H E L O I S E. IV. Partie.
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économisé. Vous ne surfaites que de deux mille écus, dit-elle, il ne m’en a rien coûté. Comment, rien ? Non, rien :à moins que vous ne comptiez une douzaine de journées paran de mon jardinier, autant de deux ou trois de mes gens,& quelques-unes de M. de Wolmar lui-même qui n’a pasdédaigné d’être quelquefois mon garçon jardinier. Je ne com-prenois rien à cette énigme ; mais Julie qui jufques-là m’avoitretenu, me dit en me laissant aller ; avancez Lc vous compren-drez. Adieu Tinian, adieu Juan Fernandez, adieu tout l’enchan-tement ! Dans un moment vous allez être de retour du boutdu monde.
Je me mis à parcourir avec extase ce verger ainsi méta-morphosé ; & si je ne trouvai point de plantes exotiques &de productions des Indes, je trouvai celles du pays disposées& réunies de maniéré à produire un effet plus riant & plusagréable. Le gazon verdoyant, épais, mais court & ferréétoit mêlé de serpolet, de baume, de thym , de marjolaine ,& d’autres herbes odorantes. On y voyoit briller mille fleursdes champs , parmi lesquelles l’œil en démêloir avec surprisequelques-unes de jardin, qui sembloient croître naturellementavec les autres. Je rencontrois de tems en rems des touffesobscures, impénétrables aux rayons du soleil, comme dansla plus épaisse forêt ; ces touffes étoient formées des arbresdu bois le plus flexible, dont on avoit fait recourber lesbranches, pendre en terre , & prendre racine , par un artsemblable à ce que font naturellement les triangles en Améri-que. Dans les lieux plus découverts, je voyois çà & là fansordre ôc fans symétrie des broussailles de roses, de framboi-