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102. Changements survenus dans la république ro-maine à la suite de toutes ses conquêtes. — Influencede l'Orient et de la Grèce. Civilisation et démoralisation. Vaine ré-sistance de Caton le censeur. — La prise de Carthage, de Corinthe etdo Numance marque pour les Romains la fin d’une époque de leurhistoire et le commencement d'une ère nouvelle. Moins d'un siècleaprès le jour où Annibal était aux portes de leur capitale, ils avaientvaincu presque tous les peuples civilisés et fondé un vaste empire.Cet empire, Rome le devait avant tout h l’héroïsme de ses soldatset au patriotisme de ses citoyens. Mais à mesure qu’il grandit, lesvertus civiques qui l’avaient fondé disparaissaient; chaque nouvelleconquête apportait d'immenses richesses ; l'antique simplicité fai-sait place à un luxe effréné, l'austérité à la mollesse. Sans douteRome, en devenant la capitale du monde civilisé, hérita de la cul-ture individuelle des peuples vaincus, et la civilisation romaine subiten particulier une transformation profonde sous l’intluence do la civi-lisation grecque. Mais en même temps, au contact de l'Orient si dé-pravé, de la Grèce si dégénérée, Rome se corrompit à son tour ; ellene devint pas seulement le centre de la civilisation antique, mais leréceptacle de tous les vices du monde alors connu. La corruption at-teignit les personnages les plus élevés en dignité. Les deux Scipionseux-mêmes furent accusés de vénalité par les tribuns du peuple,jaloux de leur influence. L 'Africain se retira dans sa villa, où ilacheva sa vie dans le culte des muses; il fit graver ces mots sur sontombeau : « Ingrate patrie, tu n’auras pas mes cendres. » VAsiati-que fut condamné à une amende qu'il ne put pas payer, même envendant ses biens ; sa pauvreté prouvait son innocence.
Les Scipions étaient les représentants des mœurs nouvelles et lesadmirateurs de la civilisation grecque. Calon, au contraire, était ledéfenseur des vieilles mœurs et de l'antique austérité. Il fit les plusgrands efforts pour lutter contre la corruption qui envahissait sa pa-trie et pour ramener les vertus antiques. Nommé censeur (magistratchargé entre autres choses de surveiller les mœurs publiques), ilremplit ses fonctions avec une grande énergie et en conserva le sur-nom de Caton le Censeur. Mais ses efforts furent inutiles. Rome,devenant toujours plus riche, se corrompit toujours davantage.
Profonde scission entre la noblesse et le peuple , les riches et lespauvres. — Les rapides conquêtes de Rome avaient amené d’autreschangements très importants. Une nouvelle noblesse s’était formée:elle comprenait les plus riches familles qui accaparaient toutes lescharges de la république, tous les gouvernements. La masse du peu-ple s'était aussi transformée. Les guerres continuelles avaient déci-mé la population romaine et latine. Dès lors le peuple de Rome se