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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

paroissiens de l'Eglise de notre Dame de Chalons , qui pâ-lissent un peu suspects & intéressés dans la cause j &qui par conséquent ne méritent pas beaucoup de créan-ce. A quoi j'ajoute, que sil est vrai que le Nombrilde notre Seigneur soit à Rome , ainsi qu'il est clairpar les deux inscriptions que le P. Rapine rapporte ,Tune de Jacques de Voragine (a ), & de Pierre de Na-talibus ; lautre de Nicolas Caffianus , & quil ditêtre à la Chapelle de S. Jean de Latran, appellée San-fla Sanélorum , si, dis-je, cela est vrai , on ne croirapas fans peine quil y en ait une parcelle à Chalons,puisque ces deux inscriptions parlent de tout le Pré-puce , du Prépuce tout entier , & non dune de sesparcelles. La premiere porte :

Circumcija car o Chrifii , fandalia clara ,

Atque TJmbilici viget heic prœcifo cara .

tt la seconde est conçue en ces termes : Vera caro Do -mini nostri Jefu Chrifii , sálicet XJmbilkus & Prapu -Hum ejus.

IX. La Messe de la Robe fans couture de notre Sei-gneur paroît un peu plus autorisée que les trois pré-cédentes. Car il est hors de doute, puisquei'Evan-gile le témoigne (b) , que notre Seigneur avoit uneRobe sans couture. Quelques Interprètes de l'Ecri-ture sainte , & le Cardinal Hugues de S. Cher entreâ Utres (c) , ont cru que notre Seigneur avoit cinqRobes lorsqu'il fut dépouillé par les soldats , à causede ce qui est dit dans S. Jean (d) : Que les Soldatsayant crucifié Jésus , prirent ses vêtemens & les divife-rent en quatre parts, une pour chaque soldat , gs qu ilsprirent aujfi la Tunique qui étoìt fans coutute , étant tou-te tijfue depuis le haut jusqu en bas . Mais ils ne lontpas assuré positivement, parce que ni les Evangélistes,ni les saints Pérès ne décident rien-dessus. Cestpourquoi Euthymius (é), Maldonat (f), Erasme Q),& plusieurs autres Interprètes , soutiennent que notreSeigneur navoit que deux T uniques , une de des-sus , qui étoit fans couture , & qui fut jettée aufort, & une de dessus qui avoit des coutures, & quifut partagée.

II ne sagit pas ici de la Tunique extérieure de no-tre Seigneur , mais de P intérieure, qui étoit assuré-ment plus précieuse , & plus digne que lextérieure,°b dignitatem contaclus , parce que notre Seigneur la-Portée a cru , & quelle a contracté une excellenceParticulière par lattouchement de son humanité sa-Cr ée. On demande si elle est venue jusquà nous,^ ou elle est aujourdhui.

Calvin (h) croit qu'elle est à Trêves , & Brové-[, Us (i) témoigne qu'il y a environ 400. âns que Fe-Ix > Archevêque de Trêves ly a découverte , & la* e ndue célébré. Serranus (k) dit que Jean Diacre,,7 e les autres Auteurs qui ont sait le catalogue des Re-lues de lEglise de S. Jean de Latran , y mettent^ ne Tunique de notre Seigneur, laquelle étoit de lin,ç fort petite. Santarel (l) dit auísi que la TuniqueJ? ns couture de notre Seigneur est a S. Jean de Latran.y^sin Calvin (m) rapporte qu'il y en a une à S. Sal-^or en Espagne. Les Bénédictins dArgenteuilCr °yent au contraire quil ny a queux seuls qui

ayent cette T unique, & ils ont fait faire deux livresexprès pour le prouver. Le premier est , lHistoirela Robe fans couture de N. S. Jefus-Chrifl qui efl révé-rée dans l'Eglise du Monastère des Religieux BénédictinsdArgenteuil, par Dom Gabriel Gerber on , R. B. de laCongrégation de saint Aiaur. La z. est une Dijficrtationfur la sainte Tunique de As. S. J. C. qui est conservéedans le Prieuré dArgenteuil. Par Ai. Gabriel de Gau -mont , Prêtre Seigneur de Chevames.

Le premier est plus exact que le second ; mais ilsfont tous deux farcis de tant de faux raisonnemens, &de preuves si foibles , qu'il ne faut quun jugementun peu droit, & une érudition médiocre pour en dé-couvrir les défauts. Je nentreprens pas de les réfu-ter ici ; je me contente seulement de faire voir quemalgré tous les efforts de ces deux Ecrivains, ónpeutdouter raisonnablement que la Tunique sans couturede notre Seigneur soit à Argenteuil.

