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12. Pièces sur divers sujets et recueil de lettres sur la philosophie, la morale et la politique
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LETTRE

9 §

moins selon les faces par lesquelles on les considéré, & quiperdent beaucoup de l’horreur qu’ils inspirent au premier aspect,quand on veut les examiner de près. J ? ai appris dans Zadig, &la nature me confirme de jour en jour qu’une mort accéléréen’estpas toujours un mal réel, 6c qu’elle peut quelquefois paíTerpour un bien relatif. De tant d’hommes écrasés fous les ruinesde Lisbonne, plusieurs fans doute, ont évité de plus grandsmalheurs, 6c malgré ce qu’ane pareille description a de tou-chant 6c fournit à la poésie, il n’est pas sûr qu’un seul de cesinfortunés ait plus souffert que si selon le cours ordinairedes choses, il eût attendu dans de longues angoisses la mortqui l’est venu surprendre. Est-il une fin plus triste que celle d’unmourant qu’on accable de foins inutiles, qu’un notaire 6c deshéritiers ne laissent pas respirer, que les médecins assassinentdans son lit à leur aise, 6c à qui des prêtres barbares font avecart savourer la mort ? Pour moi, je vois par-tout que les mauxauxquels nous assujettit la nature font moins cruels que ceuxque nous y ajoutons.

Mais quelque ingénieux que nous puissions être à fomenternos miferes à force de belles institutions, nous n’avons pujusqu’à présent nous perfectionner au point de nous rendre gé-néralement la vie à charge & de préférer le néant à notreexistence, fans quoi le découragement 6c le désespoir se seroientbientôt emparés du plus grand nombre, ôc le genre-humainn’eût pu subsister long-tems. Or, s’il est mieux pour nous d’êtreque de n’être pas, c’en seroit assez pour justifier notre existence,quand même nous n’aurions aucun dédommagement à attendredes maux que nous avons à souffrir, 6c que ces maux seroient

aussi

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