l’Abbé de St. Pierre. 239gatoire , ils n’y voient que le plaisir decommander ; & comme le Peuple n’est à ,leurs yeux que l’instrument de leurs fan-taisies , plus ils ont de fantaisies à con-tenter , plus le besoin d’usurper augmente ;
& plus ils font bornés & petits d’enten-dement, plus ils veulent être grands &puissans en autorité.
Cependant le plus absolu despotismeexige encore un travail pour se soute-nir : quelques maximes qu’il établisse àson avantage , il faut toujours qu’il lescouvre d’un leurre d’utilité publique ;qu’employant la force des Peuples con-tr’eux-mêmes , il les empêche de laréunir contre lui ; qu’il étouffe continuel-lement la voix de la nature, & le cri de laliberté toujours prêt à sortir de l’extrêmeoppression. Enfin , quand le Peuple neseroit qu’un vil troupeau sans raison ,encore faudroit-il des soins pour le con-duire , & le Prince qui ne songe point àrendre heureux ses sujets n’oublie pas,au moins , s’il n’est insensé, de conserverson patrimoine.
Qu’a-t-il donc à faire pour concilierl’indolence avec l’ambition, la puissance