On ouvrait une vielle porte capitonnée de cuir, un ancientambour de sacristie. On entrait; on se serait cru dans une cha-pelle. Des vitraux émaillés d’armoiries anciennes laissaient filtrerune mystérieuse lumière. Cette clarté discrète glissait paresseu-ment sur un plafond bas, tendu de cuir gaufré et doré. Elles’accrochait aux ciboires, aux calices, aux monstrances, auxpatènes, aux encensoirs dont regorgeaient maintes vitrines.
Les livres peuplaient une multitude de planches, du parquetjusqu’au plafond.
Très âgés, pour la plupart, ils sont vêtus de cuir couleurcouenne de jambon fumé, ou bien sanglés dans de la peau detruie d’un blanc jaunâtre, ou bien encore engainés dans des par-chemins d’antiphonaire que fleurissent des lettrines enluminées etdes notes de musiques rouges et noires. Cette dernière sorte dereliure fut imaginée par Anatole France, et presque tous ses amisont copié cette invention charmante.
Pour discourir au milieu de ses intimes, le Maître aimait às’encadrer dans une immense cheminée Renaissance, où un hommepeut se tenir debout.
La hotte de ce foyer est décorée de tableaux italiens : des saintsautour d’une vierge qui dorlote un bambino. On y voit aussideux petits anges de bois peint qui voltigent et batifolent.
Souvent, à sa table de travail, l’illustre écrivain promenait sesrêveries à travers quelque bon vieux livre.
Emmitouflé dans sa douillette beige à rayures brunes et coifféde son bonnet cramoisi, qui rappelle la barrette d’un cardinal, ilressemblait à quelque personnage de Rembrandt, à quelque philo-sophe en méditation dans une soupente, ou mieux à quelquedocteur Faust consultant la Kabbale.
Nous le surprimes ainsi contemplant avec piété dans la Chro-
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