i6 LA FRANÇAISE DU SIÈCLE.
greniers misérables des faubourgs; plusieurs balschampêtres se sont établis dans les caves de res-taurateurs, dans les sous-sols de boutiquiers.
III
Jamais la nation française n’offrit aux yeux del’observateur un spectacle plus curieux, plus inco-hérent, plus varié, plus inconcevable que celuiqu’elle présenta au début du Directoire. La Révolu-tion avait tout submergé : traditions, mœurs, lan-gage, trône, autel, modes et manières ; mais la légè-reté spéciale à ce peuple surnageait au-dessus de tantde ruines; l’esprit d’insouciance, de forfanterie, d’à-propos, cet immortel esprit frondeur et rieur, fondsprécieux du caractère national, reparaissait au len-demain de la tourmente plus alerte, plus vivace, plusindomptable encore qu’autrefois. Comme il ne res-tait rien du passé et qu’on ne pouvait improviser enun jour une société avec des convenances, des usages,des vêtements entièrement inédits, on emprunta letout à l’histoire ancienne et aux nations disparues ;chacun s’affubla, se grima, « gargonna » à sa guise ;ce fut un travestissement général, un carnaval sanslimites, une orgie sans fin et sans raison. On ne peutregarder aujourd’hui cette époque dans son ensembleet dans les menus détails de son fonctionnement