1. II ny â nul ancien Auteur , nul Auteur dignede créance , qui dise ce que de vint cette T uniqueaprès que les Soldats eurent jetté au fort à qui Tau-roit , ainsi que le rapporte S. Jean dans son Evan-gile (n).

2. Grégoire de Tours , qui mourut lan 596. ra-conte (s) que de son tems elle étoit dans une chasséde bois , dans une Crypte bien profonde de lEglisedes Archanges , dans une ville de Galacie, à 150.mille de Constantinople. Mais il ne le dit que furun bruit commun , ferunt ; il ne nomme point cetteville de Galacie, In cìvitate Galatheœ ; & on ne trou-ve nulle part ailleurs quil y ait eu en Galacie une E-glise appellée des saints Archanges. Quoiquil ensoit , supposé que cette Tunique sut véritablement 'dans cette ville de Galacie , elle ne pouvoit pas être

à Argenteuil fur la fin du sixième siécle. Commentdonc y a-t-elle été apportée depuis ? Cest ce quonne dit pas , & quon ne sauroit dire au vrai ; & jemaffure que si S. Charles Borromée avoit examiné laTunique dArgenteuil , il ne lauroit pas traitée plusfavorablement que toutes les Reliques incertaines quilfaisoit enterrer. On peut voir ce quil a ordonnétouchant Texamen des Reliques , dans son 4. ConcileProvincial (p) de lannée 15 7( 5 . & en le voyant onconclurra fans peine que la Tunique dArgenteuil de-vroit être cachée, plutôt que dêtre exposée à la vé-nération publique.

;. frédégaire (q) » qui écrivoit environ Tan y601Aimoin (r) , Herrnan 0) , Moine de Richenaw,Sigebert (t) , T Abbé d Ursperg (v) , & beaucoupdautres Historiens , rapportent quun Juif, nomméSimon , ou Siméon , trouva la T unique fans couturede notre Seigneur vers Tan 594. dans la ville de Za-phat, proche Jérusalem, êc quelle sut ensuite trans-férée à Jérusalem par Grégoire , Patriarche dAntio-che, par Thomas, Archevêque de Jérusalem, &parJean, Patriarche de Constantinople. Elle nétoit donc xpas dans une ville de Galacie , comme le dit Gregoi-

re de Tours , mais à Zaphat

ou elle étoit cachée,&

f?) Loc. cit.y) Johan. 19. 23.

p) In c. 17. Matth. ad illa versa, & super Vestem meam.&c.vO Cap. 19. 23. Quia ta ra en (dit ce savant Cardinal) supersnì textUs nihil déterminât, nec Sancti super hoc alicubi, mliildefinire prsesumimus.

In Matth. 27. 35.y) Ibid.

hti 1 ^d. Duas vestes fuisse constat ex Evangelio (ditÉrasme)tur. S etl * rn constat unana vestem consutilem fuisse divisam in qua-T.P art es.

r-J .Traité des Reliq.

)À Annal. Trevirens. ad an. 317.fid de 7. verb. Eccles. p. 20.

(î»\ r de Jubilaeo c. 17. n. 3. St 8.

Loc. cit. '

(rf) G. 19. 23.

(0) L. 1. Mirac. c. 8. De Tunica beati corporis non cohsutili(dit-il) desuper contexta per totum , ferunt in civitate Galatheas,in Baíilica quaî ad sanctos Archangelos vocitatur , retineri. Estenim hxc civitas ab urbe Constantinopolitana quaíì millibus een-tuxn quinquagínta. In qua Baíilica est Crypta abditiíïìma , ibi-que m arca lignea hoc vestimentum hahetur inclusum. Qu* a r-ca à devotís atque fidelibus cum summa diligentia adoratur , nonimmérité digna quœ hoc vestimentum retineat , quod Doiruni-cum corpus vel contingere ineruit, vel velare.

(p) Part. 1. Tit. de sacris Reliq. Mirac. ík Imagin.'

(7) In Chronic. c, 11.

(r) L. 3. de gest. Francor. c. 78.

(r) In Chronic. ad an. 790.

(t) In Chronic. ad an. 594.

M ^ Chronic. ad an. Ó03 . Tunica Domini nostri jefuChristî(dit Sigebert) m civitate Zaphat , non longé à Jérusalem, con-fession Simeonis Judíei, inventa, & ab Episeopis Gregorio An-tiocheno, & Thoma Jerosolymitano , & Johanne Constantino-politano , Jérusalem , in loco ubi errx Christi veneratur, est re-posta.

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