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DES DEUX INDES. 419

vœ ti artificieux & imposteur de renoncer à tout , pour mieuxjouir de tout, aiment mieux avoir des femmes qui leur appar-tiennent , que de corrompre à la fois le célibat & le mariage. Ilsn’attentent pas aux droits d’autrui par l’adultère : mais ils fontjaloux des danseuses , dont ils partagent & le culte & les vœuxavec leurs dieux , jusqu à ne permettre jamais, fans répugnance,quelles aillent amuser les rois & les grands.

On ignore comment cette institution singulière s’est formée. IIest vraisemblable qu’un brame qui avoit fa concubine ou fa femme,s’associa d’abord avec un autre brame , qui avoit aussi fa con-cubine ou fa femme , mais qu’à la longue , le mélange d’un grandnombre de brames & de femmes , occasionna tant d’infidélités ,que les femmes devinrent communes entre tous ces prêtres. Réu-nissez dans un seul cloître des célibataires des deux sexes, & vousne tarderez pas à voir naître la communauté des hommes & desfemmes»

II est vraisemblable qu au moyen de cette communautéd’hommes & de femmes , la jalousie s’éteignit, & que les femmesvirent fans peine le nombre de leurs semblables fie multiplier, &les hommes , le ìiombre des brames s’accroître. C’étoit moinsune rivalité qu’une conquête nouvelle.

II est vraisemblable que pour pallier aux peuples le scandaled’une vie si licencieuse , toutes ces femmes furent consacrées auservice, des autels. II ne lest pas moins que les peuples feprêtèrent d'autant plus volontiers à cette espèce de superstition,qu’elle renfermoit dans une feule enceinte les désirs effrénésd’une troupe de moines , & mettoit ainsi leurs femmes & leursfilles à l’abri de la séduction.

II est vraisemblable qu’en attachant un caractère sacré à cesespèces de courtiíannes , les parens virent fans répugnance leursplus belles filles , entraînées par cette vocation, quitter la maisonpaternelle, pour entrer dans ce séminaire, d’où les femmes suran-nées pouvoient retourner fans honte dans la société ; car il n’y aaucun crime que l'interventîon des dieux ne consacre , aucuneyertu qu’elle n’ayilisse. La notion d’un être absolu est, entre les