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1. Tome premier [A - AKR]
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estampes ou dans leurs chefs-d’œuvre d’Àr-chitecture ;

C'est ainsi que le comte Algarotti prouve,d’une maniéré sensible, qu’il n’y a pointde raison qui puisse dispenser les jeunesartistes, non seulement de France , maisencore des autres pays, de passer quelquesannées en Italie, la mere des beaux arts,pour s’y former & atteindre à la perfec-tion. Louis XIV donna une preuve de Iondiscernement & de son goût, lorsqu’il pritla résolution d’y établir une académie ouécole de Peinture. Dans Inexécution de ceprojet glorieux, Rome méritoit la préfé-rence , à cause de la quantité de chefs-d’œuvre de Peinture, d’Architecture & deSculpture qu’elle renferme en son sein. Maisquoiqu’à cet égard Rome íoit la premiereville du monde, 1 abondance des trésorsque l’Italie possède, devroit encore attirerles François dans plusieurs autres villes con-sidérables, à Venise sur-tout, à Bologne&c à Florence, où tous ceux qui aiment àcueillir les fleurs les plus exquises dans lechamp des beaux arts, trouvent amplementde quoi se satisfaire. A cette occasion leçomte Algarotti propose d'étendre & deperfectionner l’établiísement de Louis XIV.

Quel avantage , dit-il, pour Fart en gé-néral, & eu particulier pour la France , siVacadémie de cette nation, établie à Rome,étendoit ses branches à Venise, à Bologne,à Florence, & y sormoit des colonies quidépendissent d'elle I II y présideront un chefsubordonné au directeur de Rome. Ce der-nier, en qui résideront l'autorité suprême,destinerait, dans les temps convenables,les jeunes éleves à passer un ou deux ans,les uns à Florence, les autres à Bologneou à Venise. Ils s’y occuperaient à copierles tableaux' les plus rares & les plus bellesstatues qu'il y ait dans ces villes, à leverle plan des plus beaux édifices , & à lesdessiner. On en feroit un choix d après laplus judicieuse critique : on ne se lasseraitpoint éblouir par le nom des auteurs ; leseul mérite de l'ouvrage feroit pencher labalance. Il arrive souvent que d'habilesmaîtres, ou pour n'avoir pas été à la têtedes écoles, ou pour n'avoir pas eu occa-sion de travailler pour de grands princes,ou dans des villes considérables, ne fontTome I,

pas aussi connus que le mériterait la supé-riorité de leurs talens. On peut voir dansles artistes de nos jours la vérité de ce quedisoit Vitruve des anciens artistes : Si Ni-comaque & Aristomene n'ont pas été aussicélébrés qu'Apelle &. Protogene ; si Chion& Parax n’ont pas eu autant de réputa-tion que Polyclete ou Phydias, cela nevient point de leur peu de talent, mais ducaprice de la fortune. Alphonse de Ferrare& Antoine Begarelli éprouvèrent le mêmesort ; ils furent presqu’inconnus. Cepen-dant l’un, dans ses modelés, égale Buona-rotti, qui dit de l’aucre en voyant quel-ques-uns de ses ouvrages : Si cette terre sechangeoít en marbre, malheur aux statuesantiques. Alexandre Minganti étoit appellepar Augustin Carache , le Michel-Angeinconnu. Prosper Clément de Modene avécu dans la même obscurité; on voit pour-tant dans le souterrain de la cathédrale deParme un mausolée de la maison Prati,que ce sculpteur a ciselé dans la derniereperfection. Les deux femmes qui y fontreprésentées, font si touchantes, leur atti-tude est si noble, Lc l’expression si tendre ,qu’il n’est personne qui ne partage leuraffliction, & ne veuille pleurer avec elles.Si, par la noblesse de fa maniéré, Algardimérita le nom du Guide des sculpteurs ,Prosper Clément, par ces grâces tendres& naïves, par cette délicatesse qu’il a sudonner au marbre, ne devroit-il pas en êtreappellé le Correge?

Il arrive aussi très-communément que lesmaîtres ordinaires se surpassent quelquefois,& alors ces ouvrages Femportent fur lesproductions médiocres des plus grands ar-tistes. Nous en avons une preuve dans letableau de la Nativité de la Vierge, qui està l’Annonciade de Pistoie. Cigoli, qui enest Fauteur, a fi bien ménagé les teintes, sibien conduit son pinceau, <k si bien dis-tribué ses jours, qu'il est fort supérieur danscet ouvrage, à de célébrés peintres Lom-bards. Il y a dans la Cathédrale de Venise,un tableau de Belluzzi qui produit un sigrand effet de clair - obseur ; & dans leréfectoire des moines de Saint - Jean deVerdara, à Padoue, Verotari en a fait unoù l’on voit un si beau mélange de couleurs,& un accord si par fût, que pour être mis

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