466 HISTOIRE PHILOSOPHIQUE
vilèges , anciennement accordés pour le commerce d’Afrique ,des Indes & de la Chine , se fondirent bientôt dans la nouvellesociété. Son ambition étoit de rembourser les dettes de l’état.Pour la mettre en état de suivre un si grand projet, le gouver-nement lui accorda la vente du tabac, les monnoies , les recettes& les fermes générales.
Afin d’accélérer la révolution, Law voulut, le 4 décembre1718, que la banque qu’il avoit établie deux ans auparavant, &qui, ne confondant pas ses intérêts avec ceux de l’état, avoitété d'une íì grande utilité, fût convertie en banque royale. Sesbillets tinrent lieu de monnoie entre les particuliers , & on lesreçut en paiement dans toutes les caisses royales.
Les premières opérations du nouveau système subjuguèrenttoutes les imaginations. Les actions de la compagnie, achetéesla plupart avec des billets d’état, & qui l’une dans l'autre ne coû-toient pas réellement cinq cens livres, valurent jusqu'à dix millefrancs, payables en billets de banque. Le François , l’étranger ,les gens les plus sensés vendoient leurs contrats , leurs terres ,leurs bijoux , pour jouer un jeu si extraordinaire. L’or & l’argenttombèrent dans le plus grand avilissement. On ne vouloit que dupapier.
II n’étoit peut-être pas impossible que cet enthousiasme se sou-tînt assez long-tems pour être de quelque utilité , si les vues deLaw avoient été suivies. Ce calculateur , malgré la hardiesse deses principes, vouloir borner le nombre des actions, quoiqu'il nepût être jamais forcé de les rembourser : mais il étoit sur-tout dé-terminé à ne pas répandre pour plus d’un milliard ou douze censmillions de billets de banque. On supposoit que c’étoit la massedu numéraire qui circuloit dans le royaume ; & il se stattoit d’enattirer, par ses opérations , une assez grande quantité dans lescoffres du roi, pour pouvoir faire face à ceux qui voudroientchanger en métaux leur papier-monnoie. Un plan, dont le succèsétoit si peu vraisemblable, fut encore dérangé par la conduite durégent.
Ce prince avoit reçu de la nature une pénétration vive, une