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HISTOIRE ROMAINE
Abdication de Sylla (79). — Depuis deux ans, Syllagouvernait en maître absolu, et Rome semblait devenueune monarchie, quand, un beau matin et au grand éton-nement de tout le monde, il annonça au peuple qu'ilabdiquait ; il ajouta que si quelqu’un avait une récla-mation à lui faire, il était prêt à répondre. Le plus pro-fond silence accueillit cette déclaration; le terribledictateur descendit de la tribune, traversa la foule éton-née et regagna tranquillement sa demeure. Seul, unjeune homme osa l’accabler d’injures jusqu’à sa porte.« Tu fais, lui dit Sylla avec calme, qu’à l'avenir aucundictateur ne voudra déposer sa charge. » Il se retiradans sa campagne, où, un an après, il mourut d’uneaffreuse maladie, amenée par ses débauches ; ses chairstombaient en pourriture et se remplissaient de ver-mine. Son corps fut transporté à Rome, où on lui fitde magnifiques funérailles. Il avait écrit lui-mème sonépitaphe : « Nul ne fit jamais plus de bien à ses amis,ni plus de mal à ses ennemis. »
Résultat de la première pierre civile. — Les guerres civiles avaientcommencé : elles ne devaient cesser qu’avec la république. La pre-mière eut les plus déplorables conséquences. Sylla avait donnél'exemple d’un général marchant sur Rome à la tête de son arméepour imposer sa volonté au peuple par la force des armes. Après untel exemple, la république était perdue. Marius et Cinna, en se faisantproclamer consuls sans élection (ce dernier même plusieurs annéesde suite), avaient dépouillé la souveraineté populaire de sa princi-pale attribution et usurpé le pouvoir suprême. La dictature de Sylla,qui avait conféré à ce général un pouvoir absolu, même la facultéde bouleverser la constitution, était, par sa nature et sa durée illimi-tée, toute différente des anciennes dictatures, établies pour un tempsrestreint et pour un but déterminé. C'était en réalité la monarchie.Enfin le peuple de Rome se transformait toujours davantage en unepopulace qui n’avait plus aucun sentiment républicain. Aussi l'onpeut dire qu’après Sylla les anciennes institutions républicainesn’existent plus que de nom.