( =6 )
FABLE VII.
Le Voyageur , l’Orme et le Manccnillier.
Oj’ est l’ennui, la satiétéQui font aimer la nouveauté.
Ce goût ne fut jamais donné par la nature.
Le Lapon dans sa hutte obscure,
Le sauvage au fond des forêts,
Le sage dans la solitude,
Craignent le changement, et ne trouvent d’attraitsQu'à suivre la douce habitude ;
Mais pour l’homme blasé l’objet le plus nouveauNe peut manquer d’avoir la préférence :
11 est neuf, inconnu ; donc il est le plus beau.
Ainsi raisonne l'inconstance,
Qui, lasse des vrais biens, et cherchant à jouir.Donne tout au hasard, et change sans choisir.
De ce goût dépravé, dont le pouvoir magiqueA gouverné plus d’un pays,
Je vais citer un exemple tragique.
Un voyageur (il était de Paris) ,
Sur le déclin du jour, surpris par un orage,’S’arrêta tout-à-coup au milieu d’un sentier jEt cherchant des yeux un ombrage,
Il vit auprès d’un orme un grand mancenillicr.Comment ne pas lui rendre hommage ?
Pour lui cet arbre était nouveau.