pôt. Après quoi il ajoute, que telle étoit la coutu-me de l’Eglise Romaine , que les Anglois avoient pûéprendre de S. Augustin disciple de S. Grégoire leGrand, & premier Apôtre de leur Nation. Mais ilf a long-tems que cette coutume est disparue , & jecroi qu’il v auroit aujourd’hui de la Superstition à la^mettre (sur pie. C’est assurément pour cela queIWi Ange du Noyer, Abbé du Mont Caffin, assu-
(b) qu’elle a été sagement abrogée par les Pérès quifont venus depuis S. Benoît, & que celui qui la vou-•Wt rétablir présentement , passerait pour mauvaisCatholique auprès des Inquisiteurs de la Foi. AussifUe paroit-elle être venue de la cérémonie Payenne demettre une piéce de monnoye dans la bouche desmorts, pour payer le naulage à Charon, qui fans celaUe leur eût pas fait passer le Cocyte dans fa barque.Juvénal parle de cette cérémonie.
XVIII. Si l’on abuse des hosties consacrées pourdiverses Superstitions, on abuse auíïï de celles qui nefont pas consacrées. Le P. Cusanus, Jésuite dans sesInstructions Chrétiennes Çd ), met en question Si U cou-tume qu’aucuns observent de porter aux petits enfans mehostie qui n est point consacrée , & de la leur donner ,comme fi c étoit le S. Sacrement , est louable ? Et il ré-pond , Qu’elle n est guéres assurée. Car pensant adorerï)ieu , Us adorent le pain , qui est une Vraye Idolâtrie.
H pouvoit parler plus juste j & la condamner posi-tivement comme Superstitieuse* Mais il én a dit as-* ez lorsqu’il l’a traitée de vraye idolâtrie , qui est tinetspéce de Superstition, comme nous l’âvons fait voirdans la première partie de ce Traité (e) : & non feu-lement un péché , mais le plus grand péché qu’oriPuisse commettre contre Dieu , dans le sentiment de^ Thomas (/)*
On peut encore abuser des hosties Hon consacrées enPlusieurs maniérés, i. En les donnant £ des Fébrici-ta ps afin de les guérir , ce qui se pratique quelque-, si nous en croyons Mayolus (g ), & voici corn-ant ’• On prend trois hosties non consacrées ; on écritmr la première , Cualis est pater &c. Sur la secon-de • .... Et sur la troisième &c. Puis on les don-^ ì manger aux malades*
2. En les donnant à d’autres malades qUì ont desnausées, ou des maux d’estomac , ou qu’on ne creitpas avoir assez de connoiffance pour communier , decrainte qu’ils n’exposent â quelque irrévérence unehostie consacrée qu’on leur donnerait.
C’est ce qu’on pratiqua à F égard de Maurice Evê-que de Paris , dans la maladie dont il mourut. II a-voit un transport au cerveau. Dans cet état il deman-da le saint Viatique avec beaucoup d’instance. Ceuxqui étoient auprès de lui n’osant le lui faire donner àcause du peu de bon sens qu’ils lui trouvoient, obli-gèrent un Prêtre de lui apporter avec les cérémoniesordinaires une hostie non consacrée. Auffi-tôt qu’ilapperçut le Prêtre , il lui dit d’une voix intelligible :Otez, ôtez ce que vous portés, ce n’est pas-là monSeigneur & mon Dieu : Toile , toile , non est DominusDeus. Ce qui ayant surpris toute Faffistance, le Prê-tre s’en retourna à l’Eglise, prit une hostie consacrée*& l’apporta à l’Evêque , qui la reçut avec beaucoupde piété & de respect , & mourut ensuite pleinde foi & de charité. Cesaire d’Heisterbach, qui ra-conte cette Histoire (h) , en ajoute une autre à peuprès semblable dans le chapitre suivant. ,, Un en-„ sant (dit-il) frère de Endosse & de Henri, Moi-„ nés d’Heisterbach , étant malade, demanda avec„ beaucoup d’empressement à communier. Ses Pa-„ rens allèrent trouver leur Curé > qui leur dit, qu’il„ n’y avoit pas de sûreté à donner le corps de Jesus-,, Christ à un enfant qui ne favoit ce que c’étoit :„ mais qu’au lieu de cela il lui porterait une hostie,, non consacrée. Il lui en porta une en effet ; máis„ comme il vouloit la lui donner, & qu’il lui disoitj„ Voici le corps du Seigneur , Pensant répondit * Pour-,, quoi voulés-vous me tromper ? Cé n’est pas le,, corps du Seigneur que vous me présentés s de quoi„ le Curé étant extrêmement étonné , il lui donna la„ sainte Communion, qu’il reçut avec assez de piété ".Cet Auteur ne condamne pàs la conduite de ce Curé*ni celle du Prêtre qui imposa à Maurice Evêqtìe deParis. Mais il est certain qùe l’une & l’autre est ré-préhensible , parce que l’une & l'amre donne lieu àlTdolatrie. Ce qu’on fit à Hugues de S* Victor étantprêt de mourir, y donne auffi lieu. On lui présentaune hostie non consacrée pour la lui faire prendre à laplace dé lá divine Eucharistie j parce qu’il avoit unMal d’estomac qui lui causoit un vomissement* MaisDieu lui ayànt fait connoître cette fraude , il priaqu’ón lui apportât le saint Viatique. Comme on lélui eût apporté , sentant qu’il ne ìè pouvóit avaler,il demanda à Dieu que le Fils montât à son Père, &le serviteur à son Maître ; & auffi-tôt la sainte hostiedisparut, après quoi il rertdit famé. S. Antonio rap-porte cet évenement extraordinaire (i).
