LES MODES SOUS LA RESTAURATION. 151désabusement, de mélancolie qui leur faisait décrierpartout les vains plaisirs du monde. A entendre leursgémissements, leurs phrases sentimentales et philo-sophiques sur le bonheur de l’indépendance et de latranquillité sédentaire, on les eût prises pour d’in-fortunées victimes des conventions sociales. Toutesrêvaient en apparence une vie simple, champêtre,solitaire, un bonheur intime à deux, dans un désertqu’on peuplerait d’amour et de tendresse. Ellesse donnaient pour sacrifiées aux exigences dumonde, à la situation de leur mari, à l’avenir de leursfilles qu’il fallait cependant conduire au bal; cettevie fiévreuse, tissée de banalités, faite de mensongeset de fadeurs, cette existence assujettissante où ellesgaspillaient leur âme et leur esprit était, d’après leurdire, contraire à toutes leurs aspirations élevées età leurs sentiments les plus intimes. Que de soupirs,que de larmes discrètes ces belles incomprises lais-saient passer entre leurs lèvres boudeuses ou coulerde leurs yeux attendris ! — Dans leurs discours, lasociété de M mc X*** était mourante; elles étaientexcédées de dîners et de bals, elles ne cessaient dese lamenter sur la nécessité de se parer, de passerjournellement quatre heures à leur toilette; ellesdéclaraient trouver la Comédie française insipide,l’Opéra ennuyeux, Brunet et Potier pitoyables,Monrose navrant, Perlet flegmatique et énervant,Bobèche de mauvais ton, et, cependant, elles se rui-
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