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milliers d’hommes dans un lieu où il n’en habite aucun? Jeparcourus les trois étages de ce superbe édifice que le respect;m’empêchoit presque d’oser fouler sous mes pieds. Le reten-tissement de mes pas fous ces immenses voûtes me faisoitcroire entendre la forte voix de ceux qui les avoient bâties.Je me perdois comme un insecte dans cette immensité. Jesemois tout en me faisant petit, je ne sais quoi qui m’élevoitFamé, ôc je me disois en soupirant : que ne fuis-je né Romain!Je restai là plusieurs heures dans une contemplation ravissante.Je m’en revins distrait ôc rêveur, & cette rêverie ne fut pasfavorable à Madame N***, Elle avoit bien songé à me pré-munir contre les filles de Montpellier, mais non pas contrele Pont-du-Gard. On ne s’avife jamais de tout.
A Nîmes j’allai voir les Arènes ; c’est un ouvrage beaucoupplus magnifique que le Pont-du-Gard , & qui me fit beau-coup moins d’impreffion , soit que mon admiration se fûtépuisée sur le premier objet, soit que la situation de l’autreau milieu d’une ville fût moins propre à l’exciter. Ce vaste ôcsuperbe Cirque est entouré de vilaines petites maisons , ôcd’autres maisons plus petites ôc plus vilaines encore en rem-plissent l’Arène, de forte que le tout ne produit qu’un effetdisparate ôc confus, où le regret ôc l’indignation étouffent leplaisir ôc la surprise. J'ai vu depuis le Cirque de Vérone infi-niment plus petit ôc moins beau que celui de Nîmes , maisentretenu ôc conservé avec toute la décence & la propretépossibles , & qui par cela même me fit une impressionplus forte ôc plus agréable. Les François n’ont foin de rien,ôc ne respectent aucun monument. Ils sont tout feu poux