j. On peut abuser des hosties non consacrées en lesdonnant au lieu de F Eucharistie à des personnes
L. 4. de divin. Ôfïxc. c. 4t. Dominus Beda ( dit-il ) fcrìbit„ c exe quii s sancti Cuthberti : „ Postquam sanctai memoriaí>, j^hbertus Epifcopus obiit in via Patrum, à navigantibus ad>i ç - u hm nostram delatus, toto corpore Ievatus, capite íùdarios> jj lrc umdato , oblatâ super pectus íánctum poiìtâ , vestimento», v, aCer éotali indutus , in obviam Christ! calceamentis fuis pr*-,, , in sindone cereata involutus , animam habens cum
ítt „ isto gaudentem ”• Non est dubítandum quin ipse mos es-Romanam Ecclesiam in hac re , qui apud Anglos fuit,cum ex illa primum Epifcopum Augustinum haberentî c 5 l 'Saxones, & eo tempore quando celeberrima fuit Romana(A\ la P r opter auctoritatem doctislimi ejus Epifcopi Gregorii,fwNot. ad c. 14. vit. Benedicti, ex 1 . 2. Dialog. S. Gregor.
confuetudinem prudentiffimè abrogarunt posteriores S.ïu Pâtres : ita ut nunc malè audiret apud fidei Quíeíitores,(*ì°p r ° xvo stuid auderet.
* ces termes; Satyr. 1.
At tlle
jam seilet in ripa > tetrumque novitius horretF ortbmea , ne c fperat c&nofi gurgitis alvum* r ‘selix , nec habet quem porrigm ort trientm.
£0 3. p. r -
(e) t F ' c - 5-
Q\ r ■ t ì-, 94 - art. 3. in corp.
" Su PPlem. Dier, Canicul. collot}. Z;
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(h) L. 9. iiíustr. Mirac. c. 43. Quare WS vuîtis decipere ? Noriest corpus Domini quod mihi offertis.
(i) En ces mots; z. Chronic. tit. 18. c. 1. Dicitur de Hu-gone de fancto Victore > quod cum effet irifirmatus ad mortem tgc ita effet stomacho alteratus, quod tiullUtn. cibum poterat reti-nere : fnandavit fratribus fuis , qui ei adstabant innrmo, ut sibiafferrent venerabile Sacramentum , ex quo in brevi erat ad Do-minum migraturus. Timentes autem àtr^ vomitum., gt perconfequens irreverentiam tanti Sacramentt , U ex parte altéra no-lentes eum contristare in denegando quod tam constanter & de.vote postulabat. consilium inierunt nofí falutiferum : vidât uthostiam non confecratam ei afferrent : ut eam evomendo nomíèquetetur irreverentia Sacrameriti. Deferentibus ìgitur eis hostiamtìon confecratam cum folemnitate & ceremonus qua defertur Eu-charistia infirmis , Dei Spiritus révélante detexit fimulationemeorum díceris ì Quid est quod facere voluifkis , fratres mei ?
Ouate itìe decipere voluiítis ? Iítud non est: corpus Domini" âj Ite igitur fecuri & afferte verum corpus Domini mei,
quiâ fcandalum nullum evemet Domino opérante”. Qui ad-vertentes fe deprehenfos veniam petierunt, Lt stduciam su m entesin eo, qui ei occulta revelaverat, attulerunt ei verum Sacramen-tum. Qui cernens fe illud non posté sumere stomacho dedigna-to, ait, j, Ascendat Fìlius ad Patrem fuum 8c fervus ad Dorili-,, num fuum ”. Quibus dictis Eucharistia difparuit, feu ípefiefjlla, & ipse vir sauctus Deo suo spiritum reddidit.
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