ÉLÉGANCES ROMANTIQUES. 165
de tragédie. Le bourreau excite son enthousiasme,elle apprécie surtout l’expression indéfinissable ettouchante d^e la pauvre Jeanne; autour d’elle, onraconte que le modèle dont le peihtre se serait servipour mettre en relief la charmante suppliciée n’estautre que M 1 ' 6 Anaïs, la belle sociétaire de la Co-médie-Française, et, pour être au fait de touteschoses, elle donne aussitôt aux amis de rencontrel’anecdote pour véritable et comme la tenant de l’ar-tiste même.
La coquette étourdie, grisée, rentre enfin chezelle, se fait déshabiller et livre sa tête à son coiffeur,artiste en renom qui est à la fois physionomiste,chimiste, dessinateur et géomètre. Celui-ci — aùtrebourreau — s’empare aussitôt de la tête, en exa-mine attentivement toutes les formes ; le compasà la main, il trace des contours, des angles, destriangles ; il observe les distances entre les anglesdu front, s’assure des proportions de la face et s’ap-plique à bien saisir les rapports entre les deux côtésdu front et les deux côtés de la face, qui commen-cent sa chute et se terminent au-dessous des oreilles.Il imagine alors un genre de coiffure qui tempère ceque la physionomie de la belle a de trop piquant, ilcrée un retroussé à la chinoise, qui lisse les che-veux sur la tempe et laisse au front tout son éclatet sa pureté de dessin. Parfois aussi, selon sa fan-taisie, il tresse des nattes, des coques étourdissantes
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