Band 
JPEG-Download
 

340 HISTOIRE PHIL 0 S 0 PHIQUE

dans les prix : mais le gouvernement ne s’avisa jamais d’un expé-dient qui devoit augmenter les richesses de ses possessions.

Le sucre étoit la plus riche production des iíles. Jusqu’en 1669»l’exportation directe dans tous les ports de l’Europe en avoit étépermise, ainsi que celle de toutes les denrées des colonies. Onvoulut à cette époque qu’il ne pût être déposé que dans les radesdu royaume. Cet arrangement en augmentoit nécessairement leprix, & les étrangers qui le trouvoient ailleurs à meilleur marché,contractèrent l’habitude de l’y aller chercher. Cependant le partiqu’on prit de décharger le sucre des 3 pour cent qu’il avoitpayés à son entrée, fut cause qu’on conserva quelques acheteurs.Une nouvelle faute acheva de tout perdre.

Les raisinéurs demandèrent en 1682,, que la sortie des sucresbruts fut prohibée. L’intérêt public paroissoit leur unique motif.II étoit, difoient-ils, contre tous les bons principes, que lesmatières premières allassent alimenter les fabriques étrangères,& que l’état fe privât volontairement d’une main-d’œuvre très-précieufe. Cette raison plausible fit trop d’impreísion sur Colbert.Qu’arriva-t-il ? Leur art resta auísi cher, aussi imparfait qu’ill’avoìt toujours été. Les peuples consommateurs ne s’en accom-modèrent pas : la culture Françoise diminua, & celle des nationsrivales reçut un accroissement sensible.

Quelques colons voyant qu’une expérience si fatale ne faisoitpas abandonner le système qu’on avoit pris, sollicitèrent lapermission de raffiner leur sucre eux-mêmes. Ils avoient tantd’avantages pour faire cette opération à bon marché, qu’ils festattoient de recouvrer bientôt chez les étrangers la préférencequ’on y avoit perdue. Cette nouvelle révolution étoit plus quevraisemblable, si chaque quintal de sucre raffiné qu’ils envoyoient,n’eût été assujetti à un droit de 8 livres a son entree dans leroyaume. Tout ce qu’ils purent faire malgré le poids _de cetteimposition excessive, ce fut de soutenir la concurrence des raffi-neurs François dans Fintérieur de la monarchie. Le produit desatteliers des uns & des autres y fut consommé tout entier; &l’on renonça à une branche importante de commerce, plutôt que