DES SUPERSTITIONS.
tout, au capital de la Pénitence , qui est la douleurd’avoir offensé Dieu. Au lieu de cela on devroit êtrepersuadé que Dieu ne demande de nous à cet égard,non plus qu’en toute autre occasion , que ce qui esten notre pouvoir , & qu’après avoir fait moralementtout ce que nous pouvons pour nous souvenir de nospéchés, nous devons nous contenter de déclarer ceuxqui se sont présentés à notre mémoire , & demeureren repos de ce côté-là : étant constant que les autrespéchés dont il ne nous souvient pas , font réputéscompris dans la Confession des premiers , & qu’ilsnous font pardonnés par le moyen de l’absolution quenous en recevons ensuite.
C’est pour cela que le Concile de Trente (a) con-damne d’impieté ceux qui disent que la Confession detous les péchés est une chose absolument impossible,ou une gêne & une torture des consciences, puisqu’ilest certain (dit cette sainte Assemblée) que l’Eglisene demande rien autre chose des Pénitens , sinon quechacun , après s’être soigneusement examiné & avoirsondé le fond de son cœur & de sa conscience , seconfesse des péchés dont il se souvient ; que les au-tres péchés dont on ne se souvient pas après cet exa-men , font estimés compris en général dans la mêmeConfession ; & que c’est de ces péchés-là que nousdisons à Dieu avec le Prophète (b) , Seigneur nettoyésmoi de mes péchés cachés.
III. Ce seroit une Superstition du faux culte (ainsique du culte superflu & de la vaine observance) dansceux qui ne voudroient pas se confesser s’ils n’étoientà jeun. Comme si l’Eglise avoit prescrit cette condi-tion aux Pénitens, & qu’elle ne fut pas en possessiond’administrer la Confession à tous ceux qui se présen-tent pour la faire , à toutes les heures 'du jour 8c dela nuit , soit qu’ils ayent bu & mangé auparavant,ou qu’ils soient à jeun.
IV. Nous avons ci-devant observé (c) , qu’il y 3tu autrefois de faux dévots & des dévots indiscretsassez simples pour ne pas vouloir s’approcher de lasainte table, qu’après avoir pris les uns une noix con-fite , les autres un verre de vin, les autres un petitmorceau de pain béni, afin (s’imaginoient-ils) de ren-dre plus de vénération à la divine Eucharistie qu’ilsalloient recevoir. Il s’en est aussi quelquefois trouvéd’autres qui eussent fait scrupule de se confesser fansavoir bu, ou mangé auparavant quelque chose de bongoût ou de bonne odeur, en vue d’honorer davantagela Pénitence. Mais il y a en cela & du faux culte,& du culte superflu, & de la vaine observance.
V. Ceux-là seroient coupables d’une abominableprofanation , qui avant que de s’approcher du tribu-nal de la Pénitence formeroient la résolution de seconfesser sans dessein de fe corriger, de quitter les oc-casions prochaines du péché, de restituer le bien d’au-trui, de réparer les injures faites au prochain, de par-donner sincèrement à leurs ennemis , d’obéir à leurConfesseur dans les choses justes & raisonnables , depratiquer les rémedes nécessaires qu’il leur prescrirapour l’expiation de leurs péchés.
Ceux qui auroient la volonté de ne pas déclarer àconfesse certains péchés qu’ils auroient commis, de lesdéguiser, de les diminuer , de n’en pas marquer l’es-péce, le nombre ni les circonstances aggravantes.
Ceux qui voudroient fe confesser fans avoir dessentimens de douleur & de confusion, fans lesquels la
Confession pourroit passer en quelque façon pour unëinsulte qu’on séroit à Dieu, en racontant sans regret,les sautes qu’on auroit commises contre lui. Tousceux-là (dit-je) profaneroient le Sacrement de Péni-tence. Il y en a d’autres qui perdent le tems & lefont perdre à un Confesseur par des préambules im-pertinens. Tels seroient ceux qui avant que de se con-fesser féroient de profondes révérences & de grandscomplimens à leur Confesseur; lui demanderoient desnouvelles de fa disposition ; lui féroient de longuespréfaces, lui disant, par exemple, qu’ils ont commisde très-grands péchés , qu’ils font remplis d’amourpropre, qu’ils n’ont pas eu foin de se corriger de leurspéchés , qu’ils n’ont pas fait la pénitence qui leur aété enjointe avec toute la dévotion requise , qu’ilsn’ont pas aimé Dieu de tout leur cœur, de toute leurame, & de toutes leurs forces, ni leur prochain com-me eux-mêmes » qu’ils n’ont pas été assez soigneux degarder les portes de leurs sens , de leurs yeux , deleurs oreilles , ni de leur bouche , qu’ils ont offenséDieu par leurs cinq sens de nature , qu’ils font indi-gnes de s’approcher de la Pénitence, qu’ils ont péchécontre les Commandemens de Dieu 8c ceux de l’Egli-se , & contre les conseils Evangéliques , qu’ils ne seprésentent pas à confesse avec telle révérence & telrespect , ni avec autant de douleur & de contritionqu’ils devroient, qu’ils n’ont pas assez soigneusementexaminé leur conscience , ni fait un assez ferme pro-pos de ne plus pécher, qu’ils s’accufent de tous leurspéchés de la façon que Dieu les connoït , & généra-lement de tout ce dont tout le monde , la chair & leDiable les pourront accuser à la mort ou au juge-ment dernier. Tout ce verbiage est sort inutile à laConfession , où il saut venir au fait sans aucune pré-face, fans aucun détour, fans aucuns complimens, 8cfans aucune excuse.
Beaucoup de Chrétiens s’imaginent que pour obte-nir la rémission de leurs péchés , ils n’ont qu’à s’enbien souvenir, qu’à en faire un Acte je ne sai quel deContrition, qu’à s’en confesser , & qu’à accomplir lasatisfaction qui leur fera imposée par le Prêtre. Maisils ne pensent pas que la Pénitence est fausse, s’ils n’ontune résolution sincère & solide de se corriger des fau-tes dont ils s’accusent ; & qu’ils n’ont point cette ré-solution s’ils ne travaillent effectivement & tout debon à la conversion de leurs moeurs. Dieu (dit saintAugustin (d)) remet les péchés à ceux qui se con-vertissent à lui , mais il ne les remet pas à ceux quine s’y convertissent pas. Il est de la justice de Dieu(dit saint Fulgence (e) disciple de saint Augustin) dedamner ceux qui ne se convertissent point, & de sau-ver ceux qui se convertissent : 8c c’est dans ce mêmesens que saint Isidore de Séville (/) dit cette belleparole, qui a été adoptée par tant de Pères & d’Ecri-vains Ecclésiastiques après lui , que celui-là est unmocqueur , 8c non un pénitent, qui fait les chosesdont il s’est déja repenti, & qui au lieu de reconnoi"tre Dieu pour son souverain Maître , l’insulte avecorgueil & insolence.
CHAPITRE III.Suite de la même matière.
W Self. 14.. c. 5. Sed Sc impium est (dit le Concile) Confefîìo-nem impoflìbilem dicere , aut carnificinam illam conscientiarumappellare. Constat enim nihil aliud in' Ecclesia à Pœnitentibusexig 1 , quam ut , postquam quisque diligerttiùs fe exeuflèrit,gc conicientiœ s uœ ft nus ornnes gç latebras exploraverit , ea pec-cata connteatur , quib us f e Dominum Sc Deum fuum mortali-té offendiíle metainerit. Reliqua autem peccata , qu* diligen-ter cogitanti non occurrunt in univeríùm eadem Confeíïïone in«cluíà esté intelliguntur . pro quibus fidéliser cum Propheta dici-mus. ...
(b) Psal. 18. Ab acultts mets muni* me Domine,
(c) L. z. c. 6- n. L. §. K xvz
La Confession faite à Dieu ne suffit p as tod*te feule. Hérésie & Superstition des J a ‘
(d) In Piàl. ;L. Deus conversis ad se peccata donat : non cofi
Versis non donat. ... „ r „ m,
(e) Epist. ad Venant. Ipsa justitia De» tal.a est , ut averses da
mnet, converses íàlvet. , .. a A-
L. a. Sentent, c. ,6. Irriter est > non pœmtens , qu»
(/) . , .hue agit quod pœmtet,
subsannare superbuî.
nec videtw Deum poscere subditut ;