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01. Ouvrages de politique
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DISCOURS

pour arrêter ce désordre. Je demande fl jamais on a ouï direquun sauvage en liberté ait seulement songé à se plaindre dela vie & à se donner la mort ? Quon juge donc avec moinsdorgueil de quel côté eft la véritable misere. Rien au contraireneût été fl misérable que lhomme sauvage , ébloui pardes lumières , tourmenté par des passions , & raisonnantsur un état différent du sien. Ce fut par une providence très-sage que les facultés quil avoit en puissance ne dévoient fedévelopper quavec les occasions de les exercer , afin quellesne lui fussent ni superflues & à charge avant le tems , ni tar-dives & inutiles au besoin. II avoit dans le íèul instinct toutce quil lui faloit pour vivre dans létat de nature , il nà dansune raison cultivée que ce quil lui faut pour vivre en société.

II paroît dabord que les hommes dans cet état nayantentreux aucune forte de relation morale, ni de devoirs connus,ne pouvoient être ni bons ni méchans , & navoient ni vicesni vertus , à moins que , prenant ces mots dans un sens phy-sique , on nappelle vices, dans lindividu , les qualités quipeuvent nuire à fa propre conservation , & vertus celles quipeuvent y contribuer ; auquel cas il faudroit appeller le plusvertueux, celui qui résisterait le moins aux simples impul-sions de la nature. Mais , fans nous écarter du sens ordinaire,il eít à propos de suspendre le jugement que nous pourrionsporter fur une telle situation , & de nous défier, de nos pré-jugés , jusquà ce que, la balance à la main, on ait examinésil y a plus de vertus que de vices parmi les hommes civilisés,ou si leurs vertus font plus avantageuses que leurs vices ne fontfunestes, ou si le progrès de leurs connoissances eít un dé-dommagement