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philosophe, ne porte plus le nom d’aucun 'maître , d’aucune secte ; mais après avoirsuffisamment pesé, mûrement examiné tou-tes les doctrines, en adopte une , parcequ’il la trouve vraie , ou s’en forme une enréunifiant tout ce qu’il a trouvé de solidedans le cours de toutes ses études & par lavoie de ses propres recherches.
Quand je dis que les choies font ainsi,un scrupule m’arrête; & je devrois plutôtdire qu’on les croit fur ce pied, qu’on s’enflatte & qu’on s’en vante, comme de tantd’autres prérogatives , dans lesquelles ilentre plus d’illusion que de réalité. Non,l affranchissement de Fesprit humain n’estrien moins que décidé ; le nombre de ceuxqui aiment à voir de leurs propres yeux,à faire usage de leur esprit & de leur raison,demeure toujours le plus petit. S’il n’y aplus de Cartésiens, on a vu depuis desNewtoniens, des Leibnitziens, des Wol-flens même ; & qui fait ce que son verraencore ! Mais il suffit qu’il y ait eu depuisDescartes , ce qui n’avoit pas existé avantlui, un certain nombre de génies supérieurs,qui ont défriché & mis en valeur des por-tions incultes du domaine philosophique ;domaine qui s J étend & se fertilise de jouren jour, sans qu’il y ait personne qui puisseni qui ose s’y arroger un droit despotique.Je dirois presque qu’on y voir à présentl’image du gouvernement féodal , sans yen rencontrer les inconvéniens. Chacunest seigneur suzerain de ses propres décou-vertes ; Lc le titre authentique de cette pro-priété se transmet aux races futures. Riende plus encourageant que cette forme degouvernement : la vérité feule régné ; c’estau pié de son trône qu’on porte toutes lesconquêtes , qu’on dépose tous les trésors ;elle en réglé la distribution , elle décide dela mouvance de tous les fiefs.
Il n’y a donc point d’homme à présentqui, après avoir acquis les connoisiàncespréalables nécessaires, ne puisse travaillerpour foi en fait de philosophie, & recueillirimmédiatement le fruit de son travail. Lasagesse n’habite plus le Lycée , ni le Porti-que, encore moins ces écoles poudreuses,où, pendant si long-temps, le fantôme quiavoir usurpé son nom & sa dignité, trans-forma son sceptre en une vraie marotte.
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Elle est dans le cabinet de chaque philoso-phe ; elle s’y plaît à proportion de Inappli-cation qu’on lui consacre & des progrèsqu’on y fait. N’existât-il qu’un seul de cescabinets, il seroit le palais de la philoso-phie, le sanctuaire de la vérité. Quelle dou-ceur ! quelles délices au prix de l’avidité & dela tyrannie de tout ce qu’on nommoit autre-fois étude 8cscience /
Cependant les hommes aiment les asso-ciations , soit par le goût naturel & généralqu’ils ont pour la société, soit par Ta con-noislànce du profit qu’on peut retirer desforces réunies Lc des travaux combinés.Delà tous les états , toutes les villes, lesbourgades, les hameaux : delà les corps& les compagnies qui, de tout temps, ontformé des entreprises de concert. Celle decultiver ainsi les sciences n’est pas de pre-mière nécessité ; & l'on peut jouir des prin-cipaux agrémens de la vie fans la former *ni même fans en avoir l'idée, comme leprouve l'expérience de la plupart des tempsLc des lieux. Cependant dès que l'esprichumain est développé jufqu’à un certainpoint, Lc a fait certains progrès, il a sesplaisirs Lc ses besoins à part : il lui faut desalimens dont l'usage devient presque indis-pensable ; Lc il cherche avec empressementles moyens de se les procurer. On a cru entrouver un fort convenable, en faisant undépôt commun des connoissances acquisespar un certain nombre de personnes, quîse rendent des services réciproques danscette acquisition. Depuis un siécle, à daterde l'origine de la société royale de Londres,l'une de celles, selon moi, qui ont le plutôtsuivi & le mieux saisi le véritable objet deces établissemens , on a fait, à la lettre ,plus qu’on n'avoit fait en quarante siéclesà-peu-près que comprend Fhistoire philoso-phique. De grands princes ont beaucoupcontribué à-ces rapides progrès & à cesglorieux succès, par leur protection & partoutes sortes d’encouragemens.
Je ferois scrupule de répandre des ombresfur ce riant tableau, & de montrer, commeil ne me seroit que trop aisé de le faire,qu'il s'en faut bien que les Académies aient,ni au dedans l'agrément, ni au dehors Futi-lité qu’on pourroit s’en promettre. Au fondles causes que j’en alléguerois, sont moi»?