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LA FRANÇAISE DU SIÈ'CLE.
fendu dans ce paradis du paganisme ; toute tactiqued’amour consiste à provoquer le désir et a le satis-faire presque aussitôt. On conjugue selon le capricedu moment le verbe : je te veux, tu me veux, nousnous voulons, et on ne passe jamais à l’impersonnel,préférant arriver de suite à l’imparfait ou au passédéfini. Le divorce est là pour dénouer les liens deceux que la jalousie torture, — mais le cynisme destemps a rendu rares les délicatesses. — Le mariagen’est plus considéré, selon le mot terrible de Cam-bacérès, dans le Code, que comme « la Nature enaction » ; on ne tient cet acte civil que pour tempo-raire, l’incompatibilité d’humeur déliant ceux queles convenances physiques avaient réuni.
« La femme va de mari en mari, disent curieu-sement les historiens du Directoire, poursuivantson bonheur, dénouant, renouant sa ceinture. Ellecircule comme une marchandise gracieuse. Elle estépouse, le temps que cela ne l’ennuie pas; elle estmère, le temps que cela l’amuse... le mari court desbras de l’une aux bras de l’autre, demandant uneconcubine à l’épouse et le rassasiement de ses appé-tits à des noces multipliées. Qn divorce pour rien...on se marie pour divorcer, on se démarie pour seremarier, sans que l’homme ait la jalousie du passé,sans que la femme en ait la pudeur, et il semble queles mariages de ce temps aient pris modèle sur lesharas où l’on procède par essais. »