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10. Les confessions. Les rêveries du promeneur solitaire
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L I V R E V I. 343

milliers dhommes dans un lieu il nen habite aucun? Jeparcourus les trois étages de ce superbe édifice que le respect;mempêchoit presque doser fouler sous mes pieds. Le reten-tissement de mes pas fous ces immenses voûtes me faisoitcroire entendre la forte voix de ceux qui les avoient bâties.Je me perdois comme un insecte dans cette immensité. Jesemois tout en me faisant petit, je ne sais quoi qui mélevoitFamé, ôc je me disois en soupirant : que ne fuis-je Romain!Je restai plusieurs heures dans une contemplation ravissante.Je men revins distrait ôc rêveur, & cette rêverie ne fut pasfavorable à Madame N***, Elle avoit bien songé à me pré-munir contre les filles de Montpellier, mais non pas contrele Pont-du-Gard. On ne savife jamais de tout.

A Nîmes jallai voir les Arènes ; cest un ouvrage beaucoupplus magnifique que le Pont-du-Gard , & qui me fit beau-coup moins dimpreffion , soit que mon admiration se fûtépuisée sur le premier objet, soit que la situation de lautreau milieu dune ville fût moins propre à lexciter. Ce vaste ôcsuperbe Cirque est entouré de vilaines petites maisons , ôcdautres maisons plus petites ôc plus vilaines encore en rem-plissent lArène, de forte que le tout ne produit quun effetdisparate ôc confus, le regret ôc lindignation étouffent leplaisir ôc la surprise. J'ai vu depuis le Cirque de Vérone infi-niment plus petit ôc moins beau que celui de Nîmes , maisentretenu ôc conservé avec toute la décence & la propretépossibles , & qui par cela même me fit une impressionplus forte ôc plus agréable. Les François nont foin de rien,ôc ne respectent aucun monument. Ils sont tout feu